COLLABORATION SPÉCIALE
On parle souvent de résultats dans le baseball, mais derrière chaque victoire se cache presque toujours une histoire de développement et de culture. Cette semaine, deux histoires bien différentes illustrent parfaitement cette réalité.
Qui peut se vanter d’avoir prédit que les White Sox de Chicago seraient en tête de la section Centrale de la Ligue américaine à la mi-juin? Si c’est votre cas, allez immédiatement vous acheter un billet de loterie… et ça presse!
Le baseball est un sport unique. Chaque saison nous rappelle qu’aucune prédiction n’est coulée dans le béton. Après tout, les White Sox sortaient d’une campagne de 60 victoires seulement, plusieurs observateurs les voyaient encore au bas du classement et certains se demandaient même si la reconstruction allait réellement porter fruit.
Pourtant, voilà que Chicago se retrouve au sommet de sa division.
Une bonne partie du mérite revient au Japonais Munetaka Murakami. Avec ses 20 circuits et 41 points produits avant sa blessure survenue le 29 mai, il avait été le moteur offensif de l’équipe. Lorsque le puissant frappeur a été placé sur la touche, plusieurs s’attendaient à voir les White Sox retomber sur terre. Après tout, perdre un joueur de ce calibre laisse normalement un trou béant dans une formation.
Or, c’est tout le contraire qui s’est produit.
Depuis l’absence de Murakami, les White Sox affichent une fiche de 7 victoires et 4 défaites. Rien d’un écroulement. Au contraire, cela démontre que le succès de cette équipe ne repose pas uniquement sur une vedette, mais plutôt sur une profondeur qui commence enfin à porter ses fruits.
Et cette profondeur provient directement des décisions prises par l’organisation au cours des dernières années.
Lorsque les White Sox ont échangé plusieurs de leurs joueurs vedettes, les critiques ont été nombreuses. Aujourd’hui, les retours obtenus commencent à raconter une tout autre histoire.
Miguel Vargas, acquis dans la transaction ayant envoyé Michael Kopech aux Dodgers, compte déjà 16 circuits. À seulement 26 ans, le troisième but démontre pourquoi Chicago croyait autant en son potentiel.
La transaction de Garrett Crochet pourrait quant à elle devenir l’une des plus importantes de la reconstruction. Chase Meidroth s’est installé au deuxième but, tandis que Kyle Teel, actuellement blessé, est appelé à devenir le receveur numéro un de l’équipe. Plus récemment, Braden Montgomery a effectué ses débuts dans les Ligues majeures et a frappé le circuit gagnant lors de son tout premier match. Lui aussi faisait partie du retour obtenu pour Crochet.
Les White Sox récoltent également les fruits de leur propre développement. Le lanceur numéro un de la rotation, Davis Martin, est un choix de 14e ronde développé à l’interne. Même chose pour l’arrêt-court Colson Montgomery, sélectionné en première ronde en 2021 et considéré comme une pièce importante de l’avenir de l’organisation.
Ajoutez à cela le Canadien Tristan Peters, originaire de Winkler au Manitoba, qui profite enfin d’une véritable occasion de jouer régulièrement. Il apporte de l’énergie, de la vitesse et contribue de belle façon chaque fois qu’on lui confie un rôle.
Derrière cette transformation se trouve le directeur général Chris Getz. En poste depuis août 2023, il connaît parfaitement l’organisation pour avoir supervisé le développement des joueurs pendant plusieurs années. Ce n’est pas un hasard si plusieurs des meilleurs jeunes talents actuels sont issus du travail effectué sous sa gouverne.
Getz a également posé un geste important en embauchant Will Venable comme gérant avant la saison 2025. Ensemble, les deux hommes ont instauré une nouvelle culture qui semble avoir trouvé écho dans le vestiaire.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Avec déjà 36 victoires en 67 matchs et un différentiel de points positif, les White Sox donnent l’impression que leur succès est durable plutôt qu’accidentel.
Mieux encore, ils pourraient devenir acheteurs d’ici la date limite des transactions. Pas nécessairement pour réaliser le coup d’éclat de l’été, mais plutôt pour ajouter un ou deux lanceurs capables de stabiliser davantage la rotation. Un lanceur comme Reid Detmers, des Angels, correspondrait parfaitement au profil recherché.
Les White Sox nous rappellent une vérité souvent oubliée dans le baseball : échanger un gros nom fait parfois mal sur le coup, mais lorsque le retour permet de bâtir quelque chose de plus solide, le pari en vaut souvent la peine. Une petite pensée aux Tigers qui pourraient se départir de Tarik Skubal!
Une belle culture est en train de s’installer à Chicago. Et le plus beau dans tout ça? Cette équipe est franchement agréable à regarder jouer.
Le Québec se distingue
S’il y a une chose qui me réjouit particulièrement ces jours-ci, c’est de voir à quel point les nouvelles sont bonnes pour le baseball québécois.
Ce week-end, le Sherbrookois Deiten Lachance participera à la Série mondiale des collèges américains avec l’Université d’Oklahoma. Rien de moins. Pour les amateurs de baseball universitaire, il s’agit de l’un des plus grands rendez-vous de l’année et d’une vitrine exceptionnelle pour les futurs joueurs professionnels.
Au cours des dernières années, plusieurs Québécois ont réussi à s’y faire une place. L’an dernier, Charles Davalan nous a fièrement représentés avec l’Université de l’Arkansas avant d’être repêché par les Dodgers de Los Angeles lors du repêchage de 2025. En 2024, Émilien Pitre, avec l’Université du Kentucky, ainsi que Robin Villeneuve avaient également participé à ce prestigieux tournoi. Pitre allait lui aussi entendre son nom être appelé quelques semaines plus tard par les Rays de Tampa Bay.
On peut également remonter à 2021, alors que Marc-Antoine Lebreux y participait avec l’Université de la Virginie, ou encore à 2019 lorsque le jeune Édouard Julien, aujourd’hui bien établi dans le baseball majeur, y avait pris part avant d’être sélectionné par les Twins du Minnesota.
Même si le tournoi de baseball universitaire n’atteint pas encore la popularité du March Madness en basketball, son importance grandit année après année. Les organisations du baseball majeur y accordent une attention de plus en plus grande et le niveau de jeu est tout simplement remarquable.
La preuve? Plus de douze joueurs repêchés en 2024 ont déjà atteint les Ligues majeures et certains ont même un impact important sur leur équipe respective. Le développement s’accélère et les recruteurs suivent ce tournoi avec énormément d’intérêt.
C’est pourquoi le nom de Deiten Lachance mérite d’être retenu. Le receveur de 6 pieds 5 pouces et 230 livres a connu une saison exceptionnelle. Il a récolté plusieurs honneurs individuels et s’est notamment classé au neuvième rang de toute la Division I de la NCAA pour la statistique WAR, qui mesure la valeur globale d’un joueur par rapport à un remplaçant. Une performance qui parle d’elle-même.
Les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là.
Cette semaine, Émilien Pitre et Cédrick De Grandpré ont tous deux étés promus au niveau AA, une étape extrêmement importante dans le parcours d’un espoir. Pitre évoluera maintenant avec les Biscuits de Montgomery, filiale des Rays de Tampa Bay, tandis que De Grandpré rejoint les Clingstones de Columbus dans l’organisation des Braves d’Atlanta. Il y retrouvera d’ailleurs un autre Québécois, Archer Brookman.
Le niveau AA est souvent considéré comme le véritable test pour les espoirs. Une fois rendu là, un joueur n’est parfois qu’à un coup de téléphone des Ligues majeures. Cette promotion est donc un signe très encourageant et témoigne du travail remarquable accompli par ces jeunes athlètes.
Ils peuvent également s’inspirer du parcours d’Éric Cerantola, qui a réalisé son rêve plus tôt cette saison en faisant ses débuts dans les Ligues majeures avec les Royals de Kansas City.
Et que dire d’Otto Lopez, qui continue d’impressionner avec les Marlins? Voir un joueur développé chez nous rivaliser avec les meilleurs frappeurs du baseball majeur est une source de motivation incroyable pour toute la relève. Lopez mène le baseball majeur avec une extraordinaire moyenne de .344.
Bref, il y a de quoi être fier. Le baseball québécois continue de produire des joueurs capables de se démarquer sur les plus grandes scènes et l’avenir semble plus prometteur que jamais.
Pour ceux qui souhaitent suivre leurs exploits au quotidien, je vous recommande fortement le travail de Jacques Lanciault. (jacqueslanciault.com) Depuis des années, il documente avec passion le parcours de nos joueurs universitaires et professionnels. Une véritable référence pour tous les amateurs de baseball québécois.
Que ce soit à Chicago ou chez nous, les plus belles histoires de baseball ne se construisent pas du jour au lendemain. Derrière chaque succès, il y a de la patience, du travail et surtout une confiance envers le processus. Cette semaine, les White Sox et plusieurs de nos jeunes Québécois nous en offrent de très beaux exemples.





