On a réellement vu des choses intéressantes dans cette Phase II (deuxième journée de groupes) du tournoi. C'est souvent une journée un peu «molle», où de nombreuses équipes choisissent plus souvent l'attente, la précaution pour s'assurer d'avoir encore quelque chose à jouer lors du dernier match. Ça n'a pas vraiment été le cas cette année, une grande majorité d'équipes se montrant proactives, qu'il s'agisse d'assurer une qualification ou d'aller chercher le ou les points nécessaires pour rester encore dans la course. Mais ces matches ont ouvert la porte à un grand nombre de questions qui pourraient rendre la suite de la compétition encore plus indécise. Vraiment indécise…
Il n'y aura finalement qu'un seul véritable match sans enjeu lors de la troisième journée (Espagne - Australie), avec deux équipes déjà éliminées. Les quinze autres matches auront quelque chose à jouer, quelque chose à aller chercher pour au moins une équipe dans chaque rencontre (les deux dans plusieurs cas).
Des équipes éliminées après cette deuxième journée, on retiendra avant tout l'Espagne. Pas la peine de rappeler le pedigree de cette sélection depuis six ans, la voir tomber de cette façon est un vrai choc. Pas imprévisible, au sens de «c'était une possibilité parmi plusieurs autres, mais clairement envisageable avant le début du tournoi». Elle tombait dans un groupe qui ne lui laissait aucune marge de manoeuvre, surtout avec ses deux premiers matches contre les deux principaux dangers de ce groupe (Pays-Bas, Chili). L'Espagne a duré 30 minutes, les 30 premières face aux Pays-Bas. Où elle aurait pu mener 2 ou 3-0 et s'éviter la rupture. Celle-ci est survenue en deuxième mi-temps, et a été consommée face au Chili. Une Espagne lente, sans idées, répétitive et carbonisée, à laquelle Vicente Del Bosque n'aura jamais su apporter une étincelle, une ébauche de solution. Elle entame un sérieux cycle de changement, et il doit arriver rapidement (Isco, Illarra, Koke…) si l'Espagne veut s'éviter une longue période de doute.
Au tapis aussi, l'Angleterre. Un peu plus prévisible avec l'Italie et l'Uruguay pour premiers adversaires. Une équipe entreprenante, rajeunie, mais terriblement inadéquate tactiquement, dans son approche du jeu. Ce n'est pas un problème récent, mais sa persistance indique un manque majeur, essentiel, au pays de la Premier League. Il y a eu cette saison un long débat en Angleterre sur le fait que la PL, la ligue la plus riche du monde, attirait trop de talents étrangers, ce qui empêchait l'éclosion, le développement de joueurs anglais. C'est encore une fois prendre le problème à l'envers! Développe tes joueurs, donne-leur une bonne éducation tactique, une meilleure compréhension du jeu et les clubs comprendront vite qu'il vaut mieux aller chercher un jeune correctement formé au pays pour 3 millions que d'aller chercher ailleurs une non-vedette (je ne parle pas des joueurs qui génèrent la publicité et les rentrées d'argent, c'est une autre discussion) pour 15 millions. C'est logique…
Dans les départs prématurés, la Bosnie… Une équipe qui sait jouer, qui a voulu jouer. Qui paye un peu son inexpérience (et une ou deux décisions d'arbitrage), mais qui possède une génération capable de revenir fort à l'Euro 2016, voire au prochain Mondial.
De l'autre côté, il y a les confirmations. En premier lieu, la France. On sentait qu'elle avait quelque chose. Elle a attaqué ce Mondial avec rage. Impressionnante au milieu, rapide, fluide dans ses phases d'attaque, elle a confirmé son «mieux-être». On a déjà dit que c'était une équipe «fonctionnelle», montée pour tirer le meilleur de chaque joueur dans un système précis. C'est du Didier Deschamps. Pas vraiment romantique, le gars a appris son métier en Serie A italienne, «à la dure» et ça se voit. Mais c'est hautement efficace. Le milieu Cabaye - Matuidi - Pogba / Sissoko peut franchement faire peur à n'importe qui dans ce Mondial. Il fait un peu penser à la paire Vieira / Makélélé qui avait été essentielle aux Bleus en 2006. Devant, Benzema joue complètement libéré. À l'opposé de l'attaquant indécis, coincé, du dernier Euro. Il prend des décisions, s'impose, imprime sa marque dans cette équipe. Est-ce que l'absence de Ribéry aurait aidé à cette prise de confiance? Pour la défense, on verra, elle demeure un point d'interrogation (encore que Varane / Sakho semble plutôt solide) et elle n'a pas été encore vraiment testée. Les 20 minutes de relâchement contre la Suisse (à 5-0) ne sont certainement pas à prendre en compte.
Les Pays-Bas… Alors, les Pays-Bas, c'est bizarre… En 40 ans de Coupes du Monde, je ne les ai jamais vus joués comme ça. C'est direct, le moins qu'on puisse dire. Comme Deschamps, Van Gaal a cherché comment maximiser le potentiel de son groupe. Réponse: en donnant à Van Persie et Robben le maximum d'espace possible. D'où cette orgie de longues balles, 40 ou 50 mètres parfois. Et ça marche… Par contre, la tenue de la défense centrale est vraiment suspecte. Elle s'est fait ouvrir pendant une demi-heure contre l'Espagne et a été à la peine face à l'Australie (pour toute la qualité de son but, Cahill ne doit JAMAIS pouvoir se sortir du marquage de trois joueurs aussi facilement). De Jong fais un énorme travail devant la défense pour limiter les fuites, mais attention…

Chez les favoris, le Brésil et l'Argentine n'ont pas vraiment montré grand-chose. Le Brésil, un peu crispé au premier match (et un peu aidé…), a été vraiment lent et sans idées face à un Mexique bien organisé. L'Argentine a fait le minimum face à la Bosnie et a clairement été incapable de forcer le bloc défensif iranien ensuite. Les systèmes tactiques employés demeurent indécis et peu efficaces, il a fallu que Messi vienne débloquer les choses à l'ultime seconde. On sent que les deux peuvent trouver les solutions, mais il est temps de les sortir de la boîte. L'Allemagne, un peu suffisante après son premier match aurait pu se faire reprendre plus gravement face au Ghana si ce dernier avait su un peu mieux finir ses occasions (et être un peu plus concentré en défense). Il y a tout de même quelques dysfonctionnements dans son jeu, en défense et au milieu, qui laissent un peu perplexe…
De l'Italie, on se fera une bien meilleure idée après son match décisif face à l'Uruguay. Elle vaut certainement mieux que ce qu'elle a montré face au Costa Rica. Encore faut-il le prouver, comme elle l'a fait par moments face à l'Angleterre.
Le Costa Rica, parlons-en. Deux énormes victoires pour les «Ticos», deux énormes surprises et une sélection dont on apprécie la solidité (qu'est-ce qu'ils sont puissants!… Il leur est arrivé dix fois de perdre un peu n'importe comment le ballon, mais à chaque fois il y a eu deux ou trois joueurs pour revenir en force et rattraper la situation). Le Chili, on l'attendait. Combatif, toujours sur le mode «attaque», il a parfaitement su jouer dans les faiblesses espagnoles et semble avoir gagné en confiance, en affirmation. Face à un adversaire plus direct, comme les Pays-Bas, on attend de voir (le Chili a été gêné par l'approche directe des Australiens), mais ce dernier match du Groupe B sera un vrai test pour ,es deux. La Colombie, fluide, rapide, élégante a confirmé ce que l'on attendait d'elle. Elle sait faire le jeu, varier le rythme (l'un des deux thèmes qui feront une grosse différence à partir des huitièmes) et s'est même trouvée une défense assez solide (l'autre thème déterminant de ce Mondial). Elle possède aussi une large variété en attaque, qui la rend extrêmement imprévisible. Au niveau, individuel, si James Rodriguez et Teo Gutierrez ont été très bons, mon «coup de coeur» de toutes les équipes de cette deuxième journée (et qui confirme ce qu'on a vu lors de la première) est pour Juan Cuadrado, à la droite de l'attaque colombienne. Un toucher de balle fin, jamais forcé, un exceptionnel «feinteur» (il n'y en a pas beaucoup), énorme volume de travail, vision du jeu (il joue avant tout pour ses partenaires), c'est un peu un «ailier à l'ancienne», fantastique à voir jouer.
On ne peut parler de tout le monde. De l'Algérie, grandement sous-estimée avant le tournoi; de l'Uruguay et de Luis Suarez; de la Côte-d'Ivoire, au potentiel énorme… Du Portugal, des États-Unis ou du Ghana, qui nous livrent un Groupe D absolument épique (les deux 2-2 de cette journée doivent devenir des classiques). Ou encore de la Croatie et du Mexique, deux équipes vraiment plaisantes qui devraient se déchirer un billet pour les huitièmes. Dès demain!





