L'athlète ukrainien de skeleton, Vladyslav Heraskevych, a déclaré mardi qu'il veut encore participer aux compétitions des Jeux olympiques de Milan-Cortina en portant un casque qui rend hommage aux athlètes de son pays qui sont morts pendant la guerre contre la Russie, malgré l'interdiction imposée par le Comité international olympique.
Le CIO a plutôt offert à Heraskevych la possibilité de porter un brassard noir, qualifiant la décision de «compromis». L'organisation qui chapeaute le mouvement olympique a indiqué que le casque — lequel présente les photos d'une vingtaine d'athlètes ukrainiens qui sont morts depuis le début de l'invasion russe en 2022 — enfreint le règlement olympique contre les messages à connotation politique.
Heraskevych a déjà indiqué qu'il ne prévoit pas enfiler de brassard noir.
«Nous continuerons de nous battre pour que je puisse participer aux compétitions avec ce casque, a-t-il mentionné, après ses deux descentes d'entraînement mardi. Je crois sincèrement que nous n'enfreignons aucun règlement ni aucune loi.»
Il prévoit de nouveau porter son casque lors de la dernière descente d'entraînement mercredi, en prévision de la compétition masculine de quatre manches qui s'étalera sur deux jours, à compter de jeudi.
Le CIO a écrit au Comité olympique ukrainien que «le principe fondamental» est que les Jeux doivent être à l’abri de toute «ingérence politique, religieuse ou autre». Le Comité olympique ukrainien a rétorqué que, selon lui, le casque est pleinement conforme aux règles du CIO, puisqu’il «ne comporte aucun slogan politique et n’exprime aucune discrimination raciale».
«Je pense que nous avons essayé de répondre à ses souhaits avec compassion et compréhension, a déclaré mardi le porte-parole du CIO, Mark Adams. Il s'est exprimé sur les réseaux sociaux et pendant l'entraînement et, comme vous le savez, nous ne l'empêcherons pas de s'exprimer lors des conférences de presse, lorsqu'il quittera la zone mixte et ailleurs. Nous pensons que c'est un bon compromis dans cette situation.»
Herashevych peut de toute évidence s'entraîner avec son casque sans crainte de sanction du CIO. L'organisation a cependant mentionné aux Ukrainiens que Heraskevych ne pourra participer aux compétitions avec son fameux casque.
Heraskevych a terminé quatrième aux Championnats du monde de l'année dernière et est considéré comme un espoir de médaille à ces Jeux. Il est populaire auprès de ses pairs et a obtenu le soutien de plusieurs collègues, pas seulement dans ce dossier, mais depuis le début de la guerre.
Le CIO a également souligné qu'il avait déjà interdit les brassards par le passé, mais qu'il était prêt à faire une exception dans le cas de Heraskevych. La décision du CIO ne signifie pas que tous les athlètes peuvent porter des brassards, et si Heraskevych choisit de le faire, celui-ci ne pourra comporter aucun texte, a précisé Adams.
«Nous ne voulons pas que tout le monde enfile un brassard noir pour chaque compétition, a noté Adams. Cependant, si le raisonnement est le bon, alors nous pourrons l'envisager.»
Heraskevych a déclaré avoir vu des drapeaux russes – censés être interdits lors de ces Jeux – dans les tribunes lors de certaines épreuves et s'interroge sur les raisons de leur autorisation par le CIO.
«Je ne comprends pas en quoi ce casque a pu blesser qui que ce soit. Il est censé rendre hommage aux athlètes, dont certains ont été médaillés aux Jeux olympiques de la jeunesse, a rappelé Heraskevych à l'Associated Press lundi. Cela signifie qu'ils font partie de la famille olympique. Ils ont toujours appartenu à cette famille, et je ne comprends donc pas pourquoi on trouverait une raison de l'interdire.»
Le patineur artistique Dmytro Sharpar, ancien coéquipier de Heraskevych aux Jeux olympiques de la jeunesse, figure sur le casque, tout comme le boxeur Pavlo Ishchenko, le joueur de hockey Oleksiy Loginov et bien d'autres. Certains, a déclaré Heraskevych, ont été tués au front; au moins un est mort en essayant de distribuer de l'aide à ses compatriotes ukrainiens.
Même le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'est exprimé sur le sujet, publiant un message sur son compte Instagram dans lequel il remercie le patineur d'avoir «rappelé au monde entier le prix de notre combat».
Heraskevych, le porte-drapeau de l'Ukraine lors de la cérémonie d'ouverture la semaine dernière, a brandi une pancarte après sa quatrième et dernière manche aux Jeux olympiques de Pékin en 2022, sur laquelle on pouvait lire «Non à la guerre en Ukraine». Quelques jours après la fin de ces Jeux, la Russie a envahi son pays et la guerre se poursuit depuis.
Tim Reynolds, The Associated Press






