MONTRÉAL — Des athlètes prennent la parole pour dénoncer l’impact des changements climatiques causés par les combustibles fossiles sur les sports d’hiver. Une pétition a d’ailleurs été remise au Comité international olympique (CIO) mercredi pour dénoncer les commandites de cette industrie.
Mercredi, le skieur norvégien Nikolai Schirmer a remis la pétition « skier sans énergies fossiles » à Julie Duffus, responsable du développement durable au CIO, dans un hôtel de Milan, deux jours avant le début des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina.
Les médias n’ont pas eu accès à la rencontre du skieur avec la direction du CIO, mais les doléances de l’athlète norvégien sont plutôt claires:
« Il est suicidaire pour les sports d’hiver organisés de promouvoir activement les combustibles fossiles qui réduisent à néant ce qui les fait vivre: l’hiver », peut-on lire dans la pétition.
Les combustibles fossiles, le charbon, le pétrole et le gaz, sont de loin les plus grands contributeurs au changement climatique.
Ils sont responsables de plus de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon « The Production Gap », un rapport rédigé par différentes agences onusiennes.
Malgré les liens scientifiquement prouvés entre la combustion de pétrole et la fonte de neige et de glaciers dont dépendent les sports d’hiver, des entreprises gazière et pétrolière, comme ENI ou alors Petro-Canada, sont partenaires des Jeux olympiques.
C’est ce que dénoncent les athlètes, comme Mike Douglas, ancien membre de l’équipe nationale canadienne de ski acrobatique, qui fait partie des 20 000 personnes « provenant de la communauté des sports d’hiver » qui ont signé la pétition.
« Beaucoup de gens ne vivent pas dans les montagnes et ne comprennent pas forcément ce qui est en train de se passer, mais moi, je vois les changements climatiques tous les jours. Nous sommes sur la ligne de front. Vous avez juste à regarder l’accumulation de neige dans les montagnes de l’ouest de l’Amérique du Nord. Il n’y a rien de normal. Bien sûr, on a parfois de mauvaises années, mais ces mauvaises années sont de plus en plus fréquentes », a indiqué celui qui est considéré comme un pionnier du « freeski », en entrevue avec La Presse Canadienne.
« Il y a un sentiment d’unité, beaucoup d’olympiens de différents pays et qui pratiquent différents sports » ont signé la pétition de Nikolai Schirmer, fait remarquer un autre signataire, Philippe Marquis, qui a participé aux Jeux de Sotchi en 2014 et à ceux de Pyeongchang en 2018.
Le skieur acrobatique croit que plusieurs athlètes ressentent «un sentiment d’urgence parce qu’ils voient leur circuit de compétition être affecté» par les changements climatiques.
« Depuis quelques années beaucoup de compétitions ont été annulées en raison de mauvaises conditions de neige, ou de météo changeantes », fait remarquer celui qui a fait partie de l’équipe nationale pendant dix ans.
Les athlètes, souligne-t-il, « doivent faire autant de compétitions sur une période plus courte », car il y a moins de jours au cours desquels les températures descendent sous zéro.
Il soutient que les calendriers condensés et les mauvaises conditions météo exposent les athlètes à des risques de blessures.
Moins de sites possibles pour les JO
Les 11 dernières années ont été les plus chaudes depuis l’ère préindustrielle, selon l’agence européenne Copernicus, alors que 2023, 2024 et 2025 ont été les plus chaudes jamais enregistrées.
Avec le réchauffement climatique qui atteint des niveaux records, la liste des sites pouvant accueillir de manière fiable les Jeux d’hiver va considérablement diminuer dans les années à venir.
Sur les 93 sites en terrains montagneux qui disposent actuellement des infrastructures nécessaires pour accueillir des compétitions de sports d’hiver de haut niveau, seuls 52 devraient avoir une hauteur de neige et des températures suffisamment froides pour pouvoir accueillir les Jeux d’hiver dans les années 2050, selon une étude menée par le professeur Daniel Scott, de l’Université de Waterloo.
Jules Burnotte, qui a représenté le Canada aux Jeux olympiques de Beijing en 2022 au biathlon, également un signataire de la pétition, ne s’inquiète pas vraiment pour l’avenir des Jeux d’hiver; ce qui le préoccupe, c’est plutôt la pérennité des sports.
« Des hivers plus chauds, des saisons de ski plus courtes, ça va affecter le nombre de futurs skieurs. Ça va affecter la pratique de ces sports par la population et la pérennité des sports d’hiver. »
Les athlètes qui ont signé la pétition demandent à la Fédération internationale de ski et de snowboard ainsi qu’au Comité international olympique « d’ouvrir une enquête » sur «les considérations éthiques liées au fait d’accepter des fonds provenant d’entreprises d’énergies fossiles», ainsi que sur les impacts environnementaux et sanitaires liés à la promotion des énergies fossiles.
Petro-Canada, partenaire canadien
Parmi les entreprises de combustibles fossiles associés aux Jeux, il y a le géant pétrogazier ENI, l’un des principaux partenaires des Jeux olympiques de 2026, et Petro-Canada, une marque de Suncor, qui est partenaire national du Comité olympique canadien.
Suncor Energy est l’un des plus importants producteurs de pétrole issus des sables bitumineux au monde.
Les gaz à effet de serre liés à la combustion des produits de Suncor ne diminuent pas, au contraire. L’entreprise a battu son propre record de production de pétrole et de gaz en 2024 avec 827 000 barils par jour. Elle prévoit également que la production de l’année 2025 battra celle de 2024.
Une lettre à Mark Carney
Parallèlement à la pétition déposée mercredi, des athlètes canadiens ont envoyé, l’automne dernier, une lettre ouverte au premier ministre Mark Carney pour lui demander de «rehausser sans délai» ses engagements afin que le pays atteigne ses objectifs climatiques
« Nous ressentons directement les effets des changements climatiques lors de nos entraînements et compétitions, avec des répercussions qui compromettent notre capacité à performer, et même à concourir en toute sécurité, tant au Canada qu’à l’international», font valoir les athlètes.
« Des Jeux olympiques aux Coupes du monde en passant par les championnats nationaux, la chaleur extrême, le recul des glaciers, la diminution de l’enneigement et la mauvaise qualité de l’air menacent, et ont déjà fait disparaître des sites essentiels à nos disciplines », écrivent-ils.
« Nous savons que les impacts du changement climatique vont bien au-delà de notre capacité à concourir et à représenter le Canada. C’est par amour du sport et de notre pays que nous prenons part à cette conversation, afin de protéger l’avenir du sport, ainsi que les lieux et expériences que nous chérissons. »
Les médaillés olympiques Alex Beaulieu-Marchand, Ashleigh McIvor, Katie Vincent, Kelsey Serwa, Kim Lamarre, Marion Thénault et Sydney Payne font partie des 77 athlètes canadiens qui ont signé la lettre envoyée au premier ministre.






