Il serait bien difficile de reprocher aux joueurs du Canadien d’avoir cru qu’ils étaient en voie de profiter d’une petite soirée facile, samedi, au Centre Bell.
Car après avoir vu Juraj Slafkovský et Nick Suzuki donner les devants 2-0 au Tricolore après seulement 222 secondes, pas mal tout le monde autour de l’amphithéâtre et de la planète hockey au grand complet croyait que la troupe de Martin St-Louis donnerait la fièvre du samedi soir aux Rangers venus de New York. Qu’elle profiterait de l’occasion pour prolonger à cinq sa séquence de victoires en ce début de saison festif. Mieux encore, qu’elle prolongerait à 15 sa séquence de matchs de saison régulière sans revers encaissé en temps réglementaire devant ses partisans.
Surtout qu’à voir les manques d’entrain, de vigueur et de synchronisme affichés par les « Blueshirts » dès les premiers instants du match, rien ne laissait croire qu’ils trouveraient une façon de gâcher le « party ». De fait, ils donnaient bien plus l’impression de ne pas avoir envie de gâcher le « party ».
C’est pourtant ce qui est arrivé.
Bon! C’est vrai que le Canadien a couru à vive allure après le trouble en s’endormant à poings fermés après avoir pris les devants 2-0 si tôt dans le match.
C’est vrai aussi que Samuel Montembeault a été un brin ou deux généreux en accordant trois buts dans les six premières minutes de jeu de la troisième période. Le gardien québécois a d’ailleurs pris le blâme dans la défaite. Ça l’honore. Mais s’il est vrai qu’il a mal paru sur le but de Matthew Robertson – il est important de souligner que la rondelle filait comme une balle papillon au baseball – ses coéquipiers sont loin de l’avoir aidé.
Vrai également que la perte de Kaiden Guhle a fait mal à la brigade défensive du Tricolore. Jayden Struble a bien fait en relève. Mais il n’a pas l’envergure de Guhle qui ratera de quatre à six semaines de jeu.
Cela dit, il faudrait aussi donner un peu de crédit aux Rangers. Et même beaucoup. Car s’il est indéniable qu’ils ont amorcé le match sur les talons, ça sautait d’ailleurs aux yeux, et s’il est vrai aussi qu’ils sont loin de jouer du hockey bien orchestré, les Rangers, surtout leurs joueurs de soutien, ont appliqué un échec avant soutenu et distribué des mises en échec qui ont ralenti et déstabilisé le Canadien.
La chasse est ouverte
Lane Hutson était d’ailleurs dans la mire de plusieurs joueurs des Rangers. C’est normal. Car Hutson est celui qui effectue la grande majorité des relances offensives dangereuses chez le Canadien.
Ses coéquipiers le savent, vous le savez, tout le monde le sait. Il est donc normal que les adversaires du Canadien établissent des stratégies en conséquence.
Et samedi, après que le Canadien eut pris les devants 2-0, la chasse au petit Hutson s’est ouverte. Le petit défenseur l’a vite appris à ses dépens. Et cela paraissait dans son jeu bien avant que Sam Carrick, un plombier qui sait quoi faire pour maximiser ses chances d’obtenir du temps d’utilisation dans la LNH, n’épingle solidement Hutson dans la bande derrière Montembeault.
Hutson a bien encaissé le coup qui était tout ce qu’il y a de plus légal soit dit en passant. Il s’est même permis une réplique immédiate à l’endroit de son assaillant qui a ensuite eu à répondre de son geste devant Arber Xhekaj.
Mais cette mise en échec a confirmé la « déconnection » du Canadien comme St-Louis l’a déploré après la défaite.
Si Hutson s’est fait marquer aussi efficacement par les Rangers samedi soir, s’il s’est mis à trop vouloir en faire dans son territoire et à précipiter ses actions au lieu d’afficher son contrôle habituel, c’est parce qu’il se sentait traqué. Parce qu’il sentait les Rangers sur son dos.
Et parce qu’en plus, ses coéquipiers qui auraient dû lui venir en aide en s’offrant en cible pour obtenir des passes et l’aider à se débarrasser des chasseurs qui le traquaient restaient bien cachés loin de l’action. Loin du trouble.
Avec les résultats qu’on connaît.
J’ai bien aimé que le capitaine Suzuki, comme son entraîneur-chef St-Louis, reconnaisse après la défaite que le Canadien avait été très chanceux de retraiter au vestiaire avec une avance de 2-1 après 40 minutes de jeu.
Car les Rangers ont tellement dominé la période médiane que c’est au cours de celle-ci et non en début de troisième qu’ils auraient dû rejoindre et dépasser le Canadien. Il faut croire que les Dieux du hockey les ont simplement récompensés au troisième tiers.
La remontée n’est pas venue
Malgré la domination physique des Rangers et les quatre buts sans riposte qu’ils ont marqués, le Canadien a eu l’occasion de niveler les chances en fin de match.
Après avoir vu Cole Caufield donner deux victoires consécutives en prolongation au Canadien qui venait de niveler les chances dans les derniers instants des troisièmes périodes – Ivan Demidov contre le Kraken de Seattle mardi et Caufield aux dépens des Predators de Nashville jeudi – les partisans avaient toutes les raisons de croire une autre remontée gagnante possible.
Invité à L’Antichambre après la rencontre, le défenseur Struble a d’ailleurs reconnu qu’il avait tellement été impressionné par les performances de Caufield lors des deux dernières fins de partie qu’il attendait un troisième exploit du genre de son jeune coéquipier.
Mais cette fois, la remontée n’est pas venue.
Et vous savez quoi? C’est presque une bonne nouvelle.
Oui le Canadien a donné des sensations fortes à ses partisans avec ses deux remontées victorieuses mardi et jeudi. Mais une équipe ne peut pas toujours avoir recours à des remontées de ce genre pour changer le cours d’un match. Et samedi, malgré son départ canon, le Canadien a ensuite moins bien joué que les Rangers qui méritaient davantage la victoire que lui.
Cela permettra peut-être, du moins je l’espère, à St-Louis d’apporter quelques changements qui sont plus difficiles à effectuer quand l’équipe gagne.
À quoi je songe ici?
À remplacer Slafkovský par Demidov au sein de la première unité d’attaque massive.
À mettre un peu plus de pression sur Slafkovský pour qu’il s’impose davantage physiquement en zone ennemie à forces égales afin d’offrir des occasions de marquer à ses compagnons de trio.
Mais si Slafkovský peine à comprendre le message et que Demidov ou encore Zachary Bolduc donne des motifs suffisants à leur coach de jongler avec ses trios, l’un ou l’autre pourrait obtenir une promotion à la droite de Suzuki et Caufield.
Avec Kirby Dach et Patrik Laine qui ont déclaré forfait pour le match de samedi – je ne sais pas au moment d’écrire cette chronique si l’un ou l’autre sera de retour lundi – l’occasion pourrait d’ailleurs être bien choisie pour faire quelques changements.
Et non! Ce ne serait pas un signe de panique.
Ce serait simplement une reconnaissance de la part de l’entraîneur-chef que le Canadien a besoin de plus que du brio des Caufield, Suzuki, Demidov et Hutson pour gagner.
Et c’est peut-être justement par des chambardements de trios que St-Louis obtiendra une contribution offensive plus équilibrée à forces égales et une production plus soutenue en attaque massive.
Il faudra attendre l’entraînement matinal qui préparera le premier duel de la saison face aux Sabres de Buffalo lundi soir avant d’obtenir une réponse, car c’est dimanche de congé chez le Tricolore aujourd’hui.



