TABLEAU DES MÉDAILLES| SECTION SPÉCIALE| HORAIRE DE DIFFUSION
Et vous savez quoi? J’oserais avancer que le fait d’avoir eu besoin de niveler les chances en fin de troisième période pour ensuite gagner en prolongation est la meilleure chose qui pouvait arriver à Jon Cooper et ses joueurs. Car la peur d’être renvoyés bredouilles à la maison, la peur de rentrer des JO couverts de la honte d’avoir été évincés avant même le début de la ronde des médailles, raffermira le besoin, voire la nécessité, d’avoir une médaille d’or sur la poitrine.
Nos Canadiens n’ont pas pris les Tchèques à la légère. Du moins je ne crois pas.
Ce sont bien davantage les Tchèques qui ont surpris nos Canadiens en jouant du hockey inspiré; du hockey désespéré. Le genre de hockey dont ils avaient besoin pour au moins tenter de réaliser un exploit aussi improbable que la victoire de leurs compatriotes en 1998 aux Jeux de Nagano. La Tchéquie et leurs partisans ont eu droit à une performance aussi sensationnelle que nécessaire de leur gardien Lukas Dostal. Avec ses 37 arrêts sur les 41 tirs du Canada, avec ses efforts récompensés par un poteau frappé par Nick Suzuki, Dostal a rappelé les performances de Dominik Hasek qui avait éliminé le Canada en demi-finale avant de propulser son pays natal jusqu’à la première marche du podium.
Bon! Dostal et ses compatriotes ont également profité du fait que les officiels n’ont jamais réalisé qu’ils étaient six patineurs sur la glace et totalement impliqués dans le jeu lorsqu’Ondrej Palat a donné les devants 3-2 à son pays avec moins de huit minutes à faire au dernier tiers.
Mais ça fait partie des aléas du sport.
Surtout que ni Jordan Binnington, l’un ou l’autre de ses coéquipiers, pas plus que Jon Cooper, ses adjoints, les soigneurs et préposés à l’équipement, ou même les spectateurs médusés dans les gradins n’ont levé les bras au ciel pour souligner l’omission des officiels.
Le but de Suzuki, les deux arrêts de Binnington
Le nez rivé sur une défaite qui allait leur donner un œil au beurre noir pour l’éternité, les joueurs du Canada ont ensuite prouvé pourquoi ils forment l’une des meilleures équipes de l’histoire du Canada. Pourquoi cette équipe était, et est toujours, favorite pour gagner l’or dimanche prochain.
Nick Suzuki, gardé au sein de la formation malgré le retour au jeu de Brad Marchand, a rempli un rôle plus important après la perte de Sidney Crosby blessé en fin de période médiane. Victime du troisième but des Tchèques, victime aussi d’un tir qui a frappé le poteau après avoir dégainé en direction d’une cage déserte – l’angle est fermé, mais le capitaine du Canadien aurait marqué neuf fois sur dix séquences similaires – Suzuki a effacé tout ça en faisant dévier un tir – hors cible – derrière Dostal.
Du coup, Suzuki a confirmé sa place au sein de l’attaque du Canada. L’attaque la plus redoutable de l’histoire. Pardonnez ici un brin d’excès de patriotisme...
Jordan Binnington a ensuite tué dans l’œuf toute possibilité de critique à son endroit; toute remise en question de sa sélection au sein de la formation et de la décision de lui donner le filet.
Son arrêt aux dépens de Martin Necas qui a profité d’une échappée après qu’il eut bloqué un tir à sa ligne bleue a permis au Canada d’éviter le pire.
Binnington s’est aussi imposé en prolongation en stoppant un tir de l’enclave du défenseur Radim Simek venu appuyer l’attaque.
Sans le premier arrêt, le Canada n’aurait pas eu la chance de se rendre en prolongation. Sans le deuxième arrêt, Mitch Marner n’aurait jamais eu la chance de percer la défensive tchèque pour propulser le Canada vers la victoire.
Ça vous rappelle quelque chose?
Bien sûr que je fais ici référence aux arrêts réalisés par ce même Jordan Binnington, en prolongation, lors de la finale de la Confrontation des 4 Nations il y a un an à Boston. Ces arrêts, aux dépens de Brady Tkachuk et Auston Matthews, avaient ensuite permis à Connor McDavid de marquer le but le plus important de sa carrière… avant celui ou ceux qu’il marquera peut-être lors des matchs de demi-finale ou de médaille d’or dimanche.
Binnington n’est pas le seul responsable de la victoire arrachée des mains de la Tchéquie. Mais deux de ses 21 arrêts balaient les doutes à son endroit. Ces deux arrêts qu’il se devait absolument de réaliser remettent aussi en perspective l’efficacité de 87,5 % associée à sa performance de mercredi.
Comme quoi les statistiques ne disent pas toujours la vérité, juste la vérité, toute la vérité.
Arttur-rit, la Suisse pleure
Aussi flamboyant soit l’exploit réalisé par le Canada aux dépens de la Tchéquie, celui de la Finlande aux dépens de la Suisse l’est plus encore.
Tirant de l’arrière 0-2 en milieu de troisième période, les Finlandais ont comblé le recul avant de gagner en prolongation au terme d’une poussée d’Artturi Lehkonen.
Ce but a fait lancer à Luc Bellemare, mon collègue et ami animateur de l’Antichambre avec qui je regardais le match : Arttur-rit, la Suisse pleure!
Ce qui résume à merveille la fin de ce duel.
Si la remontée du Canada aux dépens de la Tchéquie peut certainement servir de tremplin vers la gloire d’une médaille d’or, la remontée des Finlandais peut tout aussi servir de tremplin vers une surprise aux dépens du Canada.
Avec la victoire américaine en prolongation sur la Suède, les États-Unis seront opposés à Juraj Slafkovsky et la Slovaquie dans le carré d’as.
Mais peu importe l’adversaire, avec ce que Nick Suzuki, Jordan Binnington et l’équipe canadienne au grand complet ont vécu mercredi après-midi, il est permis de croire – et même d’en être convaincu – que le Canada saura prendre les moyens pour éviter les pièges qui les séparent de la plus haute marche du podium.





