C'est toujours un peu compliqué, dans de tels tournois, de dresser un premier bilan à l'issue du premier tour. Quarante-huit matches, c'est-à-dire les trois quarts de la compétition en « volume du matches ». Tellement de choses se sont passées, on en oublie à chaque fois, au risque de passer à côté de quelque chose d'important.
Alors, pour rester simple, commençons par les buts. Par rapport à 2010, c'est une explosion offensive. Le football de sélections a suivi la courbe du football de clubs ces dernières années (il a toujours quelques temps de retard) et les modèles offensifs sont maintenant bien intégrés au niveau des équipes nationales et ont pris le pas sur les organisations défensives.
Défenses moins bonnes, gardiens excellents…
Même les équipes « défensives » sont parvenues à aller au bout de leur logique : un système fait pour défendre doit permettre de marquer le minimum, sans encaisser (Grèce, éventuellement Costa Rica). Avant le tournoi, on parlait d'équipes « fonctionnelles », en voici une facette.
Dans le même temps, les défenses (en particulier centrales) ont commis un nombre important d'erreurs (souvent provoquées) qui ont amené plus de buts. Bizarrement, ce sont des équipes que l'on présentait faibles dans ce secteur qui ont fait le meilleur travail : à ce sujet, il est amusant que deux des meilleures organisations en défense soient menées par deux « vétérans » que l'on disait « finis », voire de vrais dangers pour leur sélection, à savoir Marquez (Mexique) et Yepes (Colombie).
Le niveau des gardiens a grimpé de façon spectaculaire : quasiment plus d'erreurs et chaque sélection peut présenter une vidéo des arrêts majeurs réalisés par son gardien lors du premier tour. Ochoa (Mexique) vient tout de suite en tête, mais Navas, Bravo, Enyeama, M'Bolhi ont été décisifs dans la qualification de leur équipe.
Un Mondial fait pour les buteurs
Buts, donc buteurs. Ils sont quasiment tous là après le premier tour : Neymar, Messi, Müller, Van Persie, Benzema, etc… Manque Ronaldo, mais on se doutait un peu, dès le premier match face à l'Allemagne, qu'il aurait du mal à entrer dans ce Mondial après une fin de saison difficile.
Oui, les principaux buteurs sont là : c'est l'addition de leurs qualités individuelles (Messi, Neymar) et de systèmes (encore une fois, on parle de « fonctionnel ») fait pour utiliser leur maximum : exemple-type, les Pays-Bas, organisés pour utiliser à fond la recherche d'espaces de Van Persie et Robben.
S'ajoutent à ça les buts marqués par des remplaçants (en nombre affolant) et voilà une pièce de plus au casse-tête : ils rentrent dans des situations précises, pour des besoins précis et l'équipe sait répondre à ces besoins (Origi pour la Belgique, Fer ou Depay aux Pays-Bas, Hernandez au Mexique, ou encore la « tournante » effectuée par la Colombie - James, Teo, Jackson Martinez, Quintero…). C'est une des raisons pour lesquelles ce Mondial a vu tant de renversements de situation : les équipes savent répondre et ont les outils pour le faire. Oui, beaucoup de renversements, mais aucune équipe n'est cependant parvenue à remonter un retard de deux buts.
Arbitrage inégal
L'arbitrage est essentiellement inégal. Il y a eu quelques erreurs, plus ou moins importantes (en particulier concernant des penalties ou des expulsions, ce sont les deux thèmes majeurs), mais il semble assez clairement s'agir d'un problème de niveau, d'expérience. Par exemple, le nombre de fois (assez important cette année) où un arbitre a cassé le flux du jeu en contrant un ballon ou gênant un joueur, parce qu'il est fondamentalement mal placé. Idem concernant les sanctions (fautes, avertissements et expulsions) - il y a avant tout problème d'uniformité dans l'appréciation des gestes (expulsions clairement pas évidentes de Marchisio ou Valencia).
On a beaucoup parlé de la techno «Ligne de But». D'accord. Elle a servi, quoi, deux fois? Quelque chose qui aurait été plus malin: combiner cette technologie avec la présence d'assistants derrière la ligne de but (pour surveiller la surface de réparation). Ces assistants n'ont plus à se soucier de regarder la ligne de but pour voir si le ballon franchit ou non en entier, la techno le fait. Eux, ils peuvent maintenant se concentrer à 100% et donc AIDER l'arbitre en regardant tout ce qui se passe dans la surface (le penalty accordé au Brésil lors du match d'ouverture aurait peut-être été jugé différemment, ou celui qui qualifie la Grèce).
À la gloire du Costa Rica
Sur les équipes elles-mêmes, la grande surprise vient d'abord du Costa Rica. Sortir de son groupe en battant l'Uruguay, l'Italie et avec un nul contre l'Angleterre, c'est hallucinant (et dépasse maintenant l'exploit de 90). Le faire en ne prenant qu'un seul but démontre aussi un exceptionnel travail de préparation et d'organisation. Avec les outils aujourd'hui disponibles et une connaissance maintenant globale de tous les systèmes, les équipes de « moindre envergure » peuvent faire n'importe quel résultat (voir comment l'Australie a longtemps tenu les Pays-Bas après avoir inquiété le Chili).
Comme en 2010, l'Europe a perdu à peu près 50% de sa représentation au premier tour, essentiellement au profit de deux Confédérations américaines (Conmebol 5 sur 6, Concacaf 3 sur 4… la moitié des qualifiés). Bien entendu, les éliminations conjointes de l'Espagne, l'Angleterre et l'Italie représentent un choc important - quoique pas inattendu. Manque de rythme, manque d'idées… ce sont des équipes qui ont semblé subir d'un bout à l'autre. Les trois ont en outre affiché des manques criants tant en défense (lents, mal placés) qu'en attaque (aucune variété, aucune capacité à créer).
Ceux qui restent…
La Colombie, le Mexique, les Pays-Bas et la France ont été les plus convaincants de ce premier tour. Parce qu'ils ont toujours su jouer dans leurs forces, imposant leur façon de faire. Leur système. France-Suisse, Colombie-Grèce, Pays-Bas-Chili ou Mexique-Croatie sont autant d'exemples, dans des conditions diverses, de leur capacité à s'imposer dans des matches qui pouvaient leur poser de gros problèmes. Autre équipe attendue, la Belgique a connu plus de difficultés que prévu dans un groupe qui semblait à sa main. Elle remporte le groupe, mais pas vraiment de manière convaincante.
Chez les favoris de « premier rang », on ne peut pas dire que le Brésil nous ait complètement emballé, ni que l'Argentine ait clairement allumé son potentiel offensif (à part Messi), ni que l'Allemagne ait franchement pris les choses en main dans son groupe (à part au premier match). Elles ont toutes trois eu à jouer des groupes pénibles, face à des organisations clairement montées pour les bloquer. Elles peuvent se libérer à partir des huitièmes.
Le Nigeria et l'Algérie passent tous deux. Moins « flashy » que le Ghana et la Côte-d'Ivoire, ils se sont montrés aussi les mieux organisés. Le Ghana s'est autodétruit, les Ivoiriens sont encore une fois passés à côté : ce n'est pas entièrement leur faute, mais peut-être auraient-ils pu se mettre à l'abri plus tôt.
Ce premier tour a été un « écrémage » extrêmement brutal qui n'a laissé aucune place aux équipes incapables de remédier à leurs faiblesses. À chaque fois, il y a eu quelqu'un pour les exploiter. Ça va encore être le cas lors des huitièmes, avec un tableau extrêmement bizarre, sur lequel on revient demain…





