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Couvrir la Série mondiale, les deux pieds sur le terrain

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Fin août, mon patron, Nicolas-Étienne, m’annonce : « Dan, si les Jays se rendent à la Série mondiale, tu vas couvrir ça. »

Trois mois plus tard, j’écris ces lignes avec mon portable au-dessus de l’abri des Dodgers. L’abri des Dodgers me sert de table de bureau, peux-tu croire?

Rogers Centre Daniel Richard au Rogers Centre (Daniel Richard)

Trente pieds devant moi, Freddie Freeman capte des roulants au premier but. Tout près de là, le gérant, Dave Roberts jase à bâtons rompus avec Ken Rosenthal et Tom Verducci, deux des journalistes les plus influents du sport.

Un peu plus loin, Clayton Kershaw savoure ces derniers moments dans le baseball majeur, en camisole, avec les pantalons de baseball remontés, pas de bas. Un peu comme toi et moi au parc Champigny un dimanche soir à 20 h 30 avant ce duel contre les rivaux de Mascouche.

Clayton Kershaw Clayton Kershaw (Daniel Richard)

Joueurs, journalistes et dirigeants se partagent cette scène complètement surréelle pour un maniaque de baseball qui à 15 ans, était l’annonceur maison du Royal de Repentigny, dans la Ligue de baseball junior élite du Québec.

Faire semblant

C’est la troisième fois que j’ai le privilège d’être au Rogers Centre pour le travail. Les deux premières fois, c’était pour la couverture d’Abraham Toro qui affrontait les Jays.

Trois fois en six ans. Bref, je n’appartiens pas à cet univers. Et quand tu es plongé dans un monde qui n’est pas le tien, tu fais un peu semblant qu’il n’y a rien là.

Tu te promènes avec ta cocarde, tes p’tits souliers propres et ta chemise rentrée dans tes pantalons. Tu fais comme si tu savais où tu t’en allais, mais tu n’en as aucune idée.

Ooops, pas la bonne porte, c’est le local du concierge.

« Press Box, sir? »

« This way », me répond l’employé, sourire en coin, m’ayant très bien vu sortir d’une porte qui n’était pas la bonne.

Même si cet univers est intimidant, tu fais ton travail le mieux possible.

J’ai eu l’occasion de jaser cinq minutes avec Jeff Hoffman. Il est le releveur numéro un des Jays. Il y a cinq jours, Hoffman était tout seul sur une petite butte en sable, au beau milieu de 50 000 personnes.

Il essayait de retirer les frappeurs des Mariners pour envoyer son équipe en Série mondiale.

Il réussit? C’est l’apothéose dans la cabane. Un moment qu’il n’oubliera jamais de sa vie.

Il échoue. C’est la catastrophe. Un moment qu’il n’oubliera jamais de sa vie.

Et t’as le gars qui est là, deux pieds en avant de toi, qui t’explique comment il a vécu le moment.

T’appelles ça un privilège.

De la poésie

Une heure ou deux plus tard, je dois me préparer pour mes directs. Le premier est avec Yan et Fred au 5 à 7.

J’ai les deux pieds sur le terrain et derrière moi, la pratique à l’avant-champ des Blue Jays. Comme décor, c’est dur à battre.

Je termine mon direct et je m’approche de l’avant-champ. Quelques pieds seulement, derrière la ligne des balles fausses.

Et là… de la poésie, mon ami. Si tu aimes le baseball, tu vas comprendre ce que je veux dire.

Une succession de doubles-jeux parfaitement exécutés. Des relais du 3e au 1er but où la balle ne semble jamais vouloir descendre de sa trajectoire.

Un voltigeur qui attrape un ballon à 375 pieds du marbre, en jasant avec son ami, les souliers détachés.

Puis, la pratique au bâton. Si tu n’aimes pas le baseball, tu ne comprendras pas ce qui suit. Il n’y a pas grand-chose qui bat le bruit d’une balle qui résonne sur un bâton. Ça sonne différent quand ce sont eux, ces extraterrestres du baseball qui la frappe.

Être journaliste sportif, c’est avoir le privilège de raconter des trucs à ceux qui aiment le sport. C’est un peu ce que je suis en train de faire, pendant que Mookie Betts attrape des roulants à l’arrêt-court.

Mais être journaliste sportif, c’est un peu beaucoup aussi pour vivre les trucs pour soi-même. C’est essayer de savourer le plus possible quand tu dois à la base, travailler.

C’est de se pincer et se dire, quand je serai vieux et nostalgique : « bin coudonc, j’ai déjà couvert la Série mondiale, 30 ans après avoir encouragé F.P. Santangelo avec mon pyjama des Expos. »