L’athlète en fauteuil roulant Anthony Bouchard a été sacré champion du monde au 100 m T52 aux mondiaux de para-athlétisme, samedi, à New Delhi, en Inde. Bouchard a été le seul finaliste à passer sous la barre des 17 secondes grâce à son chrono de 16,95 secondes. Il a été suivi du Japonais Tokmoki Sato (17,07 secondes) et du Suisse Fabian Blum (17,15 secondes).
Lorsqu’est venu le temps de décrire ses émotions après la plus grande victoire de sa carrière, le nouveau champion du monde avait toujours son ton posé habituel sauf que cette fois, il était à court de mots.
« C’est assez fou ! Je n’arrive pas à y croire encore ! C’est nouveau et probablement que plus les heures et les jours vont passer, je vais m’en rendre compte. [...] Un podium aurait été le fun, mais une médaille d’or, c’est vraiment le top ! » a soutenu Bouchard en entrevue en Sportcom, ajoutant qu’il n’avait pas encore jeté un coup d’œil à ses médias sociaux pour lire les nombreux messages qu’il avait reçus.
Le Québécois n’a pas été déconcentré par la disqualification du Britannique et vice-champion paralympique de l’épreuve, Marcus Perrineau Daley, qui était dans le couloir à sa droite.
« Je savais ce que j’avais à faire, j’ai suivi le plan et ç’a bien fonctionné. Nous étions cinq ou six à être à l’intérieur de 0,20 secondes au classement mondial sur la ligne de départ. Je savais que j’avais une chance de podium, mais que j’avais aussi une chance de finir sixième. »
En matinée samedi, Bouchard avait brillé en ronde des qualifications avec un impressionnant temps de 16,78 s, un record des Championnats, améliorant du même coup sa marque canadienne réalisée en mai dernier, en Suisse (16,94).
« J’avais beaucoup d’appréhensions avant la finale, mais après la course de ce matin, toute la pression est tombée. » Satisfait de son record, il ne s’accorde qu’une note de 8 sur 10.
« Il y a toujours un petit quelque chose à améliorer. En finale, j’ai un petit peu moins bien senti ma course et j’étais plus fatigué, mais je pense que c’était ça pour l’ensemble des compétiteurs, car tout le monde était un peu plus lent ce soir. »
Dans le (nouveau) fauteuil du conducteur
Huitième à cette épreuve aux mondiaux de 2023, l’athlète de 32 ans entraîné par Nathalie Séguin a poursuivi sa progression alors qu’il s’était classé au quatrième rang des Jeux paralympiques de Paris l’an dernier. Cette saison, l’athlète de Québec a fait le choix de délaisser le 400 m afin de consacrer ses énergies au 100 m. Une décision qui s’est avérée payante, tout comme celle d’utiliser un nouveau fauteuil de compétition à seulement quelques semaines des mondiaux.
« On a écarté le 400 m parce qu’il y avait cinq jours entre les deux épreuves aux mondiaux, ce qui voulait dire que je devais être ici cinq jours de plus, a enchaîné l’athlète. Le 400 m n’était pas vraiment une chance de podium, alors on l’a mis de côté juste pour cette année afin de se concentrer à 100 % sur le 100 m. Je n’avais donc pas le choix de m’améliorer plus rapidement. »
Du côté de son entraîneure, celle-ci explique ne pas être entièrement surprise de voir son protégé s’imposer en finale.
« Anthony a reçu un nouveau fauteuil et ses temps à l’entraînement étaient meilleurs, alors nous nous attendions à possiblement descendre les temps. Mais dans un Championnat, à la chaleur, les conditions n’étaient pas faciles et être capable de le prouver encore une fois, ça confirme que les changements en ont valu la peine. »
C’est l’athlète qui a convaincu son entraîneure que le changement de fauteuil lui permettrait d’atteindre un niveau supérieur.
« J’ai demandé à Nathalie qu’elle me laisse jusqu’au 4 septembre pour décider quel fauteuil je prendrais. Si à cette date je n’étais pas décidé, je gardais le vieux fauteuil. En une semaine, je suis tombé en amour avec mon nouveau et je me sentais beaucoup plus stable et j’avais plus le contrôle, alors on a mis l’autre de côté. »
Une préparation optimale
Au-delà du résultat sportif, Anthony Bouchard était fier de sa préparation optimale et d’avoir surmonté les nombreux obstacles qui auraient pu faire dérailler son plan, à commencer par la chaleur et la pollution qui sévissent dans la capitale indienne. Et il ne s’est pas fait prier pour saluer le travail de toute son équipe qui l’a accompagné vers ce premier titre mondial.
« (Samedi), on s’est assuré que je n’aie pas trop chaud. L’équipe m’a suivi dans la chambre d’appel avec une veste refroidissante, de la glace et tout ce qu’il faut. De ce côté-là, je pense que j’étais mieux préparé que certains de mes compétiteurs. Mes décisions ont été les bonnes et je commence à avoir plus d’expérience. [...] Quand toute ta tête est là, tu es prêt à performer, même si la saison a été super longue parce que les Championnats du monde sont en octobre. Là, c’est la cerise sur le sundae pour commencer mes vacances. »
Nathalie Séguin a elle aussi parlé du travail d’équipe fait en amont.
« Il faut prendre des risques dans la vie et changer de fauteuil c’était un risque calculé. Un chercheur au département de kinésiologie à l’Université Laval, Jason Bouffard, nous a aidés à prendre des mesures et nous avions conclu que ce nouveau fauteuil était le bon. Et encore une fois, nous avons mis tous nos œufs dans le même panier et ç’a payé ! Le travail est récompensé. Anthony, c’est vraiment un grand travaillant. Il fait tout ce qu’il faut, tant sur la piste qu’en dehors et ce qu’il récolte aujourd’hui (samedi), c’est vraiment le travail et le dévouement qu’il met chaque jour. »
Il s’agit aussi d’un premier titre mondial pour un athlète supervisé par l’entraîneuse.
« C’est quelque chose de pouvoir dire que tu as bâti un athlète du début jusqu’à ce qu’il soit médaillé d’or aux Championnats du monde. C’est un peu surréaliste et c’est le rêve de tout coach. C’est intéressant, mais une fois que tu l’as fait, tu en veux toujours plus! »





