MONTRÉAL – « Yé tu bon Demidov? »
Devin Brosseau a dû répondre à cette question plus d’une fois l’an dernier. Son frère, son père, ses amis, des journalistes… Tous voulaient savoir.
L’espoir du Canadien était-il aussi merveilleux qu’on nous laissait le croire depuis sa sélection au 5e rang du repêchage de 2024?
En jouant dans la KHL et en affrontant occasionnellement l’attaquant russe, le Québécois était mieux placé que bien du monde pour offrir son point de vue.
« C’est le meilleur talent contre qui j’ai joué et que j’ai vu [dans ma carrière] », croit-il encore aujourd’hui.
On ne peut pas dire que l’attaquant de 30 ans originaire de Saint-Lambert s’est trompé. Mais alors qu’il joue sa quatrième campagne dans le circuit russe cette année, son entourage a encore une question.
« Zharovsky, lui? »
Cette fois, Brosseau est encore mieux positionné pour se prononcer sur le potentiel d’Alexander Zharovsky, un autre attaquant russe sur qui les partisans du Tricolore ont l’œil depuis qu’il a été repêché en deuxième ronde (34e) en juin dernier.
Depuis peu, Brosseau et Zharovsky partagent le même vestiaire. Après avoir amorcé la saison avec le Dynamo de Moscou, Brosseau a récemment été échangé au Salavat Yulaev d’Oufa.
« Quand j’étais avec le Dynamo au début de l’année, on en voyait des highlights de Zharovsky, parce que c’est LE jeune de la ligue. Mais là, de jouer avec lui, physiquement sur une même patinoire – on joue ensemble sur l’avantage numérique – c’est impressionnant », observait-il, lundi, en entretien avec le RDS.ca.
Malgré ses 18 ans, Zharovsky attire en effet déjà l’attention dans la KHL. Employé dans 14 des 21 matchs de son club jusqu’ici cette saison, l’ailier droit de 6 pi 1 po et 163 lb a déjà amassé 5 buts et 9 passes, soit en moyenne un point par rencontre.
Two assists in first period? No problem for #97 Alexander Zharovsky 🍏🍏 pic.twitter.com/tqYCmlivDl
— KHL (@khl_eng) October 31, 2025
« On m’a déjà demandé deux fois quel était le meilleur mot pour le [décrire]. Je dis tout le temps que c’est un artiste », révèle Brosseau au sujet de celui qui a été nommé recrue par excellence au terme du premier mois d’activités dans la KHL.
« Il faut que je garde mon bâton sur la glace à tout moment, parce que je ne sais pas quand elle va s’en venir. Ça se peut que je ne la verrai pas, mais elle va être sur ma palette. Ses décisions avec la rondelle sont très, très bonnes. Et puis, ses mains…
« Des fois, je le vois rentrer dans le coin [de la patinoire] ou à la ligne bleue et il y a de la pression. Deux ou trois gars sur lui. […] Moi, je t’aurais sorti ça, je me débarrasserais de la puck. Lui, il te tricote ça et sort de là avec! »
— Devin Brosseau
Au-delà des tours de magie qui alimentent déjà les algorithmes et dont Brosseau est un témoin privilégié, le vétéran se dit tout aussi émerveillé par l’attitude de son nouveau coéquipier.
« Ce qui m’impressionne le plus depuis mon arrivée il y a deux semaines, c’est que oui, son talent ne fait pas de doute, il est exceptionnel, mais c’est aussi le fait qu’il veut apprendre à tout prix.
« Après un shift, s’il pense qu’il a fait quelque chose de pas correct, ou qu’il le sait déjà – ça arrive, tout le monde fait des erreurs – il va venir s’asseoir à côté de moi ou d’autres gars un peu plus vieux. […] Il vient tout le temps poser des questions. »
La barrière de la langue étant ce qu’elle est, la communication n’est pas toujours optimale, mais nos deux hommes finissent par se comprendre. De plus en plus.
« Il a un tuteur en anglais. Il comprend qu’il faut qu’il apprenne l’anglais. Il m’a même sorti deux mots en français récemment (Bonjour et Merci). Il savait que je venais de Montréal, alors je lui ai dit que les fans allaient être contents! »
Si Zharovsky s’est aussi informé en anglais à savoir « s’il y avait de la bonne bouffe à Montréal », la réunion avec Demidov, qui en fait sans doute déjà rêver plus d’un, n’est pas pour tout de suite.
Non seulement le Russe est sous contrat dans la KHL jusqu’au 31 mai 2027, ce dernier n’est pas encore prêt à rejoindre le Bleu-Blanc-Rouge, peu importe ce que les chiffres peuvent laisser croire, relativise Brosseau.
Aussi bon que Demidov?
Sur son compte X, la KHL a publié le 25 octobre dernier un comparatif des productions de Zharovsky et Demidov au terme des 10 premiers matchs de leur saison recrue. Chacun avait inscrit huit points; 3 buts et 5 passes pour Zharovsky, 4 buts et 4 passes pour Demidov.
At the start of 2025-26 season, Alexander Zharovsky matches the scoring pace of 2025 KHL Rookie of the Year — Ivan Demidov. pic.twitter.com/l8uhX0hn4n
— KHL (@khl_eng) October 25, 2025
« Quand le monde me demande de les comparer, c’est dur parce qu’ils ne se sont pas retrouvés dans la même situation », signale Brosseau.
Évoluant d’une part pour un club de premier plan de la KHL, Demidov a régulièrement été tenu à l’écart de la formation du SKA de Saint-Pétersbourg ou vu son temps de jeu être limité par moments.
« Ce qui m’impressionnait le plus de lui, c’était le fait qu’il était capable de dealer avec cette pression-là, et sa persévérance. Peu importe s’il en jouait 6 minutes ou 16, il faisait sa job et il était capable de récolter ses points et de bien jouer. Sa game ne changeait pas. S’il jouait 6 minutes sur la quatrième ligne, il ne dompait pas plus la puck pour aller finir ses mises en échec. Il restait vraiment lui. »
Le contexte est bien différent pour Zharovsky. Au sein d’un club qui occupe actuellement le 18e rang du classement général d’un circuit comptant 22 équipes, le Russe se voit offrir par son entraîneur-chef Viktor Kozlov l’opportunité de jouer amplement, d’appendre de ses erreurs, de se développer.
« Il faut comprendre que depuis le début de l’année, Zhar a eu beaucoup d’opportunités, et il y a aussi un peu plus de blessures de notre côté, note Brosseau. Mais il a pris ce rôle-là. Le coach est capable de lui en donner. Je le vois être utilisé dans des situations de fin de game. Des petites choses comme ça dont Demidov n’avait peut-être pas le luxe. »
N’empêche, son potentiel LNH crève les yeux, soutient Brosseau.
« Je ne veux pas que le monde pense que c’est le prochain Nick Suzuki qui arrive à Montréal, ou même Demidov, mais il a un excellent talent. Les pièces sont là pour qu’il ait du succès et qu’un jour, si tout va bien, il puisse aider le Canadien.
« À quel point, je ne le sais pas, mais en tout cas ce ne sera pas le talent et son vouloir d’apprendre qui sera le problème. »






