Kim Boutin l’affirme avec un sourire en coin : il n’existe pas de version « normale » des Jeux olympiques.
La patineuse de vitesse courte piste âgée de 31 ans le sait très bien. Sa première participation, à Pyeongchang en 2018, a laissé un goût amer qui a pris du temps à chasser, alors que sa récolte de trois médailles a été entachée par des menaces sur les réseaux sociaux. Encore un peu fragile mentalement, Boutin a ensuite participé aux Jeux de 2022 à Pékin, dans des conditions particulières en raison de la pandémie de COVID-19.
Quand on lui demande si elle espère simplement vivre des Jeux olympiques « normaux », du 6 au 22 février à Milan-Cortina, elle souligne ne pas savoir si ce concept existe vraiment.
« On dirait qu’il y a toujours quelque chose qui fait en sorte que les Jeux seront différents des uns aux autres, a dit Boutin lors d’un récent entretien avec La Presse Canadienne. J’ai l’impression que ce sera amusant de revivre les Jeux avec des spectateurs. J’espère que ce sera une belle expérience pour toute l’équipe. »
Ce qui rendra ces Jeux uniques pour Boutin, c’est qu’il s’agira de ses derniers. Elle accrochera ses patins après les Mondiaux, qui auront lieu à Montréal du 13 au 15 mars.
En paix avec sa décision, Boutin reconnaît que son choix l’a enfin aidée à apprécier un peu plus chaque moment sur la glace. Elle arrive enfin à patiner avec la légèreté qu’elle recherchait depuis toutes ces années.
Cependant, elle conserve le même désir de gagner en elle, particulièrement quand elle obtient de bons résultats.
« C’est comme si, vu que la fin approche, j’ai comme un lâcher-prise. Je trouve que j’ai quand même eu une belle carrière, a dit la quadruple médaillée olympique. J’essaie donc de profiter des derniers moments, de tout donner, jusqu’au maximum de ce que je peux faire.
« C’est quand je goûte un petit peu au succès que je me dis que j’ai envie de continuer, a ajouté Boutin. Mais je pense que c’est correct que j’arrête maintenant. »
Boutin a remporté une médaille d’argent au 500 mètres lors d’un arrêt du Circuit mondial de l’ISU à Montréal cet automne. Elle a aussi été ralentie par un problème récurrent au dos qui l’a forcée à rater la quatrième et dernière étape du circuit.
Elle a donc de la difficulté à déterminer des objectifs précis pour les Jeux, alors que l’équipe canadienne visera un total de sept médailles.
« Je pense que je peux avoir confiance en mon potentiel, a indiqué Boutin. Il y a des temps que je fais en ce moment qui sont quand même bien. Mais c’est sûr qu’il y a de la fatigue accumulée. Le peaufinage de la fin de la préparation sera important, surtout pour une patineuse explosive comme moi. »
Pour l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne, le quintuple médaillé olympique Marc Gagnon, le succès de Boutin aux Jeux de Milan-Cortina ne sera pas seulement déterminé par ses performances sur la glace.
« Je lui souhaite juste d’être fière de ce qu’elle va faire, parce que Kim en a déjà fait beaucoup », a-t-il dit lors du dévoilement de la composition de l’équipe en décembre.
« Kim s’épanouit beaucoup à travers l’équipe en ce moment, a-t-il poursuivi. Elle vit des relations qu’elle ne pensait peut-être pas possibles dans le passé à cause de la différence d’âge ou la différence de vision. Quand vous avez 10 ans de différence avec une autre personne, les visions changent parfois. Elle apprend là-dedans. Elle grandit comme personne et comme athlète. Donc, je lui souhaite d’être fière d’elle, mais de s’accomplir individuellement et en équipe avec ces nouvelles choses-là qu’elle a découvert. »
Boutin ne se voit surtout pas revivre un long cycle olympique de quatre ans. D’ailleurs, elle a toujours préféré couper les cycles avec une pause afin de se concentrer sur ses études en éducation spécialisée. Elle admet d’ailleurs devoir faire un peu de rattrapage lors des sessions d’hiver, ratées souvent en raison des compétitions de patinage de vitesse.
La Sherbrookoise souligne que le fait d’avoir développé ses champs d’intérêt hors de la patinoire l’a aidée à se revaloriser. Il s’agit là d’un rappel important, et elle espère que c’est un peu de cela dont ses coéquipières se souviendront d’elle.
« J’aimerais que les gens comprennent que, même au niveau élite, c’est possible d’être performant et d’être heureuse, car ça n’a pas toujours été le cas au sein du groupe de filles, a mentionné Boutin. Quand vous visez la perfection, vous pouvez parfois rentrer dans un entonnoir pas très amusant.
« De garder ça léger, tout en étant performant, je pense que j’aimerais que cette vision reste au sein du groupe », a-t-elle analysé.
Les épreuves de patinage de vitesse courte piste des Jeux olympiques de Milan-Cortina auront lieu du 10 au 20 février.





