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Un casque en or et une carrière relancée

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MONTRÉAL – Frédéric Allard a décliné toutes les offres.

1000 piastres?

Non.

2000?

Non plus.

Dernière offre, 3000?

Encore non.

« Le monde était fou. »

C’était en mai dernier, dans les rues de Luleå, une ville du nord de la Suède.

« Il y a peut-être 50 000 habitants, mais il devait y avoir 30 000 personnes dehors pour la parade et les cérémonies », calcule Allard.

Un premier titre en 29 ans dans la SHL, le circuit suédois de première division, ça se fête. Et, ne regardant pas à la dépense, certains partisans du Luleå HF ont tenté de convaincre Allard de se départir de l’ultime souvenir.

Son casque en or.

Celui qu’on remet à chacun des joueurs membres de l’équipe championne dans les minutes suivant leur sacre.

« Ça n’a pas de prix, il faut que tu le gagnes pour en avoir un », justifie le défenseur québécois âgé de 27 ans.

« Je l’avais sur la tête, bien strappé, pour être sûr que personne ne me l’enlève. »

L’irréparable a ainsi été évité. Personne ne lui a volé. Si bien qu’Allard a pu ramener sa précieuse pièce d’équipement chez lui, à Québec.

« Ma blonde n’est plus capable de me voir avec mon casque en or. J’ai passé l’été avec mon casque en or sur la tête. »

Frédéric Allard Frédéric Allard avec son casque en or à Québec et après la conquête du championnat de la SHL. (Comptes Instagram de Frédéric Allard et du Luleå HF)

Allard avait toutes les raisons d’afficher sa fierté. À Luleå, il a relancé sa carrière. Il est devenu un « MVP » et a fracassé des records. Et, surtout, il a retrouvé « le fun de jouer au hockey ». Celui qu’il avait perdu en Amérique du Nord, au terme de sa courte association avec le Canadien de Montréal.

« Ç’a été la meilleure année de ma vie. »

***

Choix de 3e ronde des Predators de Nashville en 2016, l’ancien des Saguenéens de Chicoutimi a passé l’essentielle de ses six premières saisons professionnelles dans la Ligue américaine de hockey avec les club-écoles des Preds et des Kings de Los Angeles, y jouant près de 300 matchs avant de passer dans l’organisation du Canadien.

À court de défenseurs en santé en plein cœur d’un voyage en Californie, le CH a fait l’acquisition d’Allard des Kings en retour de l’attaquant Nate Schnarr le 3 mars 2023. Deux jours plus tard, il jouait son premier match dans l’uniforme tricolore, son deuxième en carrière dans la LNH.

Puis, peu après, il était cédé au Rocket de Laval, où il a été essentiellement relégué à un rôle de spectateur, ne jouant que cinq rencontres avant d’être finalement rappelé à nouveau à Montréal. Il a joué les deux derniers matchs de la saison de l’équipe, puis il a tourné la page.

« Je trouvais que ma carrière en Amérique du Nord stagnait. Je devenais de plus en plus un joueur étiqueté Ligue américaine. Quand tu te blesses, tu ralentis et il y a des jeunes qui poussent pour prendre ta place », confiait-il en début de semaine au RDS.ca.

« Je me suis fait échanger deux fois en dedans d’un an et demi et j’ai joué pour trois équipes différentes. Je trouvais que ça menait nulle part, alors j’ai commencé à explorer l’Europe. »

Alors âgé de 25 ans, Allard n’était toutefois pas à la recherche d’une destination vacances. Il voulait évoluer dans une « ligue compétitive » pouvant lui offrir une chance de « revenir un jour ». C’est ce que lui proposait le Luleå HF avec un contrat de deux campagnes.

La première de celles-ci a été éprouvante. Sur tous les plans.

Opéré au ventre dans la saison morte pour soigner deux hernies sportives, Allard n’a pu faire ses débuts dans la SHL qu’en novembre.

« J’avais encore de la misère à marcher après les games. Et je devais jouer sur une grande glace. Je ne me sentais pas bien. Je devais m’adapter à un nouveau système, tout en étant loin de ma famille, loin de chez nous, loin de mon monde.

« Mentalement, c’était dur. Quand tu n’es pas bien en dehors de la patinoire, c’est rare que ça va bien sur la glace. »

Limité à 38 rencontres et 9 points, le défenseur au penchant pour l’attaque a alors songé à tout arrêter.

« J’étais venu en Europe pour essayer de jouer une saison complète et d’avoir du fun à jouer au hockey. C’était pire. Je me suis dit que c’était peut-être assez pour moi. »

Le Luleå HF n’aurait eu aucune objection à mettre fin prématurément à l’association. Après des discussions avec son agent Dominic DeBlois et son entourage, Allard s’est cependant résolu à se donner une autre chance. À se « réessayer », après un été complet d’entraînement cette fois.

« J’ai commencé l’année comme septième défenseur et j’ai fini MVP des séries. Ç’a été une année incroyable. »

En 52 matchs de saison régulière, Allard a inscrit 5 buts et 17 passes à sa fiche, avant de réécrire certains chapitres du livre des records de la SHL en éliminatoires.

Au fil des 17 joutes menant au sacre de son club, Allard a récolté 21 points, un sommet historique pour un défenseur. Ses 17 passes constituent une autre marque, tout comme son tour du chapeau réussi dans le troisième match de la finale, une première pour un arrière.

Le joueur par excellence de cette finale décidée en six matchs, c’était lui. Celui dont les partisans réclamaient pourtant le départ après une saison. Celui qui songeait à la retraite il y a quelques mois à peine.

« C’était vraiment le fun de savoir que je suis encore bon. J’étais dans une spirale où je me disais que je n’étais peut-être plus de calibre, que je n’étais peut-être juste plus bon, que le corps ne suivait plus. Mais finalement, je ne peux pas mieux me sentir que je me sens en ce moment. »

Charles-Édouard D’Astous, l’inspiration

Fort de ce retour en force, Allard a signé une prolongation de contrat d’une saison, assortie d’une année d’option.

Des offres d’autres équipes lui ont été présentées, mais il a opté pour la stabilité, renouant avec la majeure partie des membres de l’équipe championne.

« Niveau salaire, je ne peux pas demander mieux », explique celui qui a amassé 14 passes en 24 matchs cette saison, ce qui le place au troisième rang des meilleurs pointeurs de son équipe, derrière l’espoir du Canadien Filip Eriksson.

« Niveau temps de glace, j’ai la confiance des entraîneurs. Je dois être le joueur qui en obtient le plus dans la ligue au complet. C’était dur de changer ma situation. Si j’ai une autre bonne saison, tu ne sais pas ce qui peut arriver. »

Un retour dans la LNH? Allard dit ne pas fermer la porte à cette éventualité. Mais il ne la pourchasse pas.

La récente percée de Charles-Édouard D’Astous avec le Lightning de Tampa Bay est néanmoins porteuse d’espoir.

À 27 ans, le même âge qu’Allard, le défenseur québécois a joué le premier match de sa carrière dans la LNH le 25 octobre dernier. Il en a joué 18 autres depuis et fait toujours partie de la formation.

La saison dernière, D’Astous affrontait Allard dans la SHL. Les deux Québécois se sont même fait face en finale.

« Je le côtoie depuis que j’ai 20 ans, on s’entraîne ensemble. Partout où il va, il est dominant. Ce n’était qu’une question de temps avant que sa chance arrive et qu’il la prenne », affirme celui qui dit également s’inspirer des cas d’Oliver Kapanen et de David Tomasek, qui ont fait le saut de la SHL à la LNH directement cette saison.

« Si ça arrive, ça arrive. Si ce n’est pas le cas, je suis bien heureux du calibre dans lequel je joue en ce moment et de ce qu’on peut accomplir en tant que joueur de hockey en Europe. »

Nulle part ailleurs on lui offrira un casque doré.