Le nouveau parcours du Grand Prix cycliste de Québec aura permis de brasser les cartes du final des 216 kilomètres de la course où la victoire s'est jouée dans un groupe d'échappée. Vendredi, sur les Plaines d'Abraham, le Français Julian Alaphilippe (Tudor Pro Cycling) a battu au sprint son compatriote Pavel Sivakov (UAE Emirates – XRG, +2 secondes) et l'Italien Alberto Bettiol (XDS Astana, +4 secondes).
Les Québécois Philippe Jacob et Félix Bouchard, de l'équipe canadienne, ont animé l'échappée du jour, tandis qu'Hugo Houle et Guillaume Boivin, ont tenté de mettre la table pour le sprinter désigné chez IPT, Corbin Strong, 10e du jour (+17 secondes). Houle et Boivin ont respectivement fini 44e (+1 minute 2 secondes) et 62e (+3 minutes 23 secondes), tandis que Jacob et Bouchard n'ont pas rallié la ligne d'arrivée.
D'habitude si tranchant dans ses attaques en montée, le champion du monde Tadej Pogacar (UAE Emirates - XRG) a coupé court son effort dans l'avant-dernière ascension de la côte de la Montagne après avoir été amené par deux coéquipiers. Le vainqueur du dernier Tour de France est revenu sur les décrochés du groupe de tête et il y est allé d'une nouvelle salve à la sortie de la porte Saint-Louis.
Voyant qu'il ne pouvait faire la différence pour rejoindre le groupe de sept toujours devant à une quinzaine de secondes, le Slovène (29e, +26 secondes) a ensuite levé le pied, ce qui a permis aux derniers membres de l'échappée de jouer la victoire.
Alaphilippe a mentionné que sa victoire était spéciale, car il s'agit de sa première cette saison, mais aussi de sa première au sein de sa nouvelle formation. L'ancien double champion du monde a même dû se retenir pour ne pas être aussi volontaire qu'à son habitude dans l'échappée.
« Je me suis retrouvé assez tôt devant et la consigne était de rester concentré pour jouer la victoire et de ne pas faire le show. Ce n'était pas évident pour moi de rester dans le groupe devant et de ne pas collaborer, car ce n'est pas dans mon habitude. Mais à la fin, c'est peut-être aussi ce qui m'a permis d'avoir l'énergie nécessaire dans les derniers kilomètres pour partir et résister. »
À deux dans l'échappée
Au point de presse de la veille, les jeunes coureurs de l'équipe canadienne avaient mentionné leur intention de se glisser dans l'échappée du jour et c'est ce que deux d'entre eux ont réussi à faire. Philippe Jacob et Félix Bouchard ont fait faux bond au peloton en début d'épreuve en compagnie du Polonais Filip Maciejuk (Red Bull – BORA – hansgrohe) et de l'Italien Luca Vergallito (Alpecin - Deceuninck). Le groupe a creusé un écart allant jusqu'à 6 minutes.
Bouchard a survécu jusqu'à trois tours et demi de l'arrivée avant de poser pied, tandis que Jacob, pris de crampes aux jambes, a été décroché devant le Château Frontenac avec 85 kilomètres à faire.
« Avec le nouveau parcours, on savait que l'échappée partirait tôt, alors Félix Bouchard et moi on s'est dits : on va partir direct », a déclaré Jacob au micro de Sportcom. « Deux gars nous ont suivis. On n'a pas l'habitude de faire de grosses journées où ça pousse autant, mais après trois heures et demie, les jambes ont totalement crampé dans la côte. Et là, honnêtement, tu ne peux rien faire. Reste que c'était une super expérience avec la foule. Tout le monde qui t'encourage, c'était fou ! » a poursuivi l'athlète de Granby, ajoutant qu'il devait prendre des relais « intelligents » afin de ne pas vider ses cartouches trop tôt.
Il s'en doutait, mais il a constaté et surtout ressenti que le calibre d'une course du circuit World Tour n'est pas le même que celui des Mardis cyclistes de Lachine.
« On a tout donné, mais ç'a été ça. Le mental voulait encore forcer, mais les jambes ne voulaient vraiment plus. Je vais me souvenir de cette journée toute ma vie et avec le public qui t'encourage dans la côte, c'est ça qui est le plus nice ! »
Du côté de l'équipe IPT, la préparation pour le final de Corbin Strong n'a pu se dérouler comme prévu. Guillaume Boivin a percuté un muret de ciment à l'avant-dernier tour lorsqu'il n'a pu éviter un coureur de Tudor qui était tombé au sol. Revenir dans le groupe principal était donc une mission impossible pour lui, d'autant plus qu'au même moment, Pogacar y allait d'une première attaque dans la côte de la Montagne.
« Il est tombé tout seul, alors c'est frustrant. Je me sentais bien et ma job, c'était d'amener Corbin (Strong) au pied de la dernière bosse, alors je n'ai pas pu faire ça », a laissé tomber l'ancien champion canadien, les deux genoux ensanglantés et une épaule endolorie. « Ma forme est super bonne, alors c'est pour ça que je suis déçu. Ouin, c'est vraiment plate ! »
Houle, lui, regrettait de n'avoir pu sauter dans le train de la bonne échappée qui est parti à 75 kilomètres de l'arrivée.
« On a bien roulé, mais j'ai un peu de regrets au moment où le groupe a attaqué, car j'étais arrêté en pause pipi. Si j'avais eu l'occasion de me joindre au groupe, ç'aurait pu être bon. [...] J'ai pu être là jusqu'au dernier tour et faire du bon travail, mais évidemment, dans la dernière montée, j'étais kaput ! »
Jérôme Gauthier (+8 minutes 16 secondes) est le seul autre Québécois à s'être rendu au bout du parcours de 216 kilomètres. Il a conclu au 101e rang (+8 minutes 16 secondes), alors que ses coéquipiers Gabriel Séguin, Samuel Couture et Félix Hamel ont été contraints à l'abandon.
Le peloton sera de retour en action dimanche, à Montréal.





