MONTRÉAL – Félix Trudeau s’est pointé l’été dernier au camp de développement du Canadien dans un certain anonymat.
Au milieu des Michael Hage, L.J. Mooney, Aatos Koivu et autres espoirs bien en vue de l’organisation, l’attaquant québécois allait forcément passer inaperçu sur la patinoire du Complexe d’entraînement de Brossard.
D’abord parce qu’il n’était pas un choix de repêchage du club montréalais ou de toute autre formation du circuit Bettman. Puis, l’invité de 22 ans arrivait d’une saison passée chez les Pioneers de l’Université Sacred Heart, un modeste programme de division 1 de la NCAA établi à Fairfield au Connecticut.
« J’étais un joueur invité, mais je n’allais pas là juste pour remplir un chandail. Je voulais ressortir du lot pour qu’il sache je suis qui. »
C’est ce qu’il a fait.
Match 2 · Game 2
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Félix Trudeau assure la réplique immédiate des Rouges
Félix Trudeau responds immediately for Team Red
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Félix Trudeau double l'avance des siens d'un tir des poignets dans la lucarne
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Félix Trudeau roofs it to double his team's lead
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En marquant deux fois dans un match intra-équipe clôturant le camp, Trudeau a capté l’attention de Rob Ramage, directeur au développement des joueurs du Tricolore.
« Dans mon meeting à la fin du camp, il m’a dit : “On ne savait pas vraiment tu étais qui, mais là on le sait. »
Depuis, Trudeau s’assure qu’on ne l’oublie pas.
Après une saison de 15 buts et 38 points en 39 rencontres en 2024-2025, Trudeau aurait pu choisir de faire le saut chez les pros l’automne dernier. Il avait des offres sur la table.
Mais il était encore trop tôt pour faire le saut.
D’une part, Trudeau s’était toujours promis qu’il complèterait son stage universitaire de quatre saisons. C’est pourquoi le choix de 8e ronde des Foreurs de Val-d’Or en 2018 avait priorisé cette avenue.
Les deux premières années avec les Black Bears de l’Université du Maine ont certes été éprouvantes, au point de l’inciter à quitter pour se relancer à Sacred Heart, mais le temps n’était pas encore venu de capitaliser sur sa récente éclosion offensive.
« J’en ai parlé avec mon agent et ç’a été bref », relatait-il plus tôt cette semaine au RDS.ca.
« Il m’a dit que beaucoup de recruteurs voulaient voir si j’allais être capable de performer deux années de suite et d’être constant. C’était clair pour lui qu’il fallait que je revienne [dans la NCAA]. »
Trudeau a alors brièvement songé à profiter une fois de plus du portail des transferts pour se magasiner une meilleure opportunité et plus de visibilité, avant de conclure que cela n’était peut-être pas nécessaire.
« Quand je suis parti du Maine, j’arrivais dans une conférence moins forte (Atlantic Hockey America, NDLR.) et je me disais que j’allais me remettre sur la mappe. Mais avec toutes les équipes [de la LNH] qui parlaient à mon coach et mon agent, j’ai réalisé que je n’avais pas besoin d’aller ailleurs. J’avais juste à dominer et je serais correct. »
Pour être dominant, il l’est.
Avec 21 buts marqués en 29 matchs, Trudeau lutte pour le titre de meilleur buteur de la NCAA. À égalité au duxième rang avec Will Horcoff (Michigan) et Ethan Wyttenbach (Quinnipiac), le hockeyeur originaire de Terrebonne n’est qu’à une longueur du meneur, Hayden Stavroff (Dartmouth).

« J’ai toujours su que j’étais capable de scorer des buts, mais pas autant », confie-t-il, peinant à croire qu’il est au plus fort de la lutte au sommet avec plus que quatre matchs à jouer en saison régulière.
« Si on regarde mes statistiques en carrière, mon nombre de buts et de passes récoltés chaque année est assez équilibré. Mais cette année, j’ai juste pris un step. Je shoote beaucoup au net pis ça rentre. Autant de buts, je ne m’attendais pas à ça. »
Et ce ne sont certes pas les Pioneers qui s’en plaindront. Les buts du finissant représentent plus du quart de leur production totale (82) et aucun de ses coéquipiers ne revendique plus de huit buts. Avec 10 de ses buts inscrits sur le jeu de puissance, Trudeau n’en a qu’un de moins que le meneur de la NCAA à cet égard, Brodie Ziemer (Minnesota).
Un rendement qui pour une deuxième année de suite fait de Trudeau le candidat des Pioneers au prix Hobey-Baker, remis chaque année au joueur par excellence du circuit universitaire américain.
Meet Felix Trudeau, a Forward at Sacred Heart and a 2026 Hobey Baker Memorial Award nominee.
— Hobey Baker Award (@HobeyBakerAward) January 22, 2026
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Trudeau ne se conte toutefois pas d’histoire. Les partisans des Pioneers voteront peut-être pour lui durant le scrutin réservé au public, mais il ne sera pas des 10 finalistes sélectionnés et soulèvera encore moins le trophée.
« L’an passé, après deux mois, j’étais deuxième dans les votes et Ryan Leonard n’était même pas là », fait remarquer Trudeau.
« J’ai une bonne saison, mais il y a une tonne de bons joueurs, que ce soit les kids de 18 ans dans [la conférence] Big Ten, comme les Gavin McKenna, ou encore Eric Pohlkamp de l’Université Denver. Mais ça reste que c’est cool d’être nommé. »
Les réelles récompenses convoitées par l’athlète de 23 ans sont de toute façon toute autre. D’abord, il veut gagner. Bien sûr.
Identifiés comme l’une des équipes à battre dans leur conférence, les Pioneers occupent présentement le quatrième rang du classement de 10 équipes à l’aube des éliminatoires.
« On a le talent, il s’agit juste de tout mettre ensemble. Cette saison, on a battu une puissance comme Ohio State, mais récemment on a perdu contre l’une des pires équipes au pays. On est capable du meilleur comme du pire. »
Trudeau magic gives the Pios the win over the nationally-ranked Buckeyes‼️
— Sacred Heart University Men's Ice Hockey (@sacredheartmih) October 25, 2025
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Le titre de meilleur buteur de la NCAA occupe aussi une petite place dans ses pensées, reconnaît-il, mais il est aujourd’hui davantage préoccupé par la disette cinq de matchs sans marquer dans laquelle il est plongé. Sa plus longue de la saison.
« J’ai encore des occasions. Vendredi dernier, j’ai obtenu 8 shots au net et en fin de semaine dernière, j’ai frappé trois poteaux. Ça ne veut pas rentrer, ça arrive des fois », relativise celui dont la plus longue léthargie jusque-là s’était étirée sur deux matchs.
Bref, il est dû. Mais qu’il parvienne ou pas à devancer ses rivaux au fil d’arrivée, il aura déjà prouvé une chose. Il est capable de la mettre dedans. Ce que les éclaireurs professionnels ont déjà pu confirmer, notamment ceux du Canadien, laisse entendre Trudeau.
« Je sais qu’ils m’ont encore à l’œil. »
— Félix Trudeau
Dans un monde idéal, peu importe le club qui lui offrirait une chance, Trudeau se verrait jouer dans la Ligue américaine la saison prochaine.
« À partir de là, ce serait à moi de prouver ce que je suis capable de faire pour atteindre mon but ultime. Quand j’étais au Maine, j’ai arrêté d’y croire. Mais quand j’ai commencé à recevoir de l’attention et que les équipes se sont mises à appeler, j’ai recommencé à y croire.
« À moi maintenant de montrer que je suis capable de jouer au prochain niveau pour faire écarquiller les yeux et jouer dans la Ligue nationale un jour. »






