MONTRÉAL – Le rassemblement d’octobre devait être pour l’équipe nationale canadienne l’occasion de célébrer le retour attendu de deux contributeurs importants dans sa route vers la prochaine Coupe du monde.
Onze mois après s’être déchiré le ligament croisé antérieur, Liam Millar a sauté avec le sourire sur la pelouse du Centre Nutrilait, mardi matin. « Il avait l’air du Liam des beaux jours, a observé le sélectionneur Jesse Marsch après un entraînement qui s’est conclu sous une pluie diluvienne. C’était comme s’il n’était jamais parti. »
Moïse Bombito, lui, brillait par son absence. À peine remis d’une blessure à un poignet et d’une fracture de stress à un tibia, le défenseur montréalais s’est fracturé le tibia en fin de semaine en s’alignant pour Nice dans un match de Ligue 1. Sa convalescence devrait s’étirer sur une période de quatre à cinq mois.
L’indisponibilité de Bombito est un coup dur pour l’équipe canadienne. En moins de deux ans, le Québécois s’est imposé comme un atout indispensable dans sa charnière centrale. Un genre de sauveur inattendu à une position qui avait représenté une faiblesse pour l’Unifolié en 2022 au Qatar.
« On avait très hâte de le revoir parce que tout le monde sait à quel point il joue un gros rôle dans ce qu’on essaie de faire. Mais sa façon d’encaisser la nouvelle illustre bien la personne qu’il est. Je l’appelais pour lui remonter le moral, mais en raccrochant j’avais presque l’impression que c’était lui qui était en train de me consoler », rigolait Marsch.
Maxime Crépeau est peut-être mieux placé que quiconque pour comprendre les émotions qui traversent son jeune coéquipier. En 2022, il s’était fracturé une jambe en finale de la Coupe MLS, quelques semaines avant le début de la Coupe du monde.
« C’est sûr que ça nous a tous touchés. On sait que Moïse a eu de l’adversité ces derniers temps. Le tibia, je connais bien ça. Ça va prendre une couple de mois, ça ne sera pas facile. Ça prend de la résilience revenir de ça, mais on a la preuve [dans le vestiaire] que c’est possible d’en revenir. J’ai été capable, Tajon [Buchanan] a été capable. »
Marsch dit avoir fait le parallèle avec la vieille blessure de Buchanan, qui s’était fracturé le tibia à l’entraînement en préparation pour la Copa América, dès qu’il a vu les images de la collision dans laquelle a été impliqué Bombito. Les radiographies qu’on lui a fait parvenir par la suite ont confirmé ses appréhensions.
« Il subira la même opération que Tajon, qui avait été en mesure de revenir au jeu quatre mois plus tard. Je ne vois pas pourquoi Moïse, avec son physique, son âge et tout le reste qui joue en sa faveur, ne pourrait pas suivre le même échéancier. On va se croiser les doigts pour qu’il évite les complications et qu’il soit de retour en force bientôt. »
Une chance pour une autre pépite
La mise à l’écart de Bombito vient tracer au gros surligneur fluo la fragilité de la profondeur canadienne au poste de défenseur central. Mais elle pourrait aussi permettre à une autre étoile montante de prouver sa valeur et, qui sait, d’améliorer ses chances de se retrouver aux côtés de Bombito quand la Coupe du monde se mettra en branle.
À seulement 19 ans, Luc De Fougerolles a fait des pas de géant depuis cet été dans l’échiquier supervisé par Marsch. Il a joué 90 minutes contre l’Ukraine, été titularisé dans trois matchs de Gold Cup et participé aux deux jeux blancs réalisés contre la Roumanie et le Pays de Galles le mois dernier.
On l’a connu comme partenaire de jeu de Derek Cornelius, mais il n’est pas impossible qu’il monte dans la hiérarchie au point de supplanter le vétéran d’ici l’été. Les malheurs de Bombito lui donneront en tout cas toutes les occasions dont il pourrait avoir besoin pour y parvenir.
« Il est jeune, mais il ne joue pas comme un jeune, a vanté Marsch. Il a l’air rusé, expérimenté. Pour un gars qui n’a joué qu’une poignée de match chez les pros, c’est assez incroyable de voir à quel point il est fort en équipe nationale. »
Marsch a même décrit le jeune produit de l’académie de Fulham comme un leader naturel doté d’un talent de communicateur duquel pourrait s’inspirer Cornelius, qui est de sept ans son aîné.
« Il ne joue pas comme un gars de 20 ans, approuve Crépeau. Il a beaucoup de maturité pour son âge. Il comprend bien les moments où c’est le temps de prendre l’espace et de nous apporter beaucoup avec le ballon. Défensivement il est solide, il comprend très bien nos principes. Il joue comme s’il n’avait aucune pression sur les épaules. »
De Fougerolles pourra peut-être profiter des conseils de Bombito en attendant de pouvoir partager le terrain avec lui. Marsch apprécie tellement l’enthousiasme contagieux du Montréalais qu’il n’a pas écarté la possibilité que celui-ci accompagne la sélection malgré son incapacité à enfiler les crampons.
« On en a parlé dans le passé, mais il était à une étape de sa remise en forme où son club préférait qu’il ne s’éloigne pas trop pour optimiser sa guérison. Mais il veut être dans l’entourage de l’équipe, il adore être ici, alors on va trouver une façon de l’intégrer. »
« Je ne sais pas, peut-être que je devrai le pousser dans une chaise roulante... on va trouver une solution! », a promis Marsch.





