Laurence St-Germain conserve de vagues souvenirs de la plus grande course de sa carrière.
Les registres indiquent qu’elle a réalisé un temps cumulatif d’une minute et 43,15 secondes le 18 février 2023 à Méribel, en France, détrônant ainsi l’Américaine Mikaela Shiffrin, en tête après la première manche, et remportant du même coup le titre de championne du monde de slalom. Elle est ainsi devenue la première Canadienne en 63 ans à accomplir cet exploit.
Mais ce jour-là, sur la piste, elle a soudainement été submergée par les émotions.
« Toute la cérémonie sur le podium et la partie dans la zone d’arrivée, c’est flou, a-t-elle admis. J’étais beaucoup trop euphorique... C’est vraiment pour cela que je veux encore monter sur le podium, afin de pouvoir me rafraîchir la mémoire. »
St-Germain espère qu’elle pourra savourer la victoire aux Jeux de Milan-Cortina, ses troisièmes en carrière, même si les chances ne jouent pas en sa faveur.
Elle a peut-être triomphé aux Championnats du monde, mais, autrement, la jeune femme de 31 ans originaire de Saint-Ferréol-les-Neiges n’est jamais montée sur le podium au cours de sa carrière professionnelle, se classant généralement à l’extérieur du top-10.
Si St-Germain admet avoir dépassé ses propres attentes en remportant le titre aux Mondiaux de ski alpin, elle rêve de pouvoir skier sans petit «bobo» pour démontrer que sa victoire n’était pas qu’un coup de chance.
La Québécoise a connu une série de malchances, à tel point qu’elle a envisagé de raccrocher ses skis avant cette saison olympique.
« Blessure après blessure, a-t-elle mentionné. Vous savez ce que vous avez fait pour obtenir le meilleur résultat de votre vie l’été précédent et toute la préparation, et ne pas pouvoir reproduire cela... mentalement, c’est difficile. »
Tout a commencé par une blessure mineure, mais gênante, au pouce, au printemps 2023, suivie d’une déchirure ligamentaire à la cheville gauche, compliquée par un œdème osseux, et de douleurs dorsales qui ont limité sa mobilité.
Au cours de la dernière saison morte, une blessure au genou qui remontait à 2016 s’est aggravée, au point qu’elle avait même du mal à marcher. Elle a subi deux injections de plasma riche en plaquettes (PRP) et a manqué deux camps d’entraînement préparatoires sur neige.
« C’était une douleur tellement chronique que je me suis dit : ‘Oh mon Dieu, je suis vieille’, a-t-elle déclaré. Le plus difficile cet été, c’était de me demander si je devais arrêter, et je pense que le pire cauchemar pour un athlète, c’est d’être obligé d’arrêter plutôt que de choisir d’arrêter. »
Lorsqu’elle a finalement pu entamer sa saison, St-Germain a prouvé qu’elle n’avait rien perdu de son talent, terminant 11e à Gurgl, en Autriche, le 23 novembre, après seulement sept ou huit jours d’entraînement sur skis.
« Honnêtement, c’est l’une des skieuses qui a fait le retour le plus impressionnant que je connaisse », a déclaré sa coéquipière canadienne, Amelia Smart.
St-Germain s’est classée parmi les 15 premières lors de ses trois courses suivantes en Coupe du monde, avant d’être incapable de compléter la première manche à Kranjska Gora, en Slovénie, le 4 janvier. Elle a ensuite terminé 22e à Flachau, en Autriche, mais a chuté à l’arrivée, ce qui l’a empêchée de participer à la course du week-end dernier à Spindleruv Mlyn, en Tchéquie.
L’épreuve de slalom féminin aux Jeux olympiques est prévue le 18 février à Cortina d’Ampezzo, en Italie. St-Germain a déclaré que de triompher aux Jeux serait encore plus gratifiant que sa première victoire, aux Mondiaux.
« J’espère remporter une médaille, c’est mon objectif, a-t-elle reconnu, sans détour. Ce serait incroyable. Comme lors des Championnats du monde, où j’ai gagné alors que personne ne s’y attendait, ce serait encore irréel. »
La carrière de St-Germain ne date pas d’hier. L’athlète a chaussé ses premiers skis alors qu’elle était encore toute petite.
Son père, Jean-François, était un professionnel du ski de bosses, et elle a grandi à moins de 10 minutes en voiture du Mont-Sainte-Anne, l’une des plus grandes montagnes du Québec.
À trois ans, elle a supplié ses parents de la laisser rejoindre son frère aîné, William, qui est également devenu skieur professionnel, sur les pistes.
« Je suis arrivée à la station de ski et j’ai dit à mes parents : ‘Oh, je suis peut-être trop jeune pour ça finalement’. Mais j’avais quand même très envie d’y aller, a-t-elle raconté en riant. J’ai fait ma première course très jeune... J’ai chanté une chanson de Noël (le classique ‘Petit papa Noël’) pendant toute la descente. »
En 2014, après avoir gravi les échelons chez les juniors, la jeune femme alors âgée de 19 ans a été écartée de l’équipe canadienne de développement un an après y être entrée, ce qui l’a conduite sur un chemin inhabituel vers la scène internationale.
St-Germain a rejoint l’Université du Vermont, où elle a étudié l’informatique et remporté deux titres de la NCAA, ce qui lui a finalement permis de regagner sa place dans l’équipe nationale.
« J’ai beaucoup appris sur moi-même et sur la façon de m’entraîner, a-t-elle déclaré à propos de son expérience universitaire. J’ai beaucoup appris sur l’indépendance et j’ai vraiment mieux compris le ski. J’ai également réalisé à quel point l’école pouvait m’aider et m’apporter autre chose dans la vie. »
St-Germain poursuit actuellement des études en vue d’obtenir un deuxième diplôme en génie biomécanique à Polytechnique Montréal, dans l’espoir de travailler dans le domaine de la robotique et des prothèses une fois sa carrière de skieuse terminée.
Elle ne sait pas encore quand cela se produira, mais, en tant que membre la plus âgée de l’équipe féminine canadienne de ski alpin, elle admet que ces Jeux olympiques seront probablement ses derniers.
Et même si elle ne se souvient pas de tout ce qui concerne sa victoire aux Championnats du monde, St-Germain a appris qu’elle avait ce qu’il fallait pour créer de nouveau la surprise.
« Je suis performante sous pression, dit-elle. Je peux vraiment attaquer, et j’ai confiance en ma capacité à le faire, du début à la fin. Je pense que c’est ce qui a vraiment fait la différence. C’est l’approche que je veux adopter à chaque course cette année, car je pense que ç’a fonctionné à l’époque et que cela devrait fonctionner encore. »






