Si le patinage de vitesse courte piste canadien a offert son lot de moments forts aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, il a aussi été le théâtre d’amères déceptions en raison des objectifs extrêmement – trop? – ambitieux qui avaient été fixés par les athlètes eux-mêmes.
William Dandjinou, qui en était à sa première expérience olympique, avait placé la barre haute en mentionnant qu’il espérait remporter l’or à chacune des cinq épreuves auxquelles il était inscrit en Italie : 500 mètres, 1000 m et 1500 m ainsi que les relais masculin et mixte.
La récolte s’est cependant limitée à une seule médaille d’argent, au relais mixte, pour celui qui avait pourtant enlevé six des douze courses individuelles – deux sur 500 m, une sur 1000 m et trois sur 1500 m – tenues sur le circuit de la Coupe du monde l’automne dernier.
Dandjinou est aujourd’hui pleinement conscient que « ce sont des affaires qui vont rester avec [lui] longtemps » mais qu’elles pourront être « utilisées positivement » dans le futur. Comme lors des Championnats du monde qui auront lieu de vendredi à dimanche à l’aréna Maurice-Richard? « Peut-être », a-t-il répondu en marge d’une conférence de presse mardi.
Mais certainement pas au point d’en faire une affaire personnelle. D’abord, Dandjinou a rappelé qu’il est champion du monde en titre sur 1500 m et aux relais masculin et mixtes – en plus de l’avoir été sur 1000 m en 2024 – et qu’il a déjà exorcisé tout le mal qui l’habitait.
« Les émotions immédiates que j’avais à vivre, je les ai vécues à Milan », a-t-il mentionné en expliquant que son entraîneur Marc Gagnon ainsi que tous ses coéquipiers l’avaient épaulé.
Ex-patineur, Gagnon avait dû attendre ses troisièmes Jeux – à Salt Lake City en 2002 – avant de mettre la main sur sa première médaille d’or individuelle, après avoir absolument tout raflé aux Mondiaux et sur le circuit de la Coupe du monde pendant la décennie précédente.
« Je pense que Marc était plus émotif que moi, a confié Dandjinou. C’est certain qu’il était là pour moi. Il me faisait surtout comprendre que je n’étais pas complètement seul là-dedans.
« Ce n’est pas une expérience unique de connaître des déceptions à de gros événements, et ce n’est pas cela qui va définir ma carrière. Je pense que c’est ce qui m’a le plus mis en tête et qui m’a aidé à rebondir. Je sais que je ne suis pas la seule personne à qui cela est arrivé. »
De retour à la maison, il a également eu l’occasion d’avoir une discussion franche avec son père, avec qui il fait un débrief après chacune de ses compétitions depuis presque toujours.
« Je sentais qu’il était peut-être un petit peu plus hésitant à vouloir faire un débrief, mais dès que je suis revenu à Montréal, nous avons parlé, mis les émotions de côté et regardé les choses telles qu’elles étaient, comme elles devaient être analysées, a raconté Dandjinou. Puis honnêtement, je trouve cela maintenant super motivant pour les prochaines années. »
« J’ai vraiment eu du fun »
Parce qu’au final, il n’y a pas grand-chose que l’athlète âgé de 24 ans ferait différemment. Il s’est qualifié pour les finales de ses cinq épreuves et n’a pas commis d’erreurs majeures.
« Je pense que globalement, et c’est ce qui est le plus crève-cœur, c’est qu’il n’y a pas tant de choses à analyser, a précisé Dandjinou. J’ai fait de très belles courses, je me suis rendu en finale et je n’ai pas pu concrétiser. J’étais tout le temps là. Il y a eu de petites erreurs, peut-être des choses que j’aurais pu faire différemment, mais rien de très, très important. »
« C’était une expérience et l’approche que j’avais de dire que “je vais tout gagner” et je ne pense pas que j’aurais fait grand-chose de différemment, a-t-il ajouté. Ce sont peut-être de petites erreurs par-ci, par-là, mais globalement, je suis très fier de la façon dont j’ai patiné. »
Il serait également mal avisé de réduire son expérience olympique à la simple déception vécue sur la glace, étant donné que tout ce qu’il y a autour l’a comblé au-delà de ses rêves.
« Mon père était à Milan et il a complètement adoré ça, a expliqué Dandjinou. Il est souvent venu à Montréal pour me voir patiner, mais c’était sa première compétition à vie à l’étranger.
« Et moi, j’ai vraiment eu du fun pendant les Jeux. Le fait de pouvoir connecter avec plein d’athlètes de différents sports et de vivre cette fierté nationale et québécoise. De voir qu’on performe bien au Québec, ça me fait chaud au cœur. Je me suis fait des amis pour la vie. »
Dandjinou a peut-être vécu une immense déception sur le coup. Mais lorsqu’il repensera à ses premiers Jeux, ce ne sera pas cela qui lui reviendra en tête. Ce seront plutôt les liens d’amitié noués et tous les exploits dont il a été témoin pendant cette quinzaine olympique.






