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Emmett Croteau : pointer la lumière sur une zone d’ombre

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BROSSARD – Emmett Croteau s’est présenté à son quatrième camp de perfectionnement du Canadien sans qu’on fasse grand cas de sa présence. Son avenir ne captive pas les masses comme celui de Michael Hage. Les compilations de ses exploits ne récoltent pas les clics comme celles d’Alexander Zharovsky.

En tant que joueur repêché en 2022, son plus grand fait d’arme cette semaine à Brossard aura sans doute été d’être le plus ancien espoir parmi les 36 athlètes invités. Mais ses performances, si elles passent sous le radar, n’en font pas un sujet moins intéressant.

Le gardien de 22 ans vient de connaître une superbe saison à l’Université Dartmouth. Avec une moyenne de buts alloués de 1,93 et un taux d’efficacité de ,922, il a mené son équipe au championnat de la Eastern College Athletic Conference (ECAC). Il a été nommé joueur par excellence du tournoi de fin de saison de la conférence. À chaque saison depuis qu’il a accédé à la NCAA, il élève les standards à respecter pour la suivante.

Dans une organisation qui compte déjà sur un géant qui s’est développé sur le tard, on peut se demander quel genre de réflexion ont provoqué à l’interne les performances de Croteau, que le Canadien répertorie officiellement à 6 pieds 4 pouces et 218 livres. Elles pourraient inciter à la patience comme elles pourraient, dans le contexte où Jakub Dobeš et Jacob Fowler semblent monopoliser les plans d’avenir, donner le goût d’écouter les offres à son sujet.

Les gens auront sans doute leur opinion sur la question. Croteau, lui, se garde de pencher d’un côté ou de l’autre.

« Je crois que c’est la nature humaine de vouloir se projeter dans le futur, de se faire des scénarios, de commencer à se comparer, tu sais? Mais j’ai fait beaucoup de travail sur l’aspect mental de mon jeu. J’essaie de ne pas voir plus loin qu’où mes pieds sont plantés. C’est tout ce que je peux contrôler. »

Croteau ne dit pas ça juste pour s’entendre parler. Ses paroles sont ancrées dans un long travail personnel qu’il a amorcé en 2022, avant même d’être repêché par le Canadien.

Il y a un peu plus d’un mois, Croteau est apparu au podcast Away From The Rink. Animé par deux anciens joueurs natifs de la Saskatchewan, le projet vise à encourager la conversation au sujet de la santé mentale. Croteau est tombé par hasard sur un épisode et a lui-même pris l’initiative de contacter les animateurs. Il était prêt à raconter son histoire.

« Ce n’est pas que je sentais que le timing était bon pour en parler. J’ai juste senti que c’était la bonne chose à faire. S’il y a un seul jeune qui vit quelque chose de semblable et que ma sortie pourrait aider à y voir plus clair, ça ferait ma journée. J’espère aussi inciter d’autres gens à partager leur expérience. On est tous des humains. Il ne faut pas garder ces choses-là en-dedans. »

« Je ne peux changer comment fonctionne mon cerveau »

Alors qu’il disputait sa deuxième saison au niveau junior, Croteau a commencé à ressentir des symptômes qui lui étaient jusque-là étrangers. Sans raison apparente, son cœur pouvait commencer à battre à 100 milles à l’heure. Des pensées négatives le submergeaient sans avertissement. Sur la glace, un exercice banal pouvait devenir une montagne à surmonter.

Quand des examens physiques n’ont recensé aucune anomalie, les questions se sont multipliées. Mais des recherches approfondies ont permis de cerner le problème. Croteau souffrait d’anxiété. Le hockey, qui avait toujours fait partie de sa vie, avait insidieusement commencé à prendre un peu trop de place dans ses pensées. Et sans qu’il comprenne comment ou pourquoi, le poids de ces pensées devenait parfois trop lourd à porter.

« Ça n’a pas été facile d’apprendre ça. Je me suis demandé comment ça allait m’affecter physiquement, socialement et dans ma vie d’athlète, comme gardien », admet-il.

Après avoir reçu le diagnostic, Croteau s’est éloigné du sport pendant un certain temps. Bien entouré par ses proches, il a fait le point sur sa nouvelle réalité et, avec l’aide des bonnes ressources, il s’est bâti un plan de match pour la suite.

« Je ne pouvais pas changer comment mon cerveau fonctionnait, alors je me suis dit que j’étais aussi bien de l’accepter, m’amuser et vivre ma vie », a-t-il fini par se dire.

L’accès aux témoignages d’autres athlètes qui ont frappé un mur l’ont immensément aidé à trouver sa voie. Il cite les joueurs de basketball DeMar DeRozan, qui a ouvertement parlé de son combat contre l’anxiété et la dépression, et Kevin Love, qui a souffert d’une attaque de panique en plein match, comme ses principales inspirations.

L’ancien champion du UFC Jon Jones l’a aussi inspiré, à un point tel qu’il a décidé de faire peindre son visage sur l’un de ses masques.

« Dans une entrevue, il disait en gros qu’on peut prendre l’anxiété et la nervosité et la laisser nous enterrer. Ou on peut l’utiliser comme énergie pour se propulser vers l’avant. J’ai placé cette idée au centre de ma vie. »

S’inspirer de Carey

Croteau nomme aussi Carey Price parmi ses inspirations. En 2021, l’ancien gardien du Canadien s’était ouvert sur les raisons qui l’avaient incité à s’inscrire au programme d’aide de l’Association des joueurs de la LNH. Price combattait des problèmes de consommation d’alcool.

Croteau n’a jamais rencontré Price, mais les deux hommes ont en commun une relation avec Jen Weathon, une sorte de coach de vie qui compte plusieurs athlètes parmi ses clients.

« Elle m’a aidé à faire mon chemin à travers les défis qui se sont présentés et m’a donné un petit morceau du casse-tête [de Price]. Ça a été cool de connecter avec lui de cette façon. On le voit tous comme une icône, le meilleur gardien de tous les temps, mais il est un être humain comme tout le monde. De l’extérieur, c’est très cool de voir comment il est sorti grandi de ses épreuves. »

Le Canadien est au courant de l’historique de santé mentale de son grand gardien. Croteau dit en avoir fait mention « brièvement » dans ses discussions avec le directeur du développement des joueurs Rob Ramage.

« Il m’a lui aussi parlé des choses qu’il a vécues dans sa vie, ça m’a permis d’apprendre moi aussi à mieux le connaître. L’organisation m’a toujours fait sentir qu’elle serait là si j’avais besoin de quoique ce soit. »

Malgré tout le succès qu’il a connu sur la glace depuis deux ans, Croteau n’a jamais été complètement à l’abri des périodes sombres.

« Il y a des jours où les obligations scolaires s’empilent, j’ai un match à préparer, il neige dehors et il fait noir de bonne heure, ces journées-là peuvent être plus difficiles. Mais j’ai appris à trouver la paix d’esprit dans ces moments. Je suis chanceux de faire ce que je fais dans la vie. Chanceux qu’il y ait des attentes envers moi en classe comme sur la patinoire. Certaines personnes seraient prêtes à tuer pour vivre ma vie. J’essaie de garder ça en tête. La gratitude est à la base de tout ce que je fais. »

Ça inclut ses plans d’avenir. Croteau a jusqu’à l’été prochain pour s’entendre avec le Canadien. Signera, signera pas? Alors qu’il s’apprête à retourner à Dartmouth pour une troisième saison, le simple fait d’être dans une position où la question se pose semble le combler.