BOISBRIAND – De l’eau, William Lacelle en a projeté dans les airs ces dernières semaines.
C’est ce que lui a recommandé de faire Mike Condon, l’été dernier, quand c’est plutôt tranquille devant son filet.
En comptant les gouttelettes d’eau expulsées de sa gourde d’eau pendant les arrêts de jeu, lui a alors expliqué l’ancien gardien du Canadien de Montréal devenu conseiller, il resterait concentré. Peu importe le nombre de lancers dirigés vers lui.
Si c’est bon pour Braden Holtby, qui a popularisé l’astuce dans la LNH, pourquoi pas, s’est promis d’essayer le portier.

Chez l’Océanic de Rimouski en première moitié de saison, Lacelle n’a toutefois pas fait dans le gaspillage d’eau, disons.
Il n’avait pas le temps.
« À Rimouski, je recevais 35 à 40 shots par game. Maintenant, si je suis chanceux, j’en reçois peut-être 23. »
Depuis qu’il a été échangé au début janvier à l’Armada de Blainville-Boisbriand, une puissance de la LHJMQ, Lacelle doit remplir sa bouteille pas mal plus souvent.
« C’est encore plus pertinent maintenant. Il y a des séquences où je ne reçois pas de shots pendant 17 minutes, et puis BOOM, BOOM, BOOM, j’en reçois trois en 30 secondes. »
« Si tu parles à n’importe quel gardien de but, il va te dire que les matchs de 17 à 22 lancers, c’est beaucoup plus tough que les matchs de 40 lancers. Tu dois rester concentré, parce qu’un ou deux arrêts, ça peut changer une game quand tu reçois seulement 17 ou 18 tirs. Ma mentalité, c’est d’essayer d’être concentré sur la prochaine shot. »
On peut dire qu’il l’est, par les temps qui courent.
En 10 présences dans le demi-cercle du club qui l’a acquis à fort prix – deux choix de 1re ronde, un autre de 5e tour et un espoir – Lacelle montre un dossier de 7-3 et a signé trois blanchissages. Sa moyenne de buts alloués dans l’uniforme de l’Armada ne s’élève qu’à 1,60 et son taux d’efficacité à ,936. Avec un pourcentage d’arrêts de ,923 depuis le début de la campagne, Lacelle est par ailleurs le meilleur homme masqué de la LHJMQ dans cette colonne statistique.
Autrefois à la recherche d’un gardien no 1 pour pallier l’absence du vétéran Jakob Milota, blessé depuis le début du calendrier régulier, et les défaillances de ses réservistes, l’Armada a donc trouvé son homme.
Et elle en profite grandement.
Portée, entre autres, par l’arrivée du nouveau venu de Rimouski, la flotte des Basses-Laurentides a connu une séquence de neuf victoires consécutives entre le 4 janvier et le 11 février. Une heureuse séquence que seuls les redoutables Saguenéens de Chicoutimi sont parvenus à stopper la semaine dernière.
Il donne la réplique à Lucas Beckman!
— LHJMQ (@LHJMQ) February 7, 2026
William Lacelle est toujours aussi en forme : un autre VOL pour garder @ArmadaBLB dans la rencontre! 😱#EspoirsLNH pic.twitter.com/RXqlrNk3jL
« Son arrivée a eu un effet stabilisateur, convient l’entraîneur-chef de l’Armada, Alexandre Jacques. Ce n’est pas juste sa façon de se comporter dans les matchs, c’est aussi sa façon d’être dans le vestiaire et dans les pratiques. Il se bat pour chaque rondelle, chaque retour de lancer. »
Une attitude qui n’est pas sans rappeler celle qui a fait la réputation de Marc-André Fleury, propose Jacques, sans toutefois oser tracer un parallèle entre le style des deux gardiens ou encore la trajectoire de leur carrière respective.
« Voir qu’un gardien se pousse comme ça, ça élève le jeu d’un cran de nos joueurs dans les pratiques. Les gros arrêts qu’on avait besoin arrivent. Je sens que dans les 12 derniers matchs, la confiance des joueurs a changé positivement. »
« C’est le meilleur goaler que j’ai vu de ma vie! »
— Justin Carbonneau
« Je ne lui dirai pas en pleine face, parce que je ne veux pas qu’il soit trop confiant, mais je n’ai jamais vu ça un gardien qui joue de la sorte dans une pratique », ajoute l’attaquant étoile de l’Armada, un choix de 1er tour des Blues de St. Louis.
« Chaque rondelle qu’il joue, il la joue comme si c’était une game no 7 en prolongation. […] De tous les goalers avec qui j’ai joué – on a Milota et [Zach] Pelletier qui sont super bons – Lacelle est vraiment dans une classe à part. »
Assez en tout cas pour se retrouver sur la liste des meilleurs espoirs de la Centrale de recrutement de la LNH en prévision du prochain repêchage. Dans la plus récente mise à jour de son classement des gardiens nord-américains, à la mi-janvier, Lacelle occupait le 6e rang.
Protéger le filet d’un club qui nourrit de grandes ambitions ce printemps, plutôt que celui d’une équipe en reconstruction, ne nuira certes pas à sa cause. Ça ne veut toutefois pas dire que la transition a été facile.
Quitter l’Océanic, le club qui avait fait de lui son gardien no 1 à 17 ans seulement l’an dernier, en pleine saison de Coupe Memorial de surcroît, a été déchirant.
« Je me suis fait échanger, et le lendemain soir je jouais. J’ai rejoint les gars ici et on est parti tout de suite à Val-d’Or. C’était un revirement de situation vraiment rapide », confie celui qui ne s’attendait guère à être échangé.
« Jouer deux matchs en deux soirs quand tu viens de te faire échanger, ce n’est pas facile. Mais après ces matchs-là, je me suis dit que je devais arrêter de penser à ça (l’échange, NDLR) pour me concentrer sur moi-même et trouvé des solutions rapidement. »
Au retour de l’Abitibi, où il a encaissé deux revers à ses débuts dans ses nouvelles couleurs, contre les Foreurs et les Huskies de Rouyn-Noranda, Lacelle s’est mis à son aise, trouvant refuge dans sa bonne vieille routine.
À son arrivée au Centre d’excellence Sports Rousseau, il a ainsi lancé ses recherches pour trouver un siège I10.
À Rimouski, c’est sur ce banc de la section 13 du Colisée Financière Sun Life que Lacelle avait développé l’habitude d’aller s’assoir avant chaque match. À 17 h 12 précises, toujours, si la rencontre débutait à 19 h 00.
« Il n’y a pas de I10 ici, mais il y a un K10 derrière l’un des bancs d’équipes. »
C’est donc là que vous le trouverez avant chaque match de l’Armada à domicile dès 17 h 12, et ce pendant huit minutes. Ensuite, il se lèvera pour aller faire « deux ou trois tours » de la patinoire à la marche. Puis, il regagnera le vestiaire pour les réunions de 17 h 30.
« Ça m’aide à me concentrer avant les matchs. Juste penser, ça me relaxe. »
Le soir où Lacelle s’est assis pour la première fois dans le siège K10, il a signé son premier jeu blanc. Dans les six rencontres qui ont suivi, il a notamment ajouté deux blanchissages à son dossier, en plus de limiter quatre adversaires à un but seulement.
Les Saguenéens ont peut-être freiné sa lancée en le battant à quatre reprises dans un gain de 4-2, mais rien pour le déconcentrer.
« Quand j’ai du plaisir, peu importe la situation dans laquelle tu me mets, je suis capable de faire des arrêts. »





