La scène est frappante, au son du dernier coup de sifflet marquant la fin du duel entre la France et la Slovénie.
Les Slovènes sautant de joie, pressés de célébrer autour de leur gardien de but. À l'autre bout, des Français découragés, le regard vide...
Le résultat de ce match va au-delà d'une victoire ou d'une défaite quand le sort réservé au perdant est une relégation à la division inférieure et une exclusion du Championnat du monde 2026.
C'est donc d'une façon cruelle que Pierre-Édouard Bellemare encaisse le coup. À 40 ans, il a confirmé avant le tournoi qu'il s'agissait de son dernier Championnat du monde avec les « Bleus ».
À peine sorti de la patinoire, il livre le fond de sa pensée à chaud.
« Ce qui fait encore plus mal, c'est que tu veux laisser l'équipe de France dans une meilleure position que quand tu as commencé. Moi, j'ai commencé et on descendait (on était relégués), alors je suis un peu déçu de ça. Là, c'est dur de trouver les mots. »
L'impact d'une relégation est important. Ce tournoi devient une vitrine importante pour les joueurs basés en Europe. Une bonne performance contre de grosses nations de hockey peut attirer l'attention et créer des opportunités au sein de formations de haut niveau à travers la planète hockey. Bellemare explique la situation avec lucidité.
« Pour les grosses nations comme le Canada, la Suède, les États-Unis ou la Finlande, c'est la médaille d'or ou rien d'autre. Mais nous les petites nations, le potentiel de rester en groupe A permet à nos jeunes générations de voir du hockey. D'avoir aussi les médias plus impliqués dans notre pays et ça donne une chance à ce qu'un jour, des joueurs qui ont commencé comme moi dans un pays où il y a moins de hockey se retrouvent peut-être en LNH. »
L'histoire de Bellemare en est une de persévérance et de dévouement au hockey. L'attaquant avait 29 ans quand il a joué son premier match dans la LNH, dans l'uniforme des Flyers de Philadelphie.
Son parcours dans le circuit Bettman aura finalement duré 700 matchs en saison régulière, et 85 autres en séries. Il aura aussi porté les couleurs des Golden Knights de Vegas, de l'Avalanche du Colorado, du Lightning de Tampa Bay et du Kraken de Seattle.

Il a encaissé des défaites crève-cœur dans son parcours au sein de la LNH, avec deux défaites en finale de la coupe Stanley, d'abord en 2018 avec Las Vegas, puis en 2022 à Tampa.
Aujourd'hui, comme capitaine de sa nation, il a le sentiment d'avoir échoué dans un moment critique.
« Moi je m'arrête, mais j'espère que les joueurs qui continuent vont réussir à nous faire remonter très très vite. »
Ce qui est aussi crève-cœur pour Bellemare, c'est que cette autre déception survienne en Suède, là où il a évolué pendant huit saisons avec les formations de Leksand et Skelleftea.
Avec cette dernière équipe, il a remporté deux championnats de suite avant de faire le saut dans la LNH. Il est aussi marié à une Suédoise, et le couple a deux jeunes enfants. C'est donc dans l'espoir de vivre un bien meilleur scénario qu'il s'est présenté en Suède.
Au final, c'est le collectif de la France qui a échoué. Une opportunité ratée contre la Finlande revient aujourd'hui hanter les Bleus. La France menait 3 à 1 avec 1:33 à écouler en troisième période contre la Finlande, le 11 mai.
Bellemare et ses coéquipiers ont ensuite concédé deux buts en fin d'engagement, avant de s'incliner en prolongation. Des défaites de 2 à 1 contre la Slovaquie, puis une autre de 5 à 2 face à l'Autriche, constituent également des occasions ratées d'inscrire des points précieux.
« On tourne autour mais, on est pas assez dangereux, souligne Bellemare. Contre des équipes qui sont meilleures que nous techniquement, contre qui on ne devrait pas avoir de chance, on joue nos meilleurs matchs. Et face à des équipes contre qui on devrait être meilleurs, on n'est pas assez impliqués. Comment je pourrais l'expliquer? Je suis pas sûr, mais c'est dur. »
Cette relégation de la France se veut aussi une mauvaise nouvelle pour les organisateurs du Championnat du monde 2026, qui sera présenté en Suisse. Le fait que les deux pays sont voisins aurait facilité la présence de partisans français au tournoi.






