La nouvelle de la semaine est certainement le pacte de plusieurs années entre DAZN et Top Rank. Une nouvelle que toute l’industrie de la boxe accueille favorablement. En fait j’ai rarement vu une nouvelle faire autant l’unanimité dans le milieu.
Nakisa Bidarian, de MVP, a écrit sur sa page X.com : « Top Rank sur DAZN est un autre développement majeur pour l’industrie de la boxe ». Eddie Hearn a quant à lui félicité les deux parties en ajoutant que dorénavant il n’y aura plus de frontière télévisuelle pour empêcher un grand combat d’être présenté.
Ces deux citations résument bien le sentiment général qui se dégage de l’ensemble des principaux intervenants du noble sport.
Top Rank est plus qu’un promoteur de boxe, c’est une véritable institution fondée par le vénérable Bob Arum qui a fait ses débuts il y a 60 ans, le 29 mars 1966, au Maple Leaf Gardens de Toronto.
Imaginez, pour sa toute première expérience en boxe professionnelle, le jeune diplômé en droit de Harvard a dû trouver une niche pour la troisième défense du titre mondial des lourds WBC de Cassius Clay, alias Muhammad Ali (22-0, 18 K.-O.), alors honni de toutes les villes américaines et même de Montréal pour son refus d’enrôlement dans l’armée américaine.
Le maire Jean Drapeau avait interdit qu’Arum réserve le Forum de Montréal parce qu’il ne voulait pas nuire à sa relation avec les États-Unis, à la veille d’Expo 67.
Comme les boxeurs américains, dont Ernie Terrell, qui craignaient des représailles par le fisc américain, c’est le Torontois George Chuvalo (34-11-2, 28 K.-O.) qui, à 17 jours d’avis, obtenait alors sa première chance à un combat de championnat du monde. Il s’inclinera, après un vaillant effort, par décision en 15 rounds.
Arum va fonder en 1971 Top Rank qui a depuis organisé 1816 galas de boxe et près de 700 combats de championnat du monde, un exploit unique dans le sport professionnel.
La vidéothèque de l’organisation, conservée dans une voûte scellée, réfrigérée et à l’abri du feu ou autres catastrophes, est aussi précieuse pour la boxe que les pyramides le sont pour l’Égypte. D’ailleurs la nouvelle entente avec DAZN permettra au diffuseur de piger dans celle-ci pour offrir à ses abonnés une série classique riche et exhaustive.
Aujourd’hui, les principaux concurrents de Top Rank sont Matchroom d’Eddie Hearn, Queensberry de Frank Warren, Golden Boy d’Oscar De La Hoya et PBC d’Al Haymon, qui vont tous être appelés à collaborer sous la même bannière de DAZN.
À travers les années de son existence, Top Rank a eu à composer avec de féroces compétiteurs comme les Don King Promotions de Don King, Main Events de Dan et Kathy Duva, America Presents Ltd. de Dan Goossen et Matt Tinley, DBE Promotions de Lou DiBella, Cedrick Kushner Promotions de Cedrick Kushner. Toutes ces organisations, qui soit dit en passant ont toutes, à un moment ou un autre, participé à des événements au Québec, se dirigent vers le soleil couchant, ou y sont déjà arrivés.
Top Rank, malgré les 94 ans de son propriétaire et fondateur, est équipé pour faire front à toute opposition grâce à cette entente avec DAZN et sa solide équipe de boxeurs qui inclut entre autres les champions du monde Xander Zayas, Abdullah Mason, Bruce Carrington, les surdoués Keyshawn Davis, Emiliano Vargas, Raymond Muratalla et les vétérans O’Shaquie Foster et Emanuel Navarrete.
La force principale de Top Rank est de toujours trouver la bonne voie, les bons adversaires, la bonne recette pour amener ses boxeurs à maximiser leur potentiel et à en faire des étoiles.
Depuis aussi loin que je me souvienne, la plus grande contrainte qu’avaient les promoteurs pour présenter les combats les plus attrayants était les allégeances télévisuelles.
HBO ne voulait pas que les boxeurs en qui ils avaient investi se retrouvent sur Showtime, ESPN, DAZN et vice versa.
Il y a eu quelques exceptions et la première fut le combat de championnat du monde des poids lourds entre Mike Tyson (Showtime) et Lennox Lewis (HBO) le 8 juin 2002. Les deux organisations ont accepté de laisser leur égo de côté afin de collaborer et y combiner leurs ressources pour donner au public le combat le plus attendu de l’époque.
Cette collaboration a permis 1,97 million de ventes à la carte, le deuxième plus haut total de l’histoire après le 1,99 million de Holyfield/Tyson II en 1997, diffusé par Showtime. Lewis l’emporta par K.-O. au 8è round, ce qui marquera la véritable fin de la carrière d’Iron Mike.
Je me souviens d’un pari amical, en parallèle, qu’avaient pris les dirigeants de HBO avec ceux de Showtime. Chaque groupe devait ajouter en sous-carte leur plus grand espoir de future vedette majeure.
Showtime a choisi Jeff Lacy. HBO a choisi Manny Pacquiao.
Cette situation d’association HBO/Showtime n’est arrivée qu’une seule autre fois dans l’histoire et on y a établi un record impossible à surpasser : Floyd Mayweather contre Manny Pacquiao le 2 mai 2015. Cette fois-ci, ce sont 4,4 millions de foyers qui ont acheté le programme, soit 2,2 millions de plus que le record précédent établi le 5 mai 2007 avec Floyd Mayweather contre Oscar De Le Hoya sur HBO.
Vous savez maintenant qui a gagné le pari!
Pour les deux mégas combats réalisés en collaboration avec les diffuseurs, de nombreuses confrontations n’ont jamais eu lieu et on est passé à côté de spectaculaires trilogies potentielles comme par exemple, ici pour nous, Adonis Stevenson et Sergei Kovalev. Le premier étant avec Showtime et l’autre avec HBO, personne n’a jamais mis de l’eau dans son verre.
Plus récemment, un autre facteur important a permis de passer outre les allégeances corporatives et permettre les meilleurs combats possible sans restriction. Ce fut d’abord l’arrivée des Saoudiens, Turki Alalshikh et les Saisons Riyad, puis Netflix.
Ces organisations ont les poches tellement profondes et les moyens d’acheter les droits des boxeurs qu’ils désirent voir divertir leurs sujets.
Comme exemple, le combat Artur Beterbiev contre Dmitrii Bivol; le premier avec ESPN et l’autre avec DAZN. Les deux combats ont été rendus possibles quand les Saoudiens ont accepté d’acheter les droits de Beterbiev à ESPN.
Plus récemment, Anthony Joshua, sous contrat avec DAZN, a été en mesure de combattre sur Netflix contre Jake Paul de la même façon. Netflix a payé les droits requis à DAZN.
L’arrivée de Top Rank dans le giron de DAZN qui détient maintenant les droits sur 90 % des meilleurs boxeurs au monde de par ses partenariats avec Matchroom, Queensberry, Turki Alalshikh et Golden Boy va favoriser les duels sans limites et sans frontières.
Pour le moment, Golden Boy travaille à la pièce avec DAZN, mais n’a pas vraiment d’autres options. PBC, qui depuis la fin de Showtime fait des affaires avec Prime Video, vient d’inclure DAZN comme diffuseur pour son prochain gala, Benavidez contre Ramirez. Un signe de rapprochement potentiel.
Comme alternative à DAZN, il y a bien Zuffa qui est avec Paramount et MVP qui vient d’annoncer sa série MVPW sur ESPN, pour son équipe de boxeuses. Les deux organisations veulent opérer des ligues à part dans leur écosystème propre.
Zuffa veut répliquer le modèle UFC avec la boxe. Ce n’est pas demain que ça va arriver et l’équipe de DAZN sans trop s’inquiéter, pour le moment, est à consolider sa suprématie mondiale. Zuffa est quand même une excellente initiative qui va permettre une plus grande diversité pour les combattants et un influx d’argent majeur pour l’industrie.
Puisque c’était encore une semaine d’annonces importantes, Dana White vient de confirmer que tous les événements Zuffa seront diffusés par Sky Sports en Grande-Bretagne et en Irlande. De plus, l’entente y prévoit l’organisation de cinq galas importants annuellement.
Sky Sports est un joueur majeur dans le meilleur et le plus lucratif marché mondial de la boxe. Longtemps associé à Matchroom puis à Boxxer dont l’accord vient de se terminer, Sky Sports va permettre à Zuffa d’étendre ses ramifications outremer.
Ce que j’ai surtout apprécié dans le message de White à l’annonce de l’entente, c’est le ton, axé sur la valeur et l’importance de cette association, sans prendre le temps de dénigrer tout ce qui s’était fait en boxe avant son arrivée. D’ailleurs, l’une de ses déclarations, il y a quelques jours seulement, a mal vieilli quand il a dit en boutade qu’Arum était pratiquement fini, n’ayant même pas d’ententes de diffusion!
Pour MVP, c’est très heureux qu’ils aient trouvé un domicile pour leur série féminine. On sait que DAZN n’a pas renouvelé son entente avec MVP à sa conclusion, mais connaissant le cofondateur de MVP, Nakisa Bidarian, je suis certain qu’il avait déjà identifié qu’ESPN serait plus profitable pour sa formation féminine, la plus prestigieuse de l’histoire de la boxe.
En parlant de MVP, il faut souligner leur dernière acquisition, la championne unifiée des super mi-moyennes, Mikaela Meyer. C’est une grande championne qui a évolué avec Top Rank toute sa carrière. Elle a d’ailleurs été extrêmement élogieuse à propos de son ancien promoteur pour qui elle a un grand respect.
C’est un nouveau départ pour elle avec une équipe qui ne manquera ni de ressources ni d’adversaires pour lui permettre les meilleurs résultats.
En attendant le premier départ de Top Rank sur DAZN, je vous propose un combat intéressant en fin de semaine qui n’est ni sur DAZN, ni Paramount, ESPN ou bien Netflix.
Lester Martinez (19-0-1, 16 K.-O.), qu’on a vu dans une confrontation aussi intense que violente contre Christian MBilli en septembre dernier au Allegiant de Las Vegas, remonte sur le ring contre le vétéran Immanuel Aleem (22-3-3, 14 K.-O.) pour le titre WBC intérimaire des super-moyens.
On a découvert Martinez, qui est bien équipé techniquement et surtout armé d’une détermination et d’un courage indomptable. Aleem a toujours su compliquer la tâche de ses adversaires et a plus d’un tour dans son sac.
Le tout présenté sur une plateforme qui mérite d’être découverte, Proboxtv.com.
On aura l’occasion de s’en reparler.
Bonne boxe!







