MONTRÉAL — Les traumatismes peuvent être nombreux pour un patineur de vitesse courte piste: une collision dangereuse, une bête chute, des menaces en ligne.
Jeudi à l'aréna Maurice-Richard, lors de la première journée du premier arrêt du Circuit mondial de patinage de vitesse courte piste, l'équipe canadienne s'est offert une petite frayeur, mais a atteint son objectif au relais féminin 3000 mètres.
Lors des quarts de finale, le quatuor composé de Kim Boutin, Rikki Doak, Courtney Sarault et Florence Brunelle semblait en contrôle, alors qu'il devait terminer parmi les deux premières équipes sur quatre dans sa vague pour se qualifier automatiquement pour les demi-finales.
Occupant le deuxième rang derrière une patineuse chinoise, Brunelle a toutefois chuté avec un peu moins de quatre tours à faire. Cependant, le quatuor canadien s'est ressaisi et a profité de la chute de l'équipe japonaise pour conclure en deuxième position.
Les Canadiennes, championnes du monde en titre de l'épreuve, ont donc obtenu leur billet pour les demi-finales.
«Elle (Brunelle) a été un peu trop agressive pour son équipement pour l'endroit où elle était située», a expliqué l'entraîneur-chef de l'équipe canadienne, Marc Gagnon.
Gagnon a ajouté que la glace n'était pas particulièrement belle ces jours-ci à l'aréna Maurice-Richard et que Brunelle a été affectée par la quantité d'eau sur la glace.
L'ancienne étoile de l'équipe canadienne a affirmé qu'il s'attendait à ce que Brunelle rebondisse, puisque la Trifluvienne âgée de 22 ans a gagné en maturité à la vitesse grand V au cours du dernier cycle olympique.
«Il y a quatre ans, Florence aurait été démolie et fâchée, puis déçue, a souligné Gagnon. Mentalement, elle est rendue extrêmement forte.
«Elle est capable de bien analyser les choses, puis de tourner la page, a poursuivi Gagnon, qui s'est aussi dit surpris que Brunelle ait refusé de donner une entrevue après la course. Elle doit comprendre ce qui s'est passé. Une fois qu'elle a compris, elle est bonne pour ne pas trop se taper sur la tête. (...) Elle apprend beaucoup de ses erreurs et elle est toujours dans l'analyse, même parfois trop dans l'analyse et il faut l'arrêter.»
Danaé Blais, qui s'est qualifiée pour les quarts de finale au 1000 mètres, plus tôt dans la journée, a noté à quel point l'aspect psychologique était important au patinage de vitesse courte piste.
«De réussir à avoir le bon focus, le bon niveau d'activation mental, c'est du travail quotidien», a dit Blais, elle-même étudiante en psychologie à l'UQAM.
«Le public ne s'en rend peut-être pas compte, mais c'est beaucoup d'émotions, a-t-elle enchaîné. Nous ne faisons que tourner en rond, mais pour nous, c'est toute notre vie. Donc, quand les choses vont moins bien, ce sont de grosses tempêtes d'émotions, de gros défis mentaux de réussir à rebondir, de retrouver sa confiance.»
Blais a vanté l'ajout d'un psychologue sportif à temps plein comme ressource pour l'équipe de courte piste depuis la saison 2023-24. L'approche d'Alexis Gagnon-Dolbec va au-delà du contexte sportif, ce qui est un élément important, selon elle.
«Avant, nous mettions beaucoup l'accent sur la performance, mais l'approche de nos psychologues en ce moment, c'est que nous devons prendre soin de l'être humain avant le patineur, a souligné Blais. Si chaque individu va bien dans sa vie, on s'en fout des performances. Et ça va nous amener à mieux patiner.
«Nous avons tous des défis personnels sur lesquels nous travaillons avec lui (Gagnon-Dolbec) et après ça, ça nous amène à nous améliorer sur la glace», a-t-elle ajouté.
Blais a dû surmonter un défi au cours des derniers mois, elle qui a vu ses Mondiaux prendre fin l'hiver dernier après une percutante collision avec l'Américaine Kristen Santos-Griswold durant l'épreuve de relais mixte.
L'entraînement estival de la Châteauguoise de 26 ans a été décalé d'une semaine, puisqu'elle s'est retrouvée en arrêt complet après l'incident en raison d'une commotion cérébrale.
Malgré ses efforts pour retrouver la forme, Blais a été déçue de ses performances aux Championnats canadiens, en août, quand elle a pris le quatrième rang du classement général. Cela a notamment mené l'équipe canadienne à l'inscrire à une seule épreuve individuelle ce week-end, à Montréal.
«J'aurai peut-être des chances dans les trois autres étapes du Circuit mondial de participer à plus que le 1000 mètres, mais j'aurais aimé m'en assurer en courant mieux (aux Championnats canadiens)», a dit Blais, qui a gagné une médaille d'or et une d'argent au 1000 mètres sur le Circuit mondial la saison dernière.
Elle était néanmoins heureuse d'avoir mené sa vague d'un bout à l'autre au 1000 mètres, jeudi.
Une journée presque parfaite
Comme Blais, Brunelle et Sarault ont aussi atteint les quarts de finale au 1000 mètres féminin, jeudi.
Au 1500 mètres masculin, William Dandjinou et Félix Roussel ont atteint les demi-finales. Dandjinou, qui a remporté le Globe de cristal du Circuit mondial la saison dernière, a gagné sa vague lors des quarts de finale, tandis que Roussel a pris le deuxième rang de sa vague.
Précédemment, Mathieu Pelletier avait été incapable de se qualifier pour les quarts de finale, ne réussissant pas à gagner sa vague lors des rondes de qualification. Pelletier pourra toutefois revenir dans le tableau principal via le repêchage, samedi matin.
Au 500 mètres masculin, Maxime Laoun, Steven Dubois et Dandjinou ont franchi les qualifications, remportant chacun leur vague respective. Ils seront des quarts de finale, samedi.
Au relais mixte 2000 mètres, Dubois, Roussel, Boutin et Sarault ont dominé leur vague des quarts de finale et l'équipe canadienne sera des demi-finales, samedi.
Les épreuves préliminaires et de qualifications se poursuivront vendredi à l'aréna Maurice-Richard, puis les rondes de médailles auront lieu samedi et dimanche.
Montréal sera aussi le théâtre d'une deuxième compétition du Circuit mondial de patinage de vitesse courte piste, du 16 au 19 octobre.
Alexis Bélanger-Champagne, La Presse Canadienne






