UN TEXTE DE RAPHAËL GUILLEMETTE
Imaginez vous attaquer au Tour de France, un défi de taille réservé aux cyclistes les plus en forme que certains peinent même à compléter.
Puis, dites-vous qu’il faudra répéter la chose plusieurs fois… sur deux ans… jusqu’à faire le tour de la planète. C’est la folle aventure dans laquelle s’est lancé le Québécois Jimmy Pelletier le 27 juin dernier, au départ de Saint-Apollinaire.
Ah, et le tout, à la seule force de ses bras!
Le Baie-Comois de 48 ans, laissé paraplégique par un accident de la route en 1996, s’est mis dans la tête de démontrer que l’impossible n’existe pas, même pour les personnes vivant avec des limitations fonctionnelles. Il s’est donc engagé avec son vélo à main dans un parcours de 40 000 kilomètres à travers 27 pays et cinq continents – et il en a pratiquement complété le quart déjà.
« Ce qui m’emballe, c’est de prouver au monde que tout est possible, de rendre l’impossible possible, raconte Jimmy Pelletier en entrevue depuis le Portugal, où il a récemment complété la 3e étape de « son » Grand tour.
« À travers ce beau défi-là, il y a une belle histoire, un message que dans la vie, on a toujours le choix de s’adapter pis c’est en s’adaptant que l’on vit vraiment le moment présent. Moi, c’est ce que j’ai fait. »

Un mental de fer
Jimmy Pelletier ne ment pas. Il incarne l’exemple. Passionné de hockey et de baseball plus jeune, il s’est vite réorienté face à son handicap. Il a d’ailleurs puisé une part de son inspiration chez Dean Bergeron, lui aussi hockeyeur québécois devenu paraplégique, qui a pris part à quatre Jeux paralympiques et remporté 11 médailles.
Le Britanno-Colombien Rick Hansen est un autre de ses modèles. Ce dernier, para-athlète décoré, doit sa renommée au tour du monde qu’il a réalisé au milieu des années 1980 en fauteuil roulant. Les images de son passage sur la Grande muraille de Chine ont notamment marqué les esprits.
Fruit de sa volonté de fer, Pelletier s’est donc lui aussi rendu aux Jeux. C’était à Turin en 2006, en ski paranordique. Son ambition ne s’est pas arrêtée là. Désireux d’inspirer à son tour, il est devenu, en 2018, le deuxième homme à atteindre le sommet du mont Kilimandjaro en vélo de montagne adapté.
En 2019, il a aussi traversé le Canada. 7200 kilomètres en 67 jours, de Vancouver à Halifax. C’est d’ailleurs de là qu’a germé l’idée d’un tour du monde.
« 100 mètres avant d’arriver, ma femme était derrière moi, et je lui ai dit : “Il me semble que je ferais le tour du monde, me semble que je continuerais”. Je me sentais comme un robot, comme une machine! Je niaise tout le temps avec ça. Je dis à tout le monde que je suis comme Forrest Gump. Sauf que moi, j’ai les cheveux courts! »
Fort sympathique, le Québécois a certes des similitudes avec Gump, mais il passerait aussi pour un apôtre de Bob, incarné par Marc Messier dans Les Boys. Demandez à tous ceux qui le connaissent, Jimmy a le moral d’une Cadillac ou la proverbiale dureté du mental! Il en faut pour attaquer 73 000 mètres de dénivelé depuis le départ, une difficulté de parcours de son initiative, d’ailleurs.
« C’est sûr que je n’allais pas faire le tour du monde sur le plat, là! » moque-t-il.
Sa femme Manon, qui l’accompagne à vélo à travers tout ce périple, se rappelle l’anecdote d’une montée à 20% d’inclinaison, dans la chaleur de l’été, au Royaume-Uni : « Je le voyais dans la sueur. C’est une très grande fierté, il a une grande force. Il se retourne de bord rapidement. »
« Beaucoup de résilience, beaucoup », ajoute Mario Légaré, directeur général d’Adaptavie, qui les accompagne pour une bonne partie de la tournée.

Une mission qui lui tient à coeur
Donner au suivant est au cœur de la mission de Jimmy Pelletier. Depuis 2015, il organise une randonnée à vélo pour recueillir des fonds pour Adaptavie. Jusqu’ici, il a amassé 2,6 millions $ pour l’organisme. Son tour du monde se veut lui-même une collecte de fonds pour financer la construction du nouveau complexe de soins chapeauté par l’organisme dans la région de Québec.
C’est aussi pour ça qu’il ne s’enfle pas la tête avec son défi, même si ça l’a mené à battre un record du monde récemment, pour la plus grande distance jamais parcourue en vélo à main, soit 8 557 kilomètres.
« Quand je l’ai dépassé ce record-là, j’étais vraiment heureux, vraiment content. C’est vraiment un honneur. Par contre, mon focus, c’est le 40 000 kilomètres. Je sais qu’il en reste encore au-dessus de 31 000 à parcourir [...] Pis tsé, je le fais pour une cause. Ça, c’est wow. J’encourage vraiment le monde à réaliser ses rêves pis à redonner au suivant. C’est vraiment valorisant », conclut-il.
La clé, c’est de garder le sourire, rester ancré dans le moment présent, rappelle Jimmy Pelletier.






