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La mentalité payante du « monstre » des Roses

Publié le 

Stephanie Hill (Getty Images)

LAVAL – Dans le jeu d’échecs grandeur nature qu’est un match de soccer, l’action finale, le but, la célébration resteront toujours la partie du sport qui fascine, qui obsède, qui enflamme. Quand une défenseuse centrale en marque cinq en 1400 minutes de jeu, elle attirera inévitablement l’attention. Dans le cas de Stephanie Hill, ça lui a valu une place sur la première équipe d’étoiles de la Super Ligue du Nord.

Sa coéquipière chez les Roses de Montréal, Mégane Sauvé, la qualifie de « monstre devant le filet ». Son ancien entraîneur à l’AS Pierrefonds en Ligue 1 Québec, Carlos Carvalho, lui attribue « une frappe de balle exceptionnelle ».

Jose Luis Valdes, lui, éclate de rire quand on lui demande si le souvenir qu’il garde de la grande blonde au dangereux pied gauche correspond à ce qu’elle a montré à sa première saison chez les professionnelles.

« On voulait qu’elle le soit, mais elle n’a pas compté trop souvent pour nous, dévoile l’entraîneur des Martlets de l’Université McGill. Quand elle est entrée en SLN et qu’elle a commencé à marquer des buts, c’est devenu un sujet de conversation entre nous, on la taquinait. On lui disait qu’on l’avait préparée pour qu’elle puisse le faire là-bas, même si elle ne l’avait pas fait plus que ça chez nous! »

« Elle a marqué une couple de buts, elle était toujours menaçante, précise-t-il. Mais il lui manquait une petite couche. »

Ce qu’il ne lui manquait pas, rapportent aujourd’hui avec fierté ses anciens formateurs, c’est l’attitude irréprochable qui lui a permis, avant que le premier tiers de sa saison recrue ne soit consumé, de passer du banc de son équipe au onze par excellence de la ligue.

Hill a commencé l’année sous Julia Leas et Lucy Cappadona dans la profondeur des Roses en défense centrale. De scandale il n’y avait point : la première avait du vécu au niveau pro, l’autre arrivait d’un programme qui avait participé au championnat de la NCAA un an plus tôt.

Par contre, dès qu’on lui a tendu le bâton, la native de Dollard-des-Ormeaux ne l’a pas lâché. Elle a obtenu un premier départ au septième match de la saison – « pas parce qu’il y avait une blessure, mais parce qu’elle le méritait », a rappelé son entraîneur Robert Rositoiu mercredi – et n’a jamais plus cédé sa place.

« C’était dur pour elle au début. Donc oui, [elle a fait preuve de] résilience. Mais travail, travail, travail », insiste Rositoiu.

« Elle a été tellement ouverte à apprendre, retient Sauvé, la cocapitaine des Roses. Toutes les informations qu’on lui donnait, elle essayait tout de suite de les mettre en application sur le terrain. Je pense que c’est ce qui a payé pour elle. »

« J’y vais à fond pis arrête-moi pas! »

Pour Hill, il s’agissait d’une recette éprouvée. C’est sa curiosité, sa constance dans l’effort et son goût pour le dépassement, plutôt que son talent brut, qui lui avaient permis de gagner la confiance de Valdes au début de son stade de quatre saisons chez les Martlets.

« C’était une fille assez timide dans sa personnalité, mais une fois qu’elle est rentrée dans le groupe, tu voyais qu’elle voulait toujours bien faire au point de poser beaucoup de questions. Elle voulait toujours en savoir plus. Elle était vraiment prête à apprendre et à s’essayer, elle voulait toujours faire mieux. Malgré des bonnes performances, parce qu’à la limite elle surperformait, pour elle c’était comme : “Ok, qu’est-ce que je fais maintenant?” »

« Des fois, on voulait un peu la calmer, dire : “Hey, c’est bon pour l’instant, continue à t’habituer à ce niveau et après on ira à la prochaine étape”. Mais pour elle, c’était non, je suis prête pour la prochaine pis let’s go, let’s go, let’s go. »

Valdes note que Hill n’a jamais été courtisée par les équipes provinciales ou enrôlée par des institutions comme le Centre nationale de haute performance et que conséquemment, ses succès au niveau universitaire l’ont accablée d’une sorte de syndrome de l’imposteur. Mais plutôt que de la ralentir, ce sentiment serait plutôt à la source de son « attitude » que son ancien mentor décrit ainsi : « J’y vais à fond pis arrête-moi pas! »

« Quand la SLN a été créée, elle est venue à mon bureau et m’a demandé : “Est-ce que c’est vraiment quelque chose [d’accessible] pour nous?” Dès qu’on lui a dit oui, à l’entraînement, aux matchs, dans les meetings, il y a eu encore une nouvelle coche qui est sortie d’elle. »

—  Jose Luis Valdes

« Tous les exercices aux entraînements, que ça soit le premier entraînement de la semaine ou le dernier ou encore en présaison, elle avait vraiment une drive. Elle a poussé encore plus le niveau de compétition. »

Carvalho, qui décrit Hill comme une fonceuse [go-getter, en anglais] avec énormément d’ambition, parle avec admiration d’un match de l’AS Pierrefonds l’été dernier qui, prétend-il, a convaincu la direction des Roses d’offrir un contrat à sa protégée.

« Elle savait qu’elle était observée et avait offert une performance fantastique. Elle avait été la meilleure joueuse sur le terrain. C’était le genre de performance qui n’avait rien d’étonnant pour quelqu’un qui était familier avec son jeu, mais quiconque la voyait à l’œuvre pour la première fois a assurément quitté le stade en se disant : “Wow, quelle joueuse!” »

Carvalho confie avoir eu une conversation avec Hill ce printemps, alors qu’elle attendait toujours un signe de Rositoiu. « Elle était très optimiste, elle m’avait dit qu’elle allait surfer la vague et voir où ça la mènerait. On avait parlé de l’importance de garder sa concentration et de travailler fort. Mais je n’étais pas inquiet. C’est dans sa nature de travailler, de vouloir se dépasser. »

« Steph, c’est une joueuse hyper professionnelle depuis le début, hyper sérieuse. Mais ça prend quand même ce temps d’ajustement pour tout le monde, relate Rositoiu. Les efforts requis, c’est à la fois au niveau physique – où elle n’a pas eu trop de problèmes – mais après au niveau tactique, au niveau technique, ce n’est pas évident. En plus, elle a un grand gabarit et là parfois il faut attirer, parfois il faut accélérer, parfois il faut changer d’animation... On a une façon de jouer qui est très exigeante pour une arrière centrale et elle, ça lui a pris un peu plus de temps. Mais elle a été patiente, résiliente. On a été patients aussi avec elle. »

Rositoiu est convaincu que sa recrue a encore « une bonne marge de progression » devant elle. Ses prédécesseurs lui diraient qu’elle ne tardera pas à lui donner raison.