Mikaël Kingsbury ne peut promettre que ce sera sa dernière saison sur le circuit de la Coupe du monde de ski acrobatique, même s’il songe de plus en plus à faire autre chose. Ce qui est clair cependant, c’est que ses adversaires ne doivent pas s’attendre à le voir lever le pied, même si la saison 2025-2026 sera son possible chant du cygne.
« Le sport est ‘tough’, a raconté le bosseur de 33 ans au cours d’une longue rencontre à son domicile l’été dernier. Peut-être que je le fais paraître facile. Si tu regardes mes résultats depuis 2010-2011, j’ai été très constant, mais je ne veux pas finir sur une saison qui jetterais ombrage à ma carrière, même si je ne crois pas que ce serait le cas. Je n’ai pas le goût de me retirer en me disant que ça aura été une saison de trop. Je suis entré par la porte d’en avant; je vais ressortir par la porte d’en avant. Pas parce que j’ai mal partout et que je ne suis plus capable de suivre les jeunes. »
« Je veux partir de mon propre gré, pas en raison des autres. J’ai une famille et d’autres priorités dans la vie. Oui, il y a les Championnats du monde (en 2027), mais je me lance dans cette saison comme si elle allait être ma dernière. »
C’est à Ruka, en Finlande, du 6 au 8 décembre que débutera cette ultime campagne. Il pourrait la lancer avec tout un coup d’éclat — un autre! — lui qui n’est qu’à une seule victoire du plateau des 100 en carrière, du jamais vu en ski acrobatique, tout comme ses 142 podiums en carrière (99-33-10).
En raison des annulations des Coupes du monde d’Idre Fjäll, en Suède, et de Bakouriani, en Géorgie, le prochain arrêt aura lieu chez lui, à Val-St-Côme, les 9 et 10 janvier, puis à Deer Valley, en Utah, la semaine suivante. Ensuite, le point culminant de sa dernière saison, les Jeux olympiques de Milan-Cortina, en février prochain, ses quatrièmes, où il tentera d’ajouter une quatrième médaille olympique à son palmarès, après son sacre à Pyeongchang et ses deuxièmes places à Sotchi et Pékin.
Il pourrait même en ajouter une cinquième, alors que les bosses en parallèle seront présentées pour la première fois aux Jeux.
Depuis son retour à l’entraînement, il a axé sa préparation afin d’atteindre le sommet de sa forme lors des JO. Est-ce à dire qu’il renoncera aux globes de cristal en simple, en parallèle et du classement cumulatif?
« Les globes font partie de l’ensemble, explique-t-il. L’an dernier, j’ai parlé avec mes entraîneurs et mon préparateur mental et le plan était de s’occuper des globes d’abord, des Championnats du monde, qui avaient lieu en fin de saison, ensuite. En 2024, Ikuma (Horishima) a gagné le globe (en simple) et l’an dernier, je voulais vraiment gagner les trois. Sachant que la compétition est très forte, il y a des courses où j’ai dû être plus stratégique pour protéger des points. Certaines courses, j’aurais pu pousser plus fort, mais j’ai joué de façon intelligente pour ma saison. »
Cette stratégie s’est avérée payante: il a repris le globe en simple, en plus d’ajouter son quatrième globe consécutif en parallèle — il est pour l’instant le seul à l’avoir remporté dans l’histoire — et son quatrième globe du classement général consécutif, son 13e à ses 14 dernières saisons.
« Je suis celui qui a terminé la saison le plus en santé, note-t-il. (...) Ikuma en fin d’année s’est blessé au genou. (L’Australien) Matt (Graham) était aussi mal en point et Walter (Wallberg) s’est fracturé le tibia. Trois des quatre meilleurs au monde étaient mal en point. Au podium (des bosses en parallèle) des Mondiaux, Ikuma était en béquilles et Matt n’avait plus de souffle. Les membres des autres équipes ne me félicitaient pas d’avoir gagné les Mondiaux, ils étaient impressionnés que je sois encore le seul capable de marcher! »
Il y a fort à parier que le compétiteur qu’il est ne lèvera pas le pied après les JO pour les trois étapes de Coupe du monde restantes.
« Avec JF (Ménard), mon préparateur mental, on parle souvent de gagner la dernière de la saison. Ça finit bien quand on gagne la dernière. Tu veux gagner la première et la dernière; dans le milieu, le plus que tu peux! De gagner la dernière, ça remet toujours un doute dans la tête de tout le monde. Je vieillis et ceux qui peuvent penser que les plus vieux ralentissent en fin de saison, ils ont eu tort. À partir du Kazakhstan l’année passée, j’ai gagné trois fois et terminé deuxième deux fois. Je n’ai pas échappé grand-chose l’année passée, sauf en Chine et Deer Valley. »
Préparation différente
Ses adversaires ont également noté que d’être père de famille ne l’a pas ralenti une seconde, pas plus que ça ne l’a empêché de se donner à fond à l’entraînement. Maintenant âgé d’un an, ce n’est pas Henrik qui vient déranger les habitudes de papa Mikaël.
« Ça change, mais ça ne change pas quand je suis au gym. Il faut que j’adapte mes horaires. Ce sont deux priorités dans ma vie. Si (Henrik) est malade, je vais rater l’entraînement. Ce n’est pas arrivé encore, mais mon horaire est bâti en fonction de lui. »
« Je m’entraîne plus tard en journée, comme ça, je me réveille avec lui le matin et s’il a eu une moins bonne nuit, je laisse ma blonde dormir! C’est aussi pour moi: si j’ai une moins bonne nuit, j’ai le temps de me faire un bon déjeuner avant de me rendre au gym. La seule chose qui change réellement est que quand je suis au gym, j’ai un but plus défini. Je ne suis pas là pour passer le temps. C’est une motivation supplémentaire, pas qu’il m’en manquait toutefois... »





