Le décision n’a pas été facile à prendre, on s’en doute, mais Marc-Antoine de Dequoy a fait un choix pour lui-même.
Malgré l’amour des partisans, la volonté des Alouettes de le revoir avec l’équipe, sa passion intarissable pour le football et le désir d’aider ses coéquipiers dans la bataille, le maraudeur québécois est en paix avec son choix de se retirer du football professionnel.
« Ça fait à peu près deux mois que je me lève le matin et je ne me sens pas bien. Aujourd’hui, je me suis levé et je me sentais bien et en paix », a expliqué Dequoy, émotif, dans un point presse aux côtés du directeur général Danny Maciocia. « Mon désir de jouer au football n’a jamais quitté. Je vais toujours vouloir être sur ce terrain, c’est le plus beau sport d’équipe au monde, mais malheureusement, je ne peux plus suivre ça. »
Dequoy a détaillé les tractations entre lui et les Alouettes. Dès le mois de décembre, l’athlète de 31 ans avait une offre sur la table. Dimanche, l’organisation montréalaise a bonifié son offre et même si toutes les demandes de Dequoy ont été remplies, c’est alors que la vérité lui a sauté au visage.
« J’avais tout devant moi pour jouer à Montréal. Tout ce que j’avais demandé, c’était là. Et j’avais encore cette voix qui disait ‘non’. C’est là, que pendant des heures de temps, jusqu’à deux heures du matin, j’ai parlé avec ma copine et mon agent. Il n’y avait plus de distraction et la vérité est sortie. Mon corps ne peut plus suivre. Mon coeur est là. J’aimerais ça continuer à jouer, mais je ne peux pas. J’ai trop de respect pour ce sport. Je sais ce que ça prend pour être un athlète de haut niveau et les sacrifices que ça prend pour jouer au football. Physiquement, je n’aurais pas pu donner tout ça. La décision que j’ai prise, c’est une décision pour moi », a détaillé le favori de la foule montréalaise.
L’idée de la retraite, Dequoy a peiné à l’épouser, mais elle a commencé à germer au terme de la plus récente Coupe Grey. Il a fallu que toutes les conditions soient en place pour que les choses se clarifient.
« Il y avait quelque chose au fond de moi qui disait ‘non’, et avec du recul maintenant, je comprends. On dirait que je n’étais pas capable d’accepter la vérité en pleine face. Peut-être que je cherchais des raisons pourquoi il y avait ce ‘non’ à l’intérieur de moi. »
Sans balayer du revers de la main un potentiel retour au football, Dequoy se tournera vers de nouveaux défis personnels, et surtout, il prendra le temps nécessaire pour profiter de ce changement avec ses proches.
« La réalité, c’est que tu ne sais jamais quand ça va arriver. Tu ne sais pas quand la retraite va venir. J’aurais aimé ça savoir plus tôt. Tout le processus était important. Tout le processus était nécessaire pour se rendre où l’on s’est rendu. »
Il semble donc que l’enjeu financier n’ait pas été un facteur dans la décision de Dequoy d’annoncer sa retraite.
La direction des Oiseaux disposait pourtant d’une marge de manoeuvre assez étroite sous le plafond salarial afin de compléter son effectif en vue de la saison 2026 de la Ligue canadienne de football, et il semblait de plus en plus évident que certains joueurs allaient devoir accepter des concessions salariales ou encore carrément quitter le nid.
À ce sujet, les Alouettes ont annoncé en fin de soirée lundi qu’ils avaient libéré le receveur de passes James Letcher fils et le joueur de ligne offensive Jamar McGloster, à l’approche de l’ouverture du marché des joueurs autonomes de la LCF, le 10 février.
Maciocia, assis à ses côtés pour l’occasion, a néanmoins assuré qu’il ne s’agissait pas de la fin de leur relation, mais simplement d’une «transition». Il faut donc s’attendre à ce que Dequoy devienne, en quelque sorte, un ambassadeur des Alouettes auprès des prochains joueurs de football québécois, afin de les attirer dans le nid.
« Il (Dequoy) fait toujours partie de l’organisation, et c’est sûr qu’à un moment donné, il va nous aider, a mentionné Maciocia. En janvier 2020, quand les Alouettes m’ont embauché avec Mario Cecchini, on s’est dit qu’on voulait ramener l’équipe vers les partisans, pour qu’ils s’identifient à elle. (...) Regardez aujourd’hui le nombre de Québécois qui font partie de l’organisation, pas seulement sur le terrain, mais au sein de la direction. Mon souhait le plus cher, c’est qu’ils fassent carrière avec une seule équipe, la nôtre. »
Pour sa part, Dequoy a indiqué que son départ ne laissera pas de vide au niveau de la représentativité québécoise chez les Alouettes, et il a rappelé à ce sujet la longue relation de l’équipe avec les produits locaux.
« Il y en a toujours eu (des Québécois). Avant que j’arrive, il y avait Luc Brodeur-Jourdain, Kristian Matte, Étienne Boulay, Matthieu Proulx... Il y en aura toujours un. Il n’y aura pas de vide, il n’y aura que des opportunités et une plateforme pour les joueurs du Québec. Il y a aussi Pier-Olivier Lestage, des joueurs d’impact. On pense que c’est la fin, mais ça n’est qu’une continuité. »
Quant à savoir ce qui lui manquera le plus dans sa nouvelle vie, le principal intéressé n’a pas hésité une seconde.
« Ce sont les gars dans le vestiaire, ils vont me manquer énormément. Notre sport, c’est une véritable fraternité. On vit ensemble, on rit, on parle, on étudie le football ensemble, a mentionné le Québécois. C’est notre sport, et on l’aime énormément. Voir une salle remplie d’adultes qui pleurent (après la Coupe Grey), parce que nous sommes totalement dévoués les uns envers les autres, parce qu’on sait les sacrifices que ç’a demandés, ça là, c’est spécial, et c’est l’affaire la plus déchirante que j’ai dû laisser aller. (...) Mais, parfois, tu dois faire des choix et prendre la bonne décision pour toi. »
Le choix de deuxième ronde, 14e au total, lors de l’encan de la LCF en 2020, a pris part à 73 parties en cinq campagnes avec les Alouettes. En 2023 et en 2024, il a été élu sur l’équipe d’étoiles de la Ligue, aidant notamment l’équipe à soulever la coupe Grey en 2023.





