Ce qui semblait n’être qu’un rêve fantaisiste de la part d’un homme créatif aux ressources démesurées va finalement se concrétiser en fin de semaine alors que Turki Alalshikh via Zuffa Boxing piloté par le tzar de la UFC Dana White va inaugurer, pour la boxe, le magnifique stade Allegiant alors que le plus populaire boxeur au monde Saul « Canelo » Alvarez (63-2-2, 39 K.-O.) montera sur le ring contre le plus habile de la planète Terence Crawford (41-0-0, 31 K.-O.)
Son excellence s’est lié d’amitié avec Crawford il y a quelques années et lui a promis de lui donner le plus prestigieux et le plus profitable des combats de sa carrière et sa cible a été immédiatement Canelo Alvarez, la vache à lait principale de tous les boxeurs qui ne sont pas de la division des lourds.
Au départ le Mexicain ne voulait rien entendre de cette entreprise croyant que comme de nombreux aspirants, on voulait se servir de sa popularité pour mousser la leur. Il ne croyait pas pertinent de même discuter d’affrontement contre celui qui devait monter de trois divisions pour se rendre à 168 livres à partir des 147.
Canelo qui commandait des bourses autour de 50 millions par combat ne croyait pas non plus que ça pouvait être différent contre l’américain d’Omaha.
C’est quand Alalshikh est arrivé avec une proposition de quatre combats en février dernier d’une valeur de 400 millions qu’il a réalisé que c’était vraiment sérieux. Le premier sur la liste n’était pas un grand défi avec William Scull à Riyad en mai dernier, mais lui permettait de reconquérir la ceinture IBF pour redevenir champion unifié. Un petit 100 millions vite fait.
Pour le deuxième, on lui a proposé Crawford, mais dans un endroit vraiment spécial qui va faire anthologie, dans le stade des Raiders au Allegiant de Las Vegas.
J’ai assisté à quatre matchs de football dans ce magnifique stade, deux fois les Raiders contre les Chiefs et deux matchs des Rebels l’Université de Las Vegas en NCAA. Les sièges sont bien rembourrés et confortables, le service impeccable, l’ambiance sonore remarquable et les écrans géants LED sont clairs et précis.
C’est un stade couvert avec du gazon naturel. Avant d’y aller je n’avais jamais vu ça le gazon aller se faire chauffer au soleil à l’extérieur du stade, par un système électronique de plaques coulissantes et rentrer à l’intérieur pour les matchs.
La bière est à 20$ et si vous commandez des nachos touts garnis et quelques consommations, ça vous revient presque au prix d’un repas chez Toqué à Montréal.
À la fin de gala, il faut s’armer de patience parce que pour retourner sur la « strip » il n’y a qu’un chemin qui passe par le pont qui relie le stade avec le Mandalay Bay, qui est interdit aux véhicules. Quand 65 000 personnes sortent ensemble et se retrouvent devant un étrangleur que représente le pont, il faut attendre son tour et la petite marche peut prendre quelques heures.
Mais comme on dit, ce n’est pas juste le match qui a de l’importance, c’est l’expérience client qui compte et le souvenir d’une journée mémorable!
Les 65 000 spectateurs présents aux combats de samedi vont passer une magnifique soirée inoubliable. Ils auront l’impression d’y vivre l’une des plus belles journées de leur vie.
En comparaison j’y étais le 20 juin 1980 au Stade olympique pour « The Brawl in Montreal » Sugar Ray Leonard contre Roberto Duran. Ça fait 45 ans et j’en ai encore un souvenir vif.
Je me souviens également de mon premier combat de boxe dans Sin City et ça aussi, ça reste gravé dans ma mémoire. C’était notre boxeur chez InterBox Dale Brown en combat IBF des lourds légers contre le champion Vassiliy Jirov, le 18 septembre 1999 dans un combat de demi-finale au Mandalay Bay.
La finale mettait aux prises les deux plus grandes vedettes de l’heure, Félix Trinidad contre Oscar De La Hoya pour une unification IBF et WBC des mi-moyens.
Évidemment, c’était à guichet fermé et comme c’était mon premier combat majeur de championnat du monde, à titre de promoteur, je n’avais pas beaucoup d’expérience ni de contacts. Après le combat de Jirov/Brown, remporté par le Kazakh par K.-O. au 10e, avant la finale de Trinidad/De La Hoya, on nous a tous sortis de la salle et confinés dans un petit vestiaire à regarder le combat sur une télé miniature.
Je n’ai plus jamais vécu cette situation, ayant appris qu’il fallait tout négocier au préalable quand nous étions à l’étranger.
Pour revenir à Alvarez/Crawford, j’ai de la difficulté à concevoir que le Mexicain puisse connaître de grandes difficultés à remporter ce combat. Oui l’Américain est brillant, ambidextre, et toujours dans une condition physique irréprochable. Il appartient à la liste sélecte des meilleurs de sa génération livre pour livre, mais il affronte un adversaire aussi talentueux que lui, à la mâchoire d’acier dans sa cour à lui.
Plusieurs experts disent que la différence de poids ne sera pas un réel facteur dans ce combat, mais je n’y crois pas. Oui il y a eu des boxeurs qui ont connu beaucoup de succès en affrontant des boxeurs des divisions supérieures. Il y a eu Manny Pacquiao, Roy Jones Jr, Evander Holyfield, Oleksandr Usyk, mais leurs cas ne ressemblent pas vraiment à celui qui nous concerne présentement. Ils étaient tous plus habiles que leurs adversaires, plus lourds et personne n’a fait un saut de trois divisions d’un seul coup.
Je me souviens du combat entre Sugar Ray Leonard contre Le Golden Boy canadien Donny Lalonde le 7 novembre 1988. Leonard avait connu ses années de gloire à 147 livres et venait de détrôner Marvin Hagler chez les 160. Contre Lalonde, il combattait pour le titre WBC des mi-lourds de ce dernier et en plus on y ajoutait le titre vacant nouvellement créé chez les super moyens.
On s’entend que le talent des deux ne se compare pas du tout. De plus, on a vraiment joué un tour à Lalonde. On lui a dit qu’il recevrait 1 million de dollars par livre sous les 172 livres. Il s’est présenté à 167 et il a reçu cinq millions. Lalonde me racontait qu’il a perdu ses dernières livres dans le sauna en essayant de calculer combien ça lui donnait pour chaque goutte de sueur qu’il perdait.
Enfin Leonard a gagné par TK.-O. au 9e alors que le Manitobain n’avait tout simplement plus d’énergie. Leonard avait toutefois visité le tapis au 4e round et perdu 3 des 4 premiers rounds sur les cartes des trois juges.
Leonard a vraiment ressenti la différence et a pris du temps à s’adapter malgré le niveau de son talent brut à des années-lumière devant Lalonde.
Alors à mon avis Crawford ne va pas pouvoir imposer sa volonté sur le ring, comme il a l’habitude de le faire. On a été témoin des problèmes que lui a causés Israil Madrimov, à sa seule sortie, à 154 livres, qu’il a remportée en 12 rounds très serrés.
Alors ma prédiction est que le rouquin devrait remporter une décision confortable en 12 rounds.
Mais devant notre écran, sur Netflix, ça va être une soirée spectaculaire, Christian MBilli va probablement voler la vedette avec son style agressif et sans compromis.
Ne me cherchez pas demain soir, c’est une belle soirée de boxe que je vais apprécier même si j’avais rêvé d’être parmi les spectateurs dans la grande ville du jeu, mais pas dans un vestiaire.





