Un deuxième but victorieux de sa capitaine, une prestation pratiquement sans failles de sa gardienne et une employée de soutien qui saisit sa chance : la Victoire de Montréal n’a pas raté l’occasion d’accéder à la finale de la Coupe Walter pour la première fois de son histoire.
En battant le Frost du Minnesota 2-1, mardi soir à la Place Bell, grâce à un but de Marie-Philip inscrit en supériorité numérique en début de troisième période, la Victoire est en effet sortie grande gagnante du cinquième et dernier match de la très chaudement disputée série demi-finale de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) entre les deux clubs.
La Victoire a maintenant rendez-vous en finale avec la Charge d’Ottawa, qui a éliminé la Fleet de Boston en quatre rencontres dans l’autre demi-finale. Cette même Charge avait d’ailleurs battu la Victoire en quatre parties au premier tour des séries le printemps dernier.
Un triomphe particulièrement heureux et salvateur pour une organisation qui avait mordu la poussière dès la première ronde à ses deux premières participations aux séries de sa courte existence. Un triomphe qui s’inscrit également dans un contexte extrêmement particulier, étant donné que cette cinquième rencontre devait originalement être présentée la veille, mais avait été remise à cause « d’enjeu liés à la sécurité des joueuses découlant d’une maladie ».
« Il s’agit sans aucun doute de la plus grande victoire de l’histoire de cette équipe, a affirmé l’entraîneuse-chef Kori Cheverie, dont l’avenir aurait pu paraître incertain si la Victoire avait encore subi une exclusion précoce. Ç’a finalement pris trois ans pour se rendre jusque-là! »
« Nous n’avions évidemment aucun contrôle sur cette situation. Cela dit, les joueuses ont été résilientes et ont démontré énormément de caractère. Les filles ont été de tous les combats, surtout lors des deux dernières minutes de jeu qui paraissaient interminables. »
« Ça fait du bien, a lâché Poulin, qui avait aussi inscrit le but gagnant en troisième prolongation du deuxième match de la série joué mardi soir dernier. Nous travaillons tellement fort pour vivre ces moments-là. Mais le travail est encore très loin d’être terminé. »
Poulin a fait secouer les cordages à 3:06 en troisième, lors de la seule supériorité numérique de la Victoire de la rencontre, après avoir accepté une passe savante de sa coéquipière Erin Ambrose, qu’elle côtoie depuis longtemps au sein de l’équipe canadienne.
« Nous savions que chaque supériorité numérique ou encore chaque infériorité numérique était susceptible d’influencer le résultat de la partie, a expliqué Poulin. Erin est une fille en contrôle de ses émotions, toujours calme, je ne suis pas surprise de la passe qu’elle m’a faite. C’est une véritable guerrière. Nous sommes vraiment très chanceuses de l’avoir ici. »
L’attaquante s’est également faite complice du premier but du match marqué par Catherine Dubois à 12:18 en première période, après avoir remporté une mise en jeu en territoire adversaire. Ballottée d’un trio à l’autre cette saison, Dubois s’est démarquée aux côtés de Poulin et Laura Stacey en comptant son premier des séries à l’aide d’un lancer frappé vif.
Mais peut-être plus important encore, son but a complètement changé l’allure de la rencontre qui était jusque-là totalement à l’avantage du Frost. Pour preuve, à mi-chemin en première période, Minnesota dominait à un certain moment 9-1 au chapitre des lancers.
« C’était une magnifique opportunité de jouer avec deux joueuses incroyables, a avoué Dubois. Je me suis concentrée à jouer ma “game”, c’est-à-dire leur créer de l’espace sur la patinoire. C’est spécial de marquer un but comme celui-là. J’ai gardé les choses simples. »
La Victoire est ensuite passée bien près de doubler son avance en début de deuxième, mais Hayley Scamura et Dara Greig ont complètement bousillé une descente à deux contre zéro qui se dessinait, puis Stacey a été frustrée par Maddie Rooney après avoir réussi à se présenter pratiquement seule devant la portière du Frost à une vitesse complètement folle.
À la suite de ces deux occasions ratées, Élizabeth Giguère a obtenu une chance en or de créer l’égalité, mais a été frustrée par Desbiens, qui a glissé sur le côté en relevant les jambières, une manœuvre spectaculaire, mais aussi risquée en pareilles circonstances.
« J’ai eu une bulle au cerveau, mais ç’a heureusement fonctionné, a lancé Desbiens en riant. Quand tu ne réfléchis pas, c’est souvent là que tu réussis les plus beaux jeux. Mais en toute transparence, je ne pense pas retenter cette manœuvre de sitôt pendant un match. »
Le Frost est ultimement parvenu à ses fins peu de temps après, alors que Britta Curl-Salemme a orchestré un superbe échange de rondelle avec Abby Hustler qui a ensuite mené au but de Samantha Cogan. Mais c’est tout ce que Desbiens a donné à ses rivales.
Il faut dire que ses coéquipières devant elle ont limité au possible les chances de marquer par la suite. Elles se sont notamment démarquées en infériorité numérique à la fin du deuxième engagement en empêchant les joueuses du Frost de décocher le moindre lancer.
« Je savais que je pouvais compter sur toutes les joueuses. Tout le monde a travaillé fort, a analysé Desbiens. Tout le monde met l’épaule à la roue, donc tout le monde sait qu’il n’y a aucun besoin de sauver les matchs. Nous comptons sur un groupe extrêmement résilient. »
« Quand tu regardes les coéquipières autour de toi, ça rend les choses tellement faciles, a ajouté Poulin. Quand tu te sens moins bien, tu sais que les autres vont t’aider à te relever. »
Les joueuses de la Victoire n’auront pas nécessairement la chance de se reposer bien longtemps avant le début de la finale, puisqu’elle se mettra en branle dès jeudi, à la Place Bell (19 h à RDS). La Victoire a gagné trois des quatre duels qu’elle a livrés contre la Charge cette saison.
La Victoire aurait par ailleurs pu choisir d’affronter la Charge au premier tour des séries après avoir terminé au premier rang du classement général, mais avait préféré se mesurer au Frost qui avait pourtant devancé la formation ottavienne par six points au classement.
« Nous savions que peu importe l’équipe, ça serait un défi, a conclu Cheverie. Nous devrons être prêtes à affronter une équipe rapide qui bouge la rondelle rapidement. Nous devrons être à la recherche de solutions, mais c’est ce que nous venons de faire contre le Frost. »




