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Des puissances… en panne

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COLLABORATION SPÉCIALE

Avril est souvent trompeur. Certaines équipes paniquent trop vite, d’autres se rassurent à tort. Mais une chose demeure : après quelques semaines, les tendances commencent déjà à raconter une histoire. Et cette saison, entre des prétendants qui cherchent leur rythme et deux vedettes japonaises qui vivent des réalités opposées, il y a déjà beaucoup à décortiquer.

Qu’ont en commun les Red Sox de Boston, les Blue Jays de Toronto, les Mariners de Seattle, les Phillies de Philadelphie et les Mets de New York depuis le début de la saison? Des équipes qui, sur papier, devraient lutter pour le sommet de leur division, mais qui, pour l’instant, patinent dans le sable. La question n’est pas tant de savoir si elles sont bonnes, elles le sont, mais plutôt lesquelles sauront retrouver leur identité avant que le classement ne devienne trop lourd à remonter.

Selon moi, une équipe va se replacer rapidement, deux ont les outils pour rebondir, et les deux autres risquent de trouver l’été très long.

Les Mariners

Dans une division qui est très prenable, les Mariners ont encore, à mes yeux, la formation la plus complète. Le début de saison de Cal Raleigh a été discret, mais le voilà déjà rendu à cinq longues balles, signe que la machine se met tranquillement en marche. Avec Julio Rodríguez pour donner le ton et Josh Naylor pour ajouter du punch, le cœur de l’alignement est loin d’être un problème.

Ajoutez à ça le retour imminent de Brendan Donovan, et vous obtenez une équipe qui pourrait très bien se retrouver en tête quelque part en mai. Seattle n’a pas besoin de se réinventer, simplement de jouer à son niveau. Et ça, c’est souvent le signe d’un redressement rapide.

Les Red Sox

C’est probablement l’exemple parfait d’une équipe qui joue en dessous de son talent. Après cinq départs, Garrett Crochet affiche une moyenne de points mérités de 7,88. Personne ne croit que ça va durer. Tout comme Roman Anthony, qui n’aura pas un MPP de .600 toute la saison. Même chose pour Jarren Duran et Trevor Story, avec un MPP dans les .500. Ça va se replacer; le défi est de savoir à quel moment tout ce beau monde va débloquer.

Le nom d’Alex Cora circule déjà dans les rumeurs, et ce n’est jamais bon signe en avril. Mais soyons honnêtes : est-ce que ça changerait quelque chose? Cette équipe doit arrêter de parler de potentiel et commencer à jouer comme une formation de premier plan. Le talent est trop évident pour que cette situation dure éternellement.

Les Jays

Du côté des Blue Jays, il y a des raisons, mais aussi des inquiétudes. Le retour de plusieurs pièces importantes en attaque devrait stabiliser le tout : Addison Barger, Alejandro Kirk et George Springer vont faire du bien. Même constat chez les partants avec le retour éventuel de Trey Yesavage et José Berríos.

Ernie Clement fait le travail et Daulton Varsho montre des signes encourageants. Mais l’approche au bâton est problématique : trop d’impatience, trop de comptes de deux prises et pas assez de buts sur balles. Ce n’est pas simplement un passage à vide, c’est une identité offensive à corriger.

Le vrai point d’interrogation demeure toutefois la relève. Donner une chance à Louie Varland comme homme de fin de match pourrait être une solution, parce que présentement, Jeff Hoffman n’est tout simplement pas bon, que ce soit en 8e ou en 9e. C’est ce flou qui m’empêche de classer Toronto parmi les équipes qui vont assurément se replacer.

Le fiasco Jeff Hoffman à Toronto Au 5 à 7, Marc Griffin revient sur l'actualité dans le baseball majeur et les difficultés au monticule de Jeff Hoffman avec les Jays.

Les Phillies

C’est ici que ça commence à sentir le brûlé. Un différentiel de -46, une séquence de neuf défaites, pire rendement du baseball majeur avec les Royals de Kansas City à 8-17, et déjà à 9,5 matchs des Braves. On perd des matchs marathons, on perd des matchs à bas pointage et, surtout, on a l’impression générale d’une équipe qui a perdu son énergie.

Oui, Kyle Schwarber et Bryce Harper font leur part. Mais autour d’eux, c’est mince. Le retour de Zack Wheeler va aider, mais ça ne réglera pas tout.

On cherche des solutions rapides. Mais elles ne viendront pas si Alec Bohm, Bryson Stott et Brandon Marsh ne retrouvent pas leur niveau. À moins qu’on les ait surévalués?

Et sans J.T. Realmuto, la faiblesse derrière le marbre devient évidente. On dirait une équipe qui arrive à la fin d’un cycle et ce genre de sensation, en avril, est rarement bon signe.

Les Mets

Les Mets viennent tout juste de mettre fin à une séquence de 12 défaites, mais le mal semble plus profond qu’une simple mauvaise passe. Chaque bonne nouvelle est suivie d’un nouveau problème.

Le retour de Juan Soto aurait dû relancer l’attaque, mais voilà que Francisco Lindor se retrouve sur la liste des blessés.

Des questions commencent aussi à émerger : Mark Vientos et Brett Baty ont-ils eux aussi été surévalués? Le pari Jorge Polanco au premier but était-il le bon? Et que reste-t-il réellement dans le jeu de Marcus Semien?

Le casse-tête défensif n’aide en rien. Bo Bichette au troisième but expose ses limites, et on n’osera même pas le remettre à l’arrêt-court en l’absence de Lindor puisqu’on semble vouloir enfin donner la chance à Ronny Mauricio de le faire, ce qui est la meilleure nouvelle dans tout ça.

Même Carlos Mendoza n’est pas épargné, certaines décisions laissant perplexe. À New York, le talent est là, mais la cohérence, elle, est totalement absente.

Okamoto vs Murakami

Encore tôt pour tirer des conclusions définitives, mais difficile de ne pas être impressionné par l’entrée en scène de Munetaka Murakami avec les White Sox de Chicago. L’adaptation au baseball majeur est souvent brutale pour les frappeurs japonais — vélocité supérieure, enchaînements plus variés, calendrier impitoyable — mais Murakami, lui, semble avoir sauté des étapes.

Embauché pour deux ans et 34 millions, le joueur de 26 ans a déjà marqué l’imaginaire en égalant une marque pour une recrue avec un circuit dans cinq matchs consécutifs. Dix longues balles en début de saison, bon pour le deuxième rang du baseball derrière Yordan Alvarez : ce n’est pas simplement impressionnant, c’est un message envoyé au reste de la ligue.

Ce qui frappe surtout, au-delà des statistiques, c’est la qualité du contact. Le son de la balle sur le bâton est différent, plus sec, plus violent. On sent que chaque élan peut changer l’allure d’un match. Évidemment, avec un tel style, les retraits sur des prises vont s’accumuler. Mais avec un OPS au-dessus de 1,000 et une production déjà bien installée, personne ne va s’en formaliser.

Projeter un rythme de 60 ou 65 circuits sur une saison complète reste un exercice dangereux. Le baseball majeur a toujours une façon de ramener tout le monde sur terre, mais comme première impression, Murakami coche toutes les cases : puissance, présence, confiance. Mission accomplie.

Du côté de Kazuma Okamoto avec les Blue Jays, l’histoire est différente. Et peut-être plus représentative de la réalité pour un joueur qui traverse le Pacifique.

Avec un OPS de ,622 après un peu plus de vingt matchs, les débuts sont modestes. La moitié de ses premières présences au bâton se sont soldées par un retrait sur des prises, un taux inquiétant, même s’il s’est amélioré récemment. Le défi est assez clair : la balle rapide élevée, à la limite de la zone. Un classique dans le baseball en général, mais un ajustement parfois long pour les frappeurs qui arrivent d’un autre circuit.

Cela dit, tout n’est pas négatif. Le coup de bâton est là. On voit la mécanique, on voit la puissance potentielle et, surtout, on voit des ajustements. Ce n’est pas un joueur perdu au marbre, c’est un joueur en adaptation. Et ça, c’est une nuance importante.

Là où la surprise est plus marquée, c’est du côté de la mobilité. Okamoto est lent. Pas juste en dessous de la moyenne, vraiment lent. Et dans une équipe comme les Blue Jays, où la vitesse n’est déjà pas une grande force, ça ressort encore plus. Avec Alejandro Kirk, il forme probablement le duo de coureurs le moins mobile dans la division Est de l’Américaine.

Cette réalité se transpose aussi en défense. Après une vingtaine de matchs au troisième but, les statistiques avancées ne sont pas tendres : déjà plusieurs points concédés à l’équipe, non seulement à cause des erreurs officielles, mais surtout en raison de balles qui ne sont tout simplement pas atteintes. Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais c’est le genre de détail qui fait mal sur la durée.

Il est encore beaucoup trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme. Mais disons que, contrairement à Murakami, Okamoto ne peut pas encore dire que la transition est réussie. Il est en plein processus, avec ses défis, ses ajustements et ses zones d’inconfort.

Et c’est peut-être ça, au fond, le contraste le plus fascinant entre les deux : d’un côté, un joueur qui impose déjà son rythme, de l’autre, un joueur qui tente encore de trouver le sien.

Conclusion

Le baseball est un marathon, pas un sprint. Cliché, mais toujours vrai. Certaines de ces équipes vont se replacer, d’autres vont s’enliser. Et du côté des nouveaux venus, l’écart entre adaptation fulgurante et apprentissage difficile rappelle une chose essentielle : dans le baseball majeur, le talent ouvre la porte... mais c’est l’ajustement qui décide de la suite.