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« Cette défaite fait plus mal que toutes les autres »

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Le visage tuméfié et la lèvre inférieure en sang, Jean Pascal se demandait comment son combat contre Francis Lafrenière avait ainsi pu lui échapper. Mais tôt ou tard, l’ancien champion du monde devra se rendre à l’évidence : il n’est jamais passé près de l’emporter.

Dans un duel intense et spectaculaire au possible, c’est en effet le « People’s Champ » de Coteau-du-Lac qui a eu le dernier mot, s’imposant par décision unanime des juges, samedi soir, finale d’un événement de New Era Sports & Entertainment organisé au Colisée de Laval.

Les trois cartes, identiques, des juges (96-93) témoignent parfaitement où est rendu Pascal (37-9-1) dans sa carrière. Malgré de beaux flashs rappelant l’époque où il partageait le ring avec Chad Dawson, Bernard Hopkins ou Lucian Bute, ils ont été trop peu nombreux contre un boxeur résolument modeste qui a connu une carrière au-delà de toutes les espérances.

« Cette défaite fait beaucoup plus mal [que toutes les autres subies auparavant], parce que techniquement, quand je perdais, c’était contre l’élite et en tout respect, Francis n’en a jamais fait partie, a lâché Pascal, d’un air dépité. C’est la première fois que je perds deux combats d’affilée et c’est là que je dois me poser la question… est-ce le chant du cygne? »

« C’est certain que ce n’est pas le résultat auquel je m’attendais, a-t-il continué. J’ai fait un bon combat, je pense. J’étais en contrôle pas mal tout le temps. Oui, il a lancé beaucoup de coups, mais il ne me faisait pas mal et ne me touchait pas clairement. C’est lui qui a été ébranlé le plus souvent. Et ma chute (au huitième round, NDLR), c’était une glissade. Je trouve tout cela un peu ridicule. En même temps, je lui lève mon chapeau pour sa victoire. »

Cela dit, le Lafrenière (22-7-2) qui s’est battu ce soir était en tout point identique à celui qui s’était révélé contre Renan St-Juste, il y a dix ans, en sous-carte du deuxième choc entre Pascal et Sergey Kovalev. De la première à la dernière seconde, il s’est collé à son adversaire. Et autant ce n’était pas élégant et technique, c’était d’une redoutable efficacité.

Lafrenière a commencé chacun des engagements en force et obligeait continuellement Pascal à boxer contre les câbles. Ce dernier mettait souvent énormément de temps avant de réagir et lorsqu’il le faisait, l’expression « trop peu, trop tard » revenait instantanément en tête.

Mais Pascal ne partage évidemment pas cette lecture de la situation. À ses yeux, les coups qu’ils réussissaient à parsemer dans la dernière minute des rounds – de jolis uppercuts, faut-il l’avouer – auraient normalement dû lui permettre d’enlever la majorité des assauts.

« Je m’attendais à une guerre, étant donné que je le connais bien parce que c’est mon ancien partenaire d’entraînement, a expliqué Pascal. Je suis vraiment surpris de la décision, parce que quand je l’attaquais, il y avait une différence. C’est un sport jugé par l’humain... »

Pascal n’a évidemment pas voulu se prononcer sur son avenir immédiatement, même s’il estime qu’à 43 ans, il est « encore capable de tenir [son] bout ». Il ne dirait pas non à une revanche contre Lafrenière puisqu’il « lui [a] donné la chance de [m]’affronter », sauf que le principal intéressé n’a pas changé d’idée : le combat de ce soir était son dernier en carrière.

« Les gens me demandent pourquoi j’arrêterais alors que j’ai encore du gaz dans la tank pour reprendre une expression de Jean, mais c’est vraiment plus que du gaz dans la tank, a mentionné Lafrenière. C’est la santé : je veux voir mes enfants, ma femme, je veux être capable de parler aux journalistes et que vous soyez capables de me comprendre (rires). »

« J’espère pour lui qu’il va arrêter, a-t-il continué. Je ne suis pas passé près d’accomplir tout ce qu’il a accompli, et pourtant, je me sens extrêmement accompli. Toute bonne chose a une fin. Je sais qu’avec l’argent, l’honneur ou la gloire, ce n’est pas évident de partir sur une défaite… mais en tant que bon gars, j’aimerais lui dire qu’il est vraiment le temps d’arrêter. »

Six ans après être sorti de sa retraite dans le but précis d’affronter Pascal pour disputer « [son] combat de championnat du monde », Lafrenière espère que les amateurs se souviendront de lui comme un boxeur qui n’a jamais lâché et qui n’a jamais cessé de rêver.