Jeux olympiques

Le système sportif canadien confronté à une crise de financement

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La Canadienne Amy Fraser participe à la finale en demi-lune de ski acrobatique féminin aux Jeux olympiques d'hiver de 2026, à Livigno, en Italie, le dimanche 22 février 2026. (Photo AP/Julia Demaree Nikhinson) (Julia Demaree Nikhinson)

Le mode de financement des athlètes qui évoluent sur la scène internationale n’était qu’un élément parmi d’autres d’un rapport global sur l’état du sport canadien, mais un élément clé compte tenu des performances du pays lors des récents Jeux olympiques d’hiver.

Parmi les 98 mesures proposées dans le rapport final de la Commission sur l’avenir du sport au Canada publié mardi, l’augmentation du financement de base des organisations sportives nationales figurait parmi les plus urgentes.

« Le système sportif est confronté à une crise de financement, ce qui contribue à la crise de la sécurité dans le sport », a déclaré Lise Maisonneuve, ancienne juge en chef de la Cour de justice de l’Ontario, qui a présidé la commission.

« Nous devons accroître l’investissement dans le sport pour qu’il soit à la hauteur de nos attentes quant à ce que devrait être le système sportif. Nous demandons donc au gouvernement du Canada d’augmenter de toute urgence le financement de base des organisations sportives nationales et de revoir et d’ajuster régulièrement les niveaux de financement », a-t-elle ajouté.

« Nos athlètes de niveau national continuent de faire face à d’importantes pressions financières, a ajouté Mme Maisonneuve. Ils ont du mal à subvenir à leurs besoins de base tout en conciliant les exigences de la compétition et de l’entraînement. »

Les Comités olympique et paralympique canadiens ont demandé, au nom des organisations sportives nationales, lors de deux budgets fédéraux successifs, une augmentation du financement de base, qui, selon eux, stagne depuis 2005 et n’a pas suivi le rythme de l’inflation.

La dernière demande en date portait sur une augmentation de 144 millions $ du financement de base, somme annuelle sur laquelle les organisations sportives nationales comptent pour financer leurs opérations, leurs athlètes, leurs entraîneurs et leur personnel de soutien.

Le Canada a connu des Jeux d’été exceptionnels à Paris en 2024. Neuf médailles d’or et 27 médailles au total ont constitué des records pour des Jeux olympiques d’été non boycottés. Les 10 médailles d’or paralympiques et 29 médailles au total ont largement dépassé les totaux de 2021 à Tokyo.

Mais les Jeux d’hiver de Milan-Cortina ont connu une chute vertigineuse. Le Canada a été exclu du top-5 des pays au classement des médailles pour la première fois depuis 1994, avec 21 médailles olympiques, dont cinq d’or.

Le nombre de médailles d’or et le nombre total de médailles de l’équipe paralympique canadienne ont chuté, passant de 10 et 25 à Pékin, en 2022, à trois et 15, en Italie.

Et ce, sans la Russie, grande puissance des sports d’hiver, qui n’a pas participé aux Jeux en Italie en raison des sanctions liées à l’invasion militaire de l’Ukraine.

La Norvège a dominé les Jeux olympiques avec 41 médailles, dont 18 d’or. La Chine a dominé le classement paralympique avec 44 médailles, dont 15 d’or.

L’élan donné par les Jeux d’hiver de 2010 à Vancouver et Whistler, en Colombie-Britannique, où l’équipe hôtesse avait remporté 14 médailles d’or olympiques et 10 paralympiques, s’est estompé.

Le bosseur Philippe Marquis s’est lancé dans le sport de haut niveau juste avant 2010 et était déjà un athlète olympique en 2014.

Il entraîne aujourd’hui les espoirs canadiens en bosses et affirme que la différence entre la manière dont sont traités les athlètes qu’il entraîne aujourd’hui et la façon dont il a lui-même été traité est « choquante ».

« C’est très différent, et j’ai eu de la chance, dans le sens où j’ai en quelque sorte commencé le sport de haut niveau juste avant Vancouver 2010, a souligné Marquis. Il y avait cet élan autour de Vancouver, de l’organisation des Jeux et des fonds injectés dans le sport à cette époque.

« Après 2010, nous avons en quelque sorte surfé sur cette vague pendant quelques cycles olympiques. À l’heure actuelle… nous sommes en train de manquer de souffle après cet élan de 2010 », a-t-il reconnu.

Les performances du Canada aux Jeux d’hiver plus tôt cette année « sont peut-être le premier domino à tomber », a ajouté Marquis.

Les athlètes doivent maintenant payer de leur poche les camps d’entraînement, les thérapeutes, les psychologues du sport et les nutritionnistes, des coûts auxquels Marquis n’avait pas à faire face.

« Les athlètes quittent prématurément le système sportif », a admis le Québécois âgé de 36 ans.

« Les athlètes n’ont pas nécessairement les ressources financières pour continuer et se retrouvent à un carrefour où ce n’est pas le talent qui est le facteur limitant, mais plutôt: ‘Est-ce que je peux encore payer mes factures? Dois-je retourner aux études? Il est probablement temps de trouver un emploi’. »

Le premier ministre Mark Carney a laissé entendre que des fonds supplémentaires pourraient être débloqués dans des commentaires qu’il a faits le 14 mars aux athlètes canadiens participant à des épreuves de ski en Norvège.

« L’une de nos conclusions est que nous devons réformer […] notre financement des athlètes, a déclaré M. Carney dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube de CPAC. Nous allons nous y atteler de manière très réfléchie au cours des six prochains mois.

« Du terrain de jeu au podium. Nous allons bien faire les choses. Nous allons nous rapprocher davantage de la Norvège à cet égard », a-t-il assuré.

Interrogé mardi à Ottawa sur les demandes de financement formulées dans le rapport de la commission, le secrétaire d’État aux Sports, Adam van Koeverden, a répondu : « Comme l’a dit le premier ministre à Holmenkollen et à Oslo l’autre jour, notre gouvernement veut réformer le système sportif canadien, du terrain de jeu au podium.

« Nous voulons nous assurer que cela se traduise par une augmentation du financement à tous les niveaux de gouvernement. Je crois fermement que le sport ne relève pas exclusivement de la compétence fédérale », a-t-il déclaré.

« L’une des principales raisons pour lesquelles je me suis présenté aux élections il y a huit ans était de veiller à ce que nous continuions à utiliser le sport comme un moyen de renforcer la nation, ce qui nécessite certainement davantage de financement au niveau fédéral, provincial et territorial, ainsi qu’au niveau municipal dans tout le pays », a résumé van Koeverden.

David Shoemaker, directeur général du Comité olympique canadien, s’est senti encouragé par les propos de M. Carney en Norvège.

« J’ai interprété cela comme signifiant que nous allons exceller sur la scène mondiale et soutenir nos athlètes canadiens comme ils méritent de l’être, à l’instar de ce que fait la Norvège pour ses athlètes, mais que nous allons également veiller à ce que les investissements nécessaires soient en place pour élargir le nombre de participants au sport organisé dans tout le pays, a-t-il déclaré. C’est ce que la Norvège fait si bien. »

Son homologue au Comité paralympique canadien, Karen O’Neill, estime que la convergence des Jeux d’hiver, du rapport de la commission et des propos de M. Carney laisse présager un changement significatif.

« Nous espérons vraiment que le terrain est prêt pour faire des annonces, assurer un suivi et réaffirmer des investissements substantiels qui transformeront certainement le leadership, les investissements et, très honnêtement, l’avenir du sport au Canada, car il est grand temps », a mentionné Mme O’Neill.

« Ç’aurait dû être fait depuis longtemps déjà », a-t-elle conclu.