COLLABORATION SPÉCIALE
Le mois de mai commence tranquillement à nous montrer le vrai visage de plusieurs équipes dans le baseball majeur. Entre des attaques qui cherchent leur identité, des comportements qui soulèvent des questions et des ambiances complètement électrisantes dans certains marchés, les sujets ne manquent certainement pas cette semaine.
Une attaque impatiente
Les Blue Jays de Toronto avaient réussi à remporter leurs trois dernières séries et semblaient enfin se rapprocher de la fameuse barre de ,500... avant de se faire complètement balayer par les Rays à Tampa Bay. Trois défaites, seulement quatre petits points marqués. Une séquence qui résume assez bien le problème offensif de cette équipe depuis le début de la saison.
À première vue, les chiffres ne sont pourtant pas catastrophiques. Toronto frappe collectivement pour ,249, bon pour le 8e rang du baseball majeur et le 3e dans la Ligue américaine. Pas vilain. Mais en 2026, la moyenne au bâton seule ne raconte plus toute l’histoire. Pour vraiment comprendre la valeur d’une attaque, il faut regarder le MPP, la moyenne de présence et de puissance (OPS). Et là, le portrait change complètement.
Les Jays occupent le 25e rang du baseball majeur avec un MPP de ,690, ainsi que le 14e rang sur 15 équipes dans l’Américaine. Quand on décortique davantage, le problème saute aux yeux. Leur moyenne de présence de ,310 les place au dernier rang du circuit américain, tandis que leur moyenne de puissance de ,380 demeure simplement moyenne.
Autrement dit, cette équipe frappe peut-être quelques simples, mais elle ne crée pas suffisamment de trafic sur les sentiers. Pourquoi? Parce qu’elle manque cruellement de patience.
Les Jays sont bons derniers dans l’Américaine pour les buts sur balles avec seulement 104. Ils sont aussi derniers pour le nombre de tirs vus par frappeur et l’équipe qui obtient le moins souvent des comptes favorables de 2-0 ou 3-1. C’est énorme. Une attaque efficace force les lanceurs à travailler, allonge les présences au bâton et finit par obtenir des erreurs. Présentement, Toronto fait exactement le contraire : trop de frappeurs s’élancent rapidement sans véritable plan.
Et le contraste avec l’an dernier est frappant. En 2025, les Jays avaient terminé au 3e rang de la Ligue américaine pour les buts sur balles, derrière seulement les Mariners de Seattle et les Yankees de New York. Cette patience faisait partie de leur identité offensive. Aujourd’hui, elle a pratiquement disparu.
Oui, Vladimir Guerrero Jr. n’a que deux circuits, et c’est clairement insuffisant. Mais le vrai problème va au-delà d’un seul joueur. Cette attaque produit trop peu de longues présences et trop peu de coureurs sur les sentiers. Un manque de puissance peut parfois se compenser... mais encore faut-il avoir des hommes sur les buts lorsque la balle finit par sortir du stade. Parce que des circuits en solo, ça fait rarement vivre une attaque pendant six mois.
L’attitude de Framber Valdez
Vous vous souvenez probablement de l’an dernier, alors qu’il portait encore l’uniforme des Astros de Houston. Framber Valdez, frustré sur le monticule, avait volontairement lancé une balle alors que son receveur n’était même pas prêt à la recevoir. Un geste complètement absurde qui avait été dénoncé partout dans le baseball. À ce moment-là, plusieurs se demandaient déjà si le problème avec Valdez dépassait simplement le tempérament compétitif.
Et honnêtement, la suite des événements a parlé d’elle-même.
Avec son talent, Valdez aurait normalement dû devenir l’un des lanceurs autonomes les plus convoités du marché. Un gaucher capable de lancer plus de 180 manches avec une balle lourde et dominante, ça ne court pas les rues. Pourtant, le téléphone n’a jamais vraiment explosé. Il a dû attendre jusqu’en février, pratiquement à l’ouverture des camps d’entraînement, avant de finalement s’entendre avec les Tigers de Detroit et son ancien gérant à Houston, A.J. Hinch.
Un contrat de deux ans seulement.
Clairement, plusieurs équipes avaient des réserves.
Les Tigers, eux, ont accepté de prendre une chance. Et sur papier, le duo Tarik Skubal–Framber Valdez pouvait devenir l’un des bons du baseball. Mais voilà que Skubal tombe au combat avec une blessure au coude qui devrait l’écarter pour plusieurs semaines. La porte était donc grande ouverte pour que Valdez devienne l’as de la rotation.
Puis est arrivé ce départ contre les Red Sox de Boston.
Oui, il s’est fait frapper solidement. Ça arrive même aux meilleurs. Mais incapable de gérer sa frustration, Valdez a décidé de s’en prendre à Trevor Story avec un tir clairement suspect. Les bancs se sont vidés immédiatement parce que tout le monde au stade comprenait exactement ce qui venait de se produire.
Après la rencontre, Valdez a tenté de se défendre en affirmant que la balle lui avait glissé des mains. Sérieusement? Ce qui rend l’excuse encore plus difficile à croire, c’est qu’il s’agissait de la seule balle rapide à quatre coutures qu’il avait lancée dans tout le match, le type de lancer offrant justement le moins de risques d’échapper au contrôle.
Même A.J. Hinch semblait embarrassé après la partie. Sa réaction en disait long lorsqu’il a admis qu’habituellement, lors d’une mêlée générale, une équipe se serre les coudes, mais que cette fois, le malaise était évident.
La suspension de cinq matchs, imposée par le baseball majeur, n’est probablement pas le pire dans cette histoire. La vraie question est ailleurs : Framber Valdez est-il en train de perdre la confiance de ses propres coéquipiers?
Parce qu’au final, tu peux avoir tout le talent du monde. Si ton attitude finit par contaminer l’énergie d’un vestiaire et ternir l’image d’une équipe, cette valeur est nulle.
Le fun est pris au Wrigley Field
Neuf victoires de suite. Quinze gains consécutifs au mythique Wrigley Field, une première depuis... 1935. Les Cubs de Chicago avaient déjà connu une séquence de dix victoires en début de saison, mais là, on sent carrément qu’il se passe quelque chose de spécial du côté de Chicago.
Avec une fiche de 26-12 et le premier rang de la section Centrale de la Nationale, quatre matchs devant les Cardinals de St. Louis, les Cubs jouent avec une confiance impressionnante. Et surtout, ils jouent avec du plaisir. Ça paraît dans leur énergie, dans l’ambiance du stade et même dans la façon dont les adversaires semblent déjà arriver nerveux à Chicago.
Il existe plusieurs magnifiques stades dans le baseball majeur. Les nouveaux complexes sont modernes, impressionnants et remplis de commodités. Mais malgré tous les efforts, il demeure presque impossible de recréer ce que les vieux stades apportent comme atmosphère. Cette odeur particulière, cette proximité avec le terrain, cette impression que chaque match fait partie d’une immense histoire, certains endroits sont simplement uniques.
Et Wrigley Field fait clairement partie de cette catégorie.
Quand les Cubs gagnent, l’endroit devient complètement vivant. Les gradins, les partisans sur les toits voisins, l’ambiance dans les rues autour du stade… c’est une véritable expérience de baseball. Présentement, avec la meilleure fiche à domicile du baseball majeur à 18-5, Wrigley est devenu un endroit que les équipes adverses veulent éviter le plus rapidement possible.
Et honnêtement, pour le baseball, voir les Cubs redevenir une équipe dominante à la maison, ça ajoute quelque chose de spécial à la saison.
Les Yankees rappellent Spencer Jones
Bonne nouvelle pour les partisans des Yankees : Spencer Jones devrait être rappelé sous peu. Et honnêtement, le jeune homme n’a plus grand-chose à prouver au niveau AAA.
À 24 ans (il aura 25 ans le 14 mai), le colosse de 6 pieds 7 pouces et 240 livres attire déjà les comparaisons avec Aaron Judge en raison de son gabarit imposant. La différence? Jones frappe du côté gauche, ce qui le rend encore plus intrigant pour l’avenir des Yankees.
Le potentiel est énorme. Mais comme souvent avec ce type de frappeur puissant, il y a aussi beaucoup de retraits sur des prises. Jones en comptait déjà 46 en seulement 142 présences au bâton au AAA. C’est beaucoup. Et ce sera probablement toujours une partie de son ADN offensif.
Mais malgré sa stature impressionnante, ce qui étonne le plus demeure sa mobilité. Jones évoluait au champ centre dans les mineures, preuve qu’il se déplace beaucoup mieux qu’on pourrait le croire pour un joueur de ce format.
Et le timing du rappel fait énormément de sens.
Les Yankees jouent déjà de l’excellent baseball depuis le début de la saison, ce qui enlève énormément de pression sur les épaules du jeune joueur. Il pourra apprendre dans un environnement gagnant, sans avoir la responsabilité de sauver une équipe en difficulté. Souvent, c’est exactement dans ce contexte qu’un jeune talent réussit sa transition.
Et si son développement se poursuit dans la bonne direction, Spencer Jones pourrait rapidement devenir un morceau très important des Yankees dès cette saison, et surtout pour plusieurs années à venir.





