MONTRÉAL – Le Canadien a amorcé sa saison 2025-2026 sur les talons. Il s’est rendu coupable d’une très vilaine séquence d’une durée de 60 secondes au terme de laquelle les Maple Leafs ont marqué un but qui laissait présager le pire pour le Tricolore.
Le Canadien a aussi été victime d’une séquence bizarre au fil de laquelle Mike Matheson a fracassé son bâton, Lane Hutson a perdu le sien après un impact avec son coéquipier-défenseur offrant une échappée aux Leafs qui ont finalement marqué leur troisième but. Un but qui les a propulsés vers un gain de 5-2.
Mais entre ce faux départ et la déveine qui a brisé l’égalité (2-2) en milieu de troisième période, le Canadien a disputé un match solide. Un match au cours duquel les joueurs de Martin St-Louis ont tenu tête à des adversaires qui devraient être bien plus forts qu’eux.
Ne laissez pas le score final (5-2) embrouiller la réalité : car avant de marquer dans une cage déserte alors que Samuel Montembeault avait été rappelé au banc à la faveur d’un sixième attaquant, Auston Matthews et Williams Nylander n’avaient rien cassé.
Matthews a gagné des mises en jeu, c’est vrai. Douze des 19 qu’il a disputées. Mais il a bien plus donné l’impression de s’ennuyer de son grand ami et complice Mitch Marner que de démontrer qu’il serait en mesure de se passer de lui et des passes savantes dont il lui faisait cadeau.
Matthews et Nylander ont aussi très mal paru lors des trois minutes et des poussières passées sur la patinoire alors que les Leafs évoluaient en attaque massive. Car au fil de ces quelques 180 secondes, le Canadien a été bien meilleur que les Leafs bien qu’il se défendait à cours d’un homme.
Les Leafs n’ont pas seulement encaissé le premier but du Canadien – le premier but en carrière d’Oliver Kapanen – alors qu’ils étaient en attaque massive. Le jeu mollasson des Matthews, Nylander et compagnie a aussi permis à Josh Anderson et Alex Newhook de profiter de très bonnes occasions de marquer avant et après le but de Kapanen.
Différentiels mensongers
Le poids des lettres est aussi bien plus important que celui des chiffres quand vient le temps d’analyser le face-à-face des premiers trios des deux équipes.
Car oui, dans la défaite, Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky ont été meilleurs qu’Auston Matthews et ses compagnons de trio Matthew Knies et Matias Maccelli.
Les lourds différentiels (moins-3) associés aux noms du capitaine du Tricolore et de ses ailiers sont lestés par les contrecoups des deux buts enfilés dans un filet désert en fin de match et non par des performances désolantes.
D’ailleurs, il me semble que la LNH devrait revoir le bien-fondé de cette statistique lorsqu’une équipe évolue avec son gardien bien assis au banc.
Hormis ces différentiels mensongers, Juraj Slafkovsky – six tirs cadrés – Cole Caufield – quatre tirs cadrés, huit décochés – et Nick Suzuki – deux tirs cadrés, sept décochés – ont eu le dessus sur leurs rivaux bien plus souvent que le contraire.
Et ça, c’est positif. C’est même encourageant.
Oui, ils ont un peu mal paru sur la mêlée qui a suivi l’échappée de Matthew Knies et mené au but gagnant, mais Caufield s’est compromis derrière le but au lieu de rester dans l’enclave pour aller à la rescousse de Lane Hutson qui, en plus de ne pas avoir de bâton, était loin de faire le poids devant le gros ailier gauche des Leafs.
Discrets lors des matchs préparatoires, peut-être même trop discrets quoiqu’ils étaient un brin ou deux ralentis par de petits bobos, Noah Dobson et Zachary Bolduc ont été bien meilleurs lors de leur premier vrai match dans l’uniforme du Canadien.
À la gauche de Dobson, Mike Matheson a une fois encore démontré sa très grande mobilité sur la patinoire et son efficacité dans les trois zones.
Et il faudrait être exagérément implacable pour imputer à Matheson la responsabilité du troisième but en raison du bâton qui s’est fracassé entre ses mains…
Demidov a fait quelques beaux jeux. Il aurait intérêt à être plus égoïste avec la rondelle. À tirer plus souvent. Ça viendra… Surtout lorsqu’on le verra au sein d’un des deux trios de tête et non au sein d’un trio de soutien.
Cela dit, les deux trios de soutien ont fait du bon boulot mercredi soir à Toronto.
Tout comme Samuel Montembeault. Il a accordé quelques rebonds généreux dont l’un a coûté un but. Mais dans l’ensemble, le gardien du Canadien a donné une chance de victoire à son équipe. C’est son mandat premier.
Dach à la traîne
Ça ne veut pas dire que tout a été parfait pour autant dans le camp du Tricolore.
Ça non!
L’état-major tient à donner une chance réelle à Kirby Dach de relever le défi de remplir le rôle de deuxième centre de l’équipe.
Martin St-Louis l’a aidé à relever ce défi et l’entourant de Zach Bolduc et Brendan Gallagher. Les deux ailiers ont fait leur part. Ils ont été actifs, impliqués et efficaces afin de donner le ton quand ils sautaient sur la patinoire.
Au lieu d’afficher la même intensité que ses compagnons de trio, Dach est resté à la traîne. Il s’est contenté de se faire remorquer au lieu de les laisser le propulser vers des performances plus convaincantes.
Et c’est dommage.
Car si Dach a 15, 20 ou 25 matchs pour prouver à tout le monde, à commencer par lui et ses coéquipiers, qu’il a ce qu’il faut pour ancrer le deuxième trio, il a gaspillé la première occasion de le démontrer.
Il n’a pas été mauvais. Mais il a nettement manqué de conviction. Et on a tous pu relever ce manque de conviction dans les trois zones.
Cela doit d’ailleurs expliquer en tout ou au moins en partie pourquoi Kirby Dach est l’attaquant du Canadien qui a passé le moins de temps sur la patinoire. C’est moins que Patrik Laine qui a même joué davantage que Dach à forces égales. De fait, le soit disant deuxième trio a été le moins utilisé des quatre globalement et à cinq contre cinq.
Disons que c’est une bien mauvaise façon de faire bonne première impression.
Dans la situation où il se retrouve, Dach n’a pas le droit de rester à la traîne de ses ailiers. Il doit être celui qui donne le ton. Il doit se démener. Car on lui pardonnera quelques erreurs s’il se défonce à l’ouvrage. Mais personne ne lui pardonnera un manque d’implication ou de conviction.
Il pourra se reprendre ce soir.
Mais ce ne sera pas facile. Car les Red Wings, bien qu’ils font du sur place depuis quelques années, seront reposés et motivés dans le cadre d’un match inaugural à domicile.
Et ce sera la même chose samedi, à Chicago, alors que le Canadien croisera les Hawks dans le cadre d’un troisième match en quatre jours…
Il faudra donc que Dach soit meilleur – il avait connu un fort match à son retour à Chicago lors de son premier affrontement contre son ancienne équipe – et que ses coéquipiers soient au moins aussi bons qu’ils ne l’ont été mercredi soir à Toronto pour s’offrir des chances de victoires d’ici la fin de ce premier voyage.
L’attaque massive pourrait être plus incisive aussi.
En passant, je n’aime pas voir Nick Suzuki sur la ligne des buts et Juraj Slafkovsky en maraude du côté droit de la zone offensive à la place du capitaine. Il me semble que c’est devant le but que Slafkovsky pourrait le plus déranger l’adversaire et aider la cause de son équipe.
Avec Demidov et Laine confinés au sein d’une deuxième unité, il sera intéressant de voir comment Martin Saint-Louis partagera le travail en attaques massives. Plus intéressant encore de voir quelle patience il affichera lorsque les buts en supériorités numériques ne viendront pas aussi vite qu’il le voudrait.
Tout cela est bien beau. Mais éviter un faux départ qui a coûté le premier but et une malchance comme celle qui a mené au but victorieux des Leafs ne ferait pas de tort non plus…



