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« By design »

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Cette saison 2026 devait représenter le tremplin rêvé pour Aston Martin. Tous les éléments étaient réunis. Une nouvelle usine, un nouveau motoriste unique qui a connu du succès, une nouvelle réglementation qui force tout le monde à repartir d’une feuille blanche, et surtout, un Adrian Newey qui peut enfin apposer sa signature sur la monoplace verte.

L’équipe marketing a d’ailleurs choisi pour cette saison le slogan « By Design », qu’on pourrait traduire bien librement par « tel que dessiné »… Un clin d’œil bien sûr à Newey et ses voitures au design révolutionnaire qui ont écrit l’histoire du sport.

Sauf que ce début de saison, c’est loin d’être celui dessiné et imaginé par Lawrence Stroll et son équipe. L’équipe n’a toujours pas terminé une course régulière. Les pilotes doivent composer avec des vibrations tellement fortes qu’elles ont causé l’abandon de Fernando Alonso en Chine, qui ne sentait plus ses mains et ses pieds.

Les vibrations causent aussi des problèmes avec les batteries, à un tel point, qu’on manquait de pièces de rechange lors du premier Grand Prix en Australie, forçant les pilotes à manquer des séances d’essais libres… et même l’entièreté de la qualification du côté de Lance Stroll.

Les problèmes proviennent surtout de l’unité de puissance Honda, qui en plus de ses problèmes de fiabilité majeurs, manque cruellement de puissance. Ça force l’écurie à rouler en fond de peloton, derrière les Cadillac, une toute nouvelle écurie.

En arrivant au Japon, l’équipe aurait bien aimé célébrer ce nouveau partenariat avec Honda. Après tout, le circuit de Suzuka a été construit afin de servir comme piste d’essais pour le motoriste japonais.

Or, l’équipe arrive plutôt en pleine crise, où même le leadership est remis en question. La semaine dernière, le site motorsport.com rapportait qu’Adrian Newey quittait ses fonctions de directeur d’équipe afin de se concentrer sur le côté technique. Il serait, toujours selon les informations de motorsport.com, remplacé par Jonathan Wheatley, qui occupait le poste de directeur chez Audi.

Ces informations ont été démenties par Aston Martin dans un communiqué laconique, exprimant simplement que son organigramme de direction était différent des autres « by design » et qu’Adrian Newey demeurait à la tête de l’équipe.

Depuis, on y voit de plus en plus clair. Wheatley a confirmé son départ d’Audi la semaine dernière et semble donc se diriger tout droit vers la direction d’Aston Martin. Le seul problème, c’est que le Britannique doit attendre une certaine période de temps avant de passer d’une équipe à une autre. Combien de temps sera-t-il dans cette période d’attente afin de contractuellement être en mesure de joindre Aston Martin? Cette information est inconnue du public pour l’instant. D’ici là, on peut donc s’attendre à ce que Newey demeure en poste comme principal dirigeant de l’écurie.

Wheatley s’apprêterait donc à devenir le cinquième directeur d’équipe chez Aston Martin depuis 2022. On a vu dans ce rôle Otmar Szafnauer, Mike Krack, Andy Cowell et Adrian Newey. D’ailleurs, les trois derniers de la liste figurent toujours parmi le personnel de l’écurie. Le département des communications pourra bien répéter que le système de direction est « tel que dessiné », c’est difficile d’y croire. Les décisions prises par l’équipe semblent davantage réactionnelles, et aussi mal communiquées.

Chronologie d’un début de saison catastrophique

Quand on replace dans l’ordre les morceaux du casse-tête, on comprend un peu mieux comment on a pu en arriver là chez Honda et Aston Martin.

Il faut remonter à 2020 pour comprendre l’origine du problème. Le 2 octobre, Honda, qui était le motoriste de Red Bull, décide d’annoncer son retrait de la Formule 1 à la fin de la saison 2021. Ça plonge Red Bull dans une situation difficile. L’écurie décide alors de former son propre département moteur, Red Bull Powertrains. Comme il y a un gel sur le développement des unités de puissance, Red Bull n’a pas, à ce moment, à confectionner un tout nouveau moteur. On conserve le moteur Honda, et on s’assure de le préparer à l’interne au sein de l’équipe.

C’était le plan initial, mais au final, Honda a continué d’aider Red Bull à utiliser le moteur dans un partenariat technique. Voir Max Verstappen gagner le Championnat du monde en 2021 a aussi convaincu Honda de poursuivre son association avec Red Bull. Sauf que le motoriste pouvait maintenant accomplir ce travail avec beaucoup moins d’effectifs. Plusieurs des meilleurs ingénieurs derrière le moteur Honda sont partis soit pour Red Bull Powertrains, soit sur d’autres projets au sein de Honda.

En 2023, alors que Mike Krack est le directeur de l’équipe, Aston Martin annonce que Honda deviendra le motoriste de l’écurie à partir de 2026. C’était une bonne nouvelle. Red Bull était au cœur d’une saison historique en gagnant toutes les courses de la saison sauf une. Le moteur Honda était donc la référence. De plus, cela allait permettre à Aston Martin de travailler avec un motoriste unique, qui allait ainsi pouvoir mieux intégrer l’unité de puissance au développement de la monoplace.

Sauf que chez Honda, il ne restait qu’environ 30% des effectifs de 2020. L’expérience acquise avec Red bull avait presque disparue avec les membres de l’équipe qui sont partis vers d’autres projets. C’est comme si on repartait à zéro avec une toute nouvelle équipe. Ça, Aston Martin ne l’avait pas prévu.

En novembre dernier, Andy Cowell, le directeur de l’équipe à ce moment, prend le chemin du Japon en compagnie de Lawrence Stroll et d’Adrian Newey. C’est là qu’on prend conscience de l’ampleur des difficultés chez Honda.

Le 26 novembre, Cowell est démis de ses fonctions de directeur d’équipe. Même s’il demeure au sein de l’organisation, il est remplacé immédiatement par Newey, et ce, même s’il ne reste que deux courses dans la saison. Aujourd’hui, il est difficile de ne pas faire un lien entre la visite de l’état-major au Japon et cette décision prise rapidement par la suite.

Un revirement de situation loin d’être « by design ».

Ce qu’on semble comprendre aujourd’hui, et c’est d’ailleurs ce qu’ESPN confirme, c’est que la nomination d’Adrian Newey comme directeur était sur une base intérimaire. Pourquoi ne pas l’avoir expliqué publiquement est difficile à comprendre. Sauf que Newey chercherait lui-même son remplaçant à la tête de l’équipe… et il l’aurait désormais trouvé en Wheatley. Les deux hommes se connaissent très bien, puisqu’ils ont été des figures importantes dans les championnats remportés par Max Verstappen et Red Bull entre 2021 et 2024.

Quelle est la suite?

Même si les problèmes d’Aston Martin proviennent surtout de Honda, il y a certainement des leçons à retenir pour la marque britannique. Est-ce qu’on aurait dû poser plus de questions? Faire un suivi plus serré avec Honda? Est-ce qu’une plus grande stabilité à la tête de l’écurie aurait pu prévenir cette situation? C’est facile, aujourd’hui, de répondre oui à ces questions.

Par contre, la seule question qui importe maintenant : quelles sont les solutions?

Aston Martin a tout ce qu’il faut pour se sortir de ce fiasco. Ça prendra du temps, certes, mais on peut y arriver.

L’arrivée imminente de Wheatley sera une excellente nouvelle. Elle n’arrive pas dans les meilleures conditions, mais il n’en demeure pas moins que c’était la chose à faire.

Wheatley a tout ce qu’il faut pour devenir un excellent directeur d’équipe. Le début de saison d’Audi le démontre bien, alors que l’équipe a déjà inscrit ses premiers points en Australie. C’est d’ailleurs surprenant de le voir quitter Audi, mais un retour en Angleterre était probablement au cœur de ses priorités.

Avec Wheatley et Newey, Aston Martin pourra compter sur un duo très compétent et surtout, chacun sera dans la bonne chaise. Wheatley est un excellent leader, apprécié de son personnel. Newey, lui, pourra se concentrer à temps plein sur ce qui a fait de lui une légende en F1, soit dessiner des voitures compétitives.

À Honda maintenant de faire le travail de son côté pour améliorer le moteur le plus rapidement possible. Dans la nouvelle réglementation, la FIA a prévu des opportunités pour les motoristes qui affichent un retard sur leurs concurrents d’amener d’avantages d’améliorations. Le calcul du retard sur les autres est prévu après six courses.

Or, avec les deux courses annulées en avril, cette fenêtre s’ouvre désormais en juin. On aurait assurément aimé pouvoir le faire plus rapidement chez Honda.

Bref, on peut continuer d’espérer des jours meilleurs chez Aston Martin, mais on devra prendre son mal en patience

D’ici là, il faut s’attendre à une autre fin de semaine difficile au Japon, une épreuve qui sera présentée sur nos ondes cette fin de semaine. La séance de qualifications sera diffusée dès 1 heure 30 dans la nuit de vendredi à samedi à RDS, et la course, dimanche matin, dès minuit 30 également sur RDS. Les séances d’essais libres seront disponibles en webdiffusion sur le RDS.ca.