MONTRÉAL – Pendant ses neuf années à titre de dépisteur dans la LHJMQ, Gabriel Dubé en a fait du kilométrage.
Pour passer le temps une fois au volant après un énième match, l’ancien éclaireur des Islanders de Charlottetown, des Olympiques de Gatineau et du Phoenix de Sherbrooke a donc fait comme bien du monde.
Il a appelé son père.
Son paternel, vous le connaissez sans doute. Il s’agit de Dany Dubé, ancien entraîneur et analyste des matchs des Canadiens à l’antenne du 98,5 Montréal depuis plus de deux décennies.
Qui de mieux pour valider ses observations, échanger, débattre hockey?
« Quand Gabriel a commencé à faire du recrutement, on avait souvent des discussions sur la valeur du différentiel – les plus et les moins – qui est très controversé.
« C’est à ce moment qu’on s’est dit qu’on allait s’intéresser au 5 contre 5, parce que si tu parles de différentiel, il faut que tu t’attardes au 5 contre 5. C’est là que la recherche a commencé. »
Analyste de données à temps plein chez Desjardins, Gabriel Dubé s’est ainsi mis au travail. Avec les chiffres colligés et offerts par les grandes firmes de statistiques avancées, il a créé son propre modèle baptisé PEM Hockey, pour « Player Efficiency Model ».
L’objectif de cette création des Dubé est fort simple : identifier le talent et l’efficacité d’un joueur sur une approche de jeu à 5 contre 5. Car là réside essentiellement le succès d’une équipe de hockey de la LNH.
Dans les trois dernières saisons de la LNH, l’équipe qui gagne au pointage à forces égales l’emporte dans 70 % des cas, révèlent les recherches du duo père-fils. En séries, le taux de victoire grimpe à 78 %.
Dans les plus récentes séries de la LHJMQ, à qui les Dubé offrent depuis cette année leur expertise, le taux de succès des clubs ayant le meilleur à 5 contre 5 a été encore plus marqué : 90 %.
Considérant que 75 à 80 % des 60 minutes d’un match sont jouées à 5 contre 5, « l’efficacité d’un joueur à forces égales devient donc essentielle à son parcours chez les pros », signalaient les Dubé dans leur présentation, il y a un mois, durant la conférence de presse de la LHJMQ dévoilant les grandes lignes de sa saison 2025-2026.

Au fil de la présente campagne, un rapport périodique sera acheminé aux entraîneurs et directeurs généraux du circuit pour leur permettre d’évaluer le rendement de leurs patineurs selon PEM Hockey.
La ligue promet de plus de faire bon usage de cet outil pour exposer les talents qui échapperaient peut-être aux recruteurs de la LNH en vue du repêchage.
« À la base, le modèle mesure si le joueur est efficace dans le niveau dans lequel il joue », résume Gabriel Dubé.
« Si le jeune était efficace dans le Midget AAA, qu’il l’est toujours dans le junior et que tu remarques une progression dans cette efficacité-là, eh bien c’est un indicateur qu’il va être capable de reproduire ça au prochain niveau.
« Des gars qui ne sont pas actifs défensivement, mais qui sont capables de produire, il y en a plein. Mais ils ne sont pas tous sélectionnés. »
« Les professionnels, renchérit Dany Dubé, ne cherchent pas un gars qui est juste capable de produire. Combien de fois avons-nous entendu l’expression “Playing the right way” (jouer de la bonne façon)? Nous, on pense qu’il y a un modèle statistique là-dedans. »
Un modèle qui, affirment-ils, leur permet de plus de comparer des joueurs de la LNH établis à de jeunes espoirs en développement dans la LHJMQ afin de percevoir leur trajectoire potentielle chez les pros. Ils citent en exemple le Québécois Caleb Desnoyers.
Quand le rendement de l’espoir du Mammoth de l’Utah à son année de repêchage est comparé à celui d’Alexis Lafrenière au même stade de son développement, Desnoyers affiche de meilleurs chiffres en attaque et en engagement défensif selon PEM Hockey. Et ce tout en étant plus jeunes de quelques mois, ce qui augmente la valeur de ses résultats, précisent-ils.
Le talent de Desnoyers, quatrième choix du plus récent repêchage, sautait aux yeux l’an dernier, alors qu’il a aidé les Wildcats de Moncton à tout rafler dans la LHJMQ pour participer à la Coupe Memorial.
La polyvalence de l’attaquant le voue à un bel avenir dans la grande ligue. Pour briller et connaître autant de succès sur le plan collectif une fois chez le Mammoth, il devra toutefois compter sur des coéquipiers peut-être un peu plus effacés, mais certes vitaux aux chances d’un club visant les grands honneurs. Ce sont ceux-ci que PEM Hockey souhaite aussi mettre en lumière.
Ceux qui grâce à leur fiabilité à 5 contre 5, permettent à leur entraîneur d’alléger le fardeau de leurs joueurs étoiles pour le bien commun.
« Parmi les joueurs vedettes de la Ligue nationale, [Aleksander] Barkov était l’un des moins utilisés à 5 contre 5 (15:28/match) et c’est l’un des meilleurs joueurs de la ligue », signale Dany Dubé.
« L’année passée, [les Canadiens] ont enlevé des minutes et des mises en jeu en territoire défensif à Nick Suzuki et il a connu sa meilleure saison en carrière, poursuit-il. À 5 contre 5, il était dans l’élite de la LNH, alors qu’avant il était très loin de ça. Pourquoi? Parce qu’en lui enlevant des minutes, il a pu s’engager un peu plus. »
C’est ainsi que se bâtit un club gagnant, estime Dany Dubé. « Il faut que tu trouves des gars qui sont sous-estimés, parce que quand tu les regardes jouer, ça ne saute pas aux yeux. »
Et dans la LHJMQ, il y en a assurément. Reste à les exposer.
« Si on veut avoir plus de joueurs repêchés, il ne faut pas juste en parler, il faut faire une démonstration mathématique et statistique qui va au-delà du simple regard », prêche Dany Dubé.





