SHERBROOKE – C’est un piège à la fois si évident et si difficile à éviter. À 17 ans, faire fi de des distractions qui viennent avec l’attention des équipes de la Ligue nationale est plus facile à dire qu’à faire.
Maddox Dagenais l’admet sans détour : il est tombé dans le panneau.
L’imposant attaquant des Remparts de Québec est à Sherbrooke cette semaine pour participer à la première édition du Match des espoirs de la LHJMQ. Les dépisteurs de la plupart des équipes de la LNH seront au Palais des Sports Léopold-Drolet mardi soir pour observer une quarantaine de joueurs admissibles au prochain repêchage.
Dagenais veut en profiter pour insérer son nom dans leurs conversations pour les bonnes raisons.
« C’est sûr que j’ai un peu un lent début de saison et que j’ai eu une dure fin de saison l’année passée avec les blessures, suggère candidement le jeune homme. Mais je pense que dans mes cinq derniers matchs, j’ai trouvé ma game. Je vais l’amener ici et je vais leur montrer que j’ai une place pour me faire repêcher. »
Le numéro 26 des Diables Rouges a été limité à deux mentions d’aide à ses cinq premières parties de la saison. Le contraste était frappant avec les chiffres qu’il avait affichés un an plus tôt comme recrue, alors qu’il avait commencé sa carrière junior avec six buts en cinq matchs. La différence? Elle était beaucoup dans sa tête.
« Je pensais trop au draft, lance-t-il avec honnêteté. Je pensais aux recruteurs qui me regardaient. Et je dirais que quand tu penses trop, tu ne joues pas vraiment ta game. »
La plupart des espoirs sont hypnotisés à un moment ou un autre par le chant des sirènes. Certains parviennent à retrouver leur concentration avant qu’il n’y ait trop de dommage, mais d’autres se laissent emporter dans une spirale de mauvaises pensées qui les éloignent irrémédiablement de l’essentiel.
Dagenais clame déjà avec confiance qu’il appartient au premier groupe. Comme point tournant, il identifie une rencontre qu’il a eue avec son entraîneur Éric Veilleux et le directeur général des Remparts Simon Gagné au retour d’un voyage en Abitibi, à la fin du mois de septembre. « On a essayé de casser ça vraiment rapidement pour ne pas que ça s’allonge », dit-il. Depuis, il a ajouté trois buts et sept points en autant de matchs à sa fiche.
Veilleux ne se souvient pas du moment exact où il a senti le besoin d’intervenir auprès de sa jeune vedette – « il faudrait que je regarde dans mon carnet! », rigole-t-il en retournant l’appel de RDS – mais il reconnaît qu’une mise au point était nécessaire. Il confirme aussi que ses arguments ont été entendus.
Dans leur utilisation des statistiques avancées, les Remparts arrivent à chiffrer l’apport offensif d’un joueur avec une note répertoriée sous l’acronyme OGP pour Offensive Generated Plays. Veilleux révèle que dans les trois matchs qui ont précédé celui de samedi dernier contre Chicoutimi, Dagenais a été le meilleur attaquant des siens selon cette unité de mesure.
« La plus grosse affaire, c’était son niveau de compétition, son implication dans le match, [sa volonté à] jouer à l’intérieur au lieu de rester à l’extérieur et attendre que ça vienne à lui. Et ça dernièrement, il l’a très, très bien compris. »
Veilleux a dirigé pendant sept saisons dans la Ligue américaine. Il a vu plusieurs hauts choix au repêchage venir y faire leur classe, des joueurs dont on attendait une certaine production offensive et qui peinaient à se développer. Ces joueurs avaient souvent le même point en commun : ils avaient développé la mauvaise habitude d’attendre que les occasions se présentent à eux plutôt que de prendre l’initiative de les provoquer.
« Je me souviens du dernier meeting que j’ai eu avec lui, je lui ai dit : “Maddox, c’est pas compliqué l’affaire. Mettons qu’on dit que l’année prochaine tu te fais repêcher, peu importe la ronde. Tu t’en vas au camp là-bas, c’est sûr qu’ils vont te le dire si tu joues comme ça. Ça ne marche pas et ça ne marchera jamais. Maintenant, combien de temps veux-tu attendre? Un an, deux ans, trois ans? Ça, ça t’appartient. Moi je vais t’aider là-dedans, je vais te coacher. Mais je te le dis : si tu veux jouer dans la Ligue nationale, il faut que ça se règle”. »
« Si t’essayes de jouer frileux et de scorer, ça ne va pas venir, a retenu Dagenais dans ses propres mots. Quand j’ai commencé à compétitionner, les occasions se sont présentées. Quand tu fais les bonnes affaires, les bonnes affaires vont venir à toi. »
Pour l’instant, le nom de Dagenais n’apparaît pas dans les fameuses listes qui ont accaparé une grande partie de son attention en début de saison. Xavier Villeneuve, Lars Steiner et Olivers Murnieks sont les joueurs de la LHJMQ à qui on donne les meilleures chances d’être repêchés en première ronde en juin prochain.
Mais ces listes ont la valeur qu’on veut bien leur accorder et surtout, elles ne sont pas figées dans le temps. Dagenais, qui avait été le tout premier choix du repêchage de la LHJMQ en 2024, sait qu’il a le pouvoir de changer l’opinion que les personnes influentes ont à son sujet et il est déterminé à y parvenir.
Il veut non seulement faire partie du groupe de joueurs du Québec et des Maritimes qui imiteront ce que Caleb Desnoyers, Justin Carbonneau et Bill Zonnon ont fait l’année dernière. Il veut être le premier qui entendra son nom.
« C’est sûr que ça, c’est vraiment dans ma tête. »





