COLLABORATION SPÉCIALE
Les Blue Jays de Toronto doivent actuellement composer avec un personnel de releveurs qui a perdu ses repères. Trop de buts sur balles, trop de circuits accordés et, surtout, pas assez de retraits cruciaux obtenus quand ça compte vraiment. Pas besoin d'être un expert pour constater que la confiance s'effrite et que chaque retrait ressemble désormais à une corvée. Peu importe le releveur choisi par John Schneider, la question revient : est-ce vraiment le bon choix?
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La relève des Jays a eu 62 occasions de sauvetage cette saison... mais seulement 39 ont été converties. Ça veut dire 23 occasions ratées, le 4e plus haut total de l'Américaine et le 6e de tout le baseball majeur. Pas désastreux, mais pas nécessairement rassurant. Cependant, les releveurs des Jays mènent les majeures pour le nombre de matchs où l'un d'entre eux n'a même pas réussi à compléter trois retraits. Ça s'est produit 136 fois. La moyenne du baseball? 100.
Voilà qui en dit long. Que ce soit parce que les lanceurs ne font pas le travail ou parce que les changements de Schneider s'avèrent inefficaces, une chose est claire : Toronto ne fait pas les choses comme les autres... et ce n'est pas forcément à son avantage.
Alors, que fait-on dans cette situation? Comment redonner confiance à des lanceurs comme Louis Varland, Brendon Little ou Jeff Hoffman? Est-ce un problème mécanique, de fatigue, de confiance, ou simplement de pression trop forte? Peu importe la cause, il faut trouver des solutions et apidement. La série qui s'amorce vendredi au Yankee Stadium pourrait être déterminante pour la suite de la lutte dans la division Est de l'Américaine. Voici quelques pistes.
La 9e manche : un monde à part
D'abord, mettons les choses au clair : lancer en 9e manche n'est pas donné à tout le monde. Tous les releveurs de fin de match le diront : affronter les meilleurs frappeurs adverses en 8e manche est un bon défi, mais quand vient la 9e, il n'y a plus de marge d'erreur. La pression est différente, presque viscérale. On ne parle pas seulement de qualité de l'arsenal : il faut un contrôle de soi exceptionnel, savoir ralentir son rythme cardiaque au moment où la foule hurle et où chaque lancer peut décider d'un match.
Jeff Hoffman possède des atouts indéniables, mais ses 14 circuits accordés en 59,1 manches lancées témoignent d'un manque de constance. À Philadelphie l'an dernier, il a bien récolté dix sauvetages, mais il était surtout utilisé en 7e et 8e manches. Jamais il n'avait endossé, sur une longue période, le rôle de numéro un. Et ça paraît.
L'option Scherzer : une folie?
Qui d'autre, alors, pourrait s'installer au sommet de la hiérarchie? Sur papier, peu de candidats se démarquent. Pourtant, une idée un peu audacieuse mérite réflexion : et si Max Scherzer devenait le releveur de fin de match?
Je sais, Scherzer a toujours été un partant. Je sais aussi qu'il concède sa part de longues balles. Mais n'est-ce pas justement ce genre de vétéran, obsédé par la victoire et conscient que sa carrière achève, qui pourrait transformer la pression en carburant? Il a déjà montré qu'il savait dominer dans des moments de très haute intensité. Bien sûr, cela laisserait un vide dans la rotation, mais convenons-en : en 2025, les releveurs obtiennent souvent autant de retraits que les partants pour compléter les fameux 27 nécessaires à une victoire.
Est-ce farfelu? Oui. Impossible? Non. Selon moi, une discussion entre Scherzer et les dirigeants baseball des Jays s'imposerait juste pour voir.
Redonner des rôles clairs
Au-delà des individus, l'organisation des rôles est capitale. Trop souvent, on brasse les cartes en fonction du fameux livre invisible, celui qui dicte qu'un gaucher doit absolument affronter un gaucher, peu importe la situation. Mais un bon releveur, en pleine possession de ses moyens, doit être capable de retirer aussi bien un droitier qu'un gaucher. Évidemment, il y aura toujours des exceptions.
Pourquoi ne pas miser sur la stabilité en clarifiant les responsabilités? Voici un scénario plausible :
- 6e manche : Varland / Tate
- 7e manche : Rodriguez / Nance
- 8e manche : Dominguez / Little
- 9e manche : Hoffman
- Borucki : spécialiste gaucher
- Berrios et Lauer : Des atouts cachés
Chaque joueur saurait à quoi s'attendre et cette préparation mentale pourrait suffire à ramener un certain calme.
Une version plus audacieuse
Ne nous prenons pas trop au sérieux, mais si on pousse le concept plus loin, pourquoi ne pas ramener Lauer comme partant et utiliser Berrios en relève lors de ses sorties? Pendant ce temps, Scherzer pourrait devenir le releveur numéro un. On obtiendrait alors quelque chose comme ceci :
- 6e manche : Varland / Nance
- 7e manche : Rodriguez / Little
- 8e manche : Dominguez / Hoffman
- 9e manche : Scherzer
Une structure peu conventionnelle, certes, mais qui enverrait un signal clair : on ose. Et parfois, c'est exactement ce qu'il faut pour briser une spirale négative.
La confiance, nerf de la guerre
Au-delà des rôles, reste l'élément le plus insaisissable : la confiance. Comme chez les frappeurs, les releveurs connaissent des passages à vide. On serre la balle un peu trop, les jambes répondent moins bien, l'arbitre semble refuser d'appeler des bons tirs sur les coins... et la spirale s'installe.
Le problème, c'est que la confiance ne revient pas en regardant des vidéos ou en lançant dans le vide. Elle revient en affrontant des frappeurs, dans le feu de l'action. Oui, on peut donner un congé ici et là, mais à un moment donné, il faut replonger le lanceur dans l'arène. Souvent, tout repart d'un seul lancer parfaitement placé, d'un retrait clé qui ramène les automatismes. Le talent ne disparaît pas soudainement. Mais il faut surtout croire qu'on peut s'en sortir.
Le rôle du gérant
C'est là que John Schneider entre en scène. Son travail, au-delà des chiffres et des statistiques avancées, c'est de parler à ses releveurs, de les écouter, et de leur donner ce mélange d'honnêteté et de confiance dont tout joueur a besoin. Une tape dans le dos, un rôle bien défini et un message clair : je crois en toi. Oui, oui, même les professionnels ont besoin de se le faire dire.
Les releveurs, plus que tout autre groupe, doivent accepter leurs responsabilités et se préparer minutieusement à leur tâche. Mais sans confiance, le reste s'écroule. Schneider et Pete Walker, l'instructeur des lanceurs, devront donc conjuguer psychologie et stratégie.
Conclusion
Les Blue Jays n'ont pas un mauvais personnel de relève. Ils ont un groupe en crise de confiance. La mécanique peut se corriger, les balles rapides peuvent retrouver de la vélocité. Mais si la tête ne suit pas, rien ne fonctionne.
La bonne nouvelle? Tout peut changer vite dans le baseball. Un circuit accordé peut anéantir des semaines de travail bien fait,, mais un retrait clé, dans une situation corsée, peut aussi rallumer la flamme.
Je garde confiance. La relève des Jays a trop de talent pour s'enliser encore plus. Si Schneider réussit à redonner des rôles clairs, si certains osent sortir de leur zone de confort et pourquoi pas tenter des changements audacieux? Le mois de septembre pourrait bien être palpitant pour les partisans de l'équipe.





