MONTRÉAL – Le plan a longtemps semblé écrit dans le ciel pour Maxime Crépeau. Première étape : manger son pain noir derrière le vétéran Milan Borjan jusqu’à la conclusion de la Coupe du monde 2022. Deuxième étape : prendre la relève et protéger le filet canadien pendant le cycle qui mènerait au grand rendez-vous nord-américain de 2026.
La première partie du plan a été respectée à merveille. Entre 2016 et 2022, Crépeau a passé 31 matchs sur le banc en support au vétéran Borjan, en qui l’ancien sélectionneur John Herdman vouait une loyauté sans borne. Pire, une grave blessure à une jambe l’a empêché d’aller remplir son rôle d’auxiliaire au Qatar.
Borjan s’est accroché pendant une autre année avant d’être mis sur la voie d’évitement. Quand son tour est finalement venu de prendre le relais, Crépeau a vite reçu le message que son passé de bon soldat ne lui offrirait aucune garantie. Pour son premier match à la barre de l’équipe canadienne, contre les Pays-Bas, Jesse Marsch a envoyé le jeune Dayne St. Clair entre les poteaux.
Crépeau a joué le match suivant, un nul de 0-0 contre la France. C’est aussi lui qui a été envoyé en mission pour le tournoi de la Copa América, où le Canada s’est incliné en demi-finale contre l’Argentine. Mais St. Clair a repris l’ascendant par la suite. Il a obtenu quatre départs en Ligue des nations et débuté trois des quatre matchs de l’équipe à la Gold Cup.
Pour la série de deux matchs contre l’Ukraine et la Côte d’Ivoire, en juin, chaque gardien a obtenu un départ. Même chose dans un programme double contre la Roumanie et le Pays de Galles le mois dernier. Des 23 matchs du Canada sous le règne de Marsch, St. Clair en a joué douze, Crépeau onze.
| Les gardiens sous Jesse Marsch | Fiche (V-D-N) | Buts concédés | Blanchissages |
|---|---|---|---|
| Dayne St. Clair | 5-5-2 | 9 | 6 |
| Maxime Crépeau | 7-2-2 | 9 | 4 |
Mais si le Québécois se croit victime d’une injustice, il le cache bien.
« Franchement, je pense que ça démontre [la dynamique au sein de] notre équipe en ce moment, observait-il après l’entraînement de mardi au Centre Nutrilait. On a beaucoup de profondeur à toutes les positions et rien dans la vie ne va t’être donné. C’est quelque chose de majeur qui nous attend l’été prochain. La compétition est bonne, les relations sont excellentes aussi, alors ce n’est que du positif pour notre équipe. Pour ma part, il n’y a jamais rien qui va être acquis dans la vie. Il faut travailler pour. »
Après la Gold Cup, Marsch a applaudi le travail de St. Clair et s’est porté à sa défense devant les critiques extérieures, le décrivant comme « le meilleur gardien de la MLS cette saison ». St. Clair a effectivement l’avantage d’être un titulaire indiscutable et d’obtenir des résultats étincelants avec le Minnesota United FC. En 29 matchs, il a enregistré dix jeux blancs. Il a aussi été invité au Match des étoiles de la MLS.
Crépeau, quant à lui, a perdu le poste de numéro un à Portland, où il partage depuis deux ans le filet avec James Pantemis. Marsch a toutefois reconnu que sa maturité et son expérience en faisait un atout d’une grande valeur à ses yeux.
« Je parlais à mes adjoints et on se disait que nos deux gardiens continuent d’offrir des performances de très haut niveau et qu’ils ne font rien pour faciliter notre décision », reconnaissait Marsch la semaine dernière.
On ignore à quel moment l’entraîneur a l’intention de désigner son homme de confiance, mais « franchement, ça ne fait pas une si grosse différence que ça, assure Crépeau. On doit travailler quand même, hein? C’est pas à cause que quelqu’un peut avoir un poste un peu plus garanti qu’il faut arrêter de travailler. Donc mon rôle ne change pas dans l’équipe. Que je joue ou que je ne joue pas, je connais ma valeur au sein de l’équipe, auprès de nos joueurs. »
Jeudi, Marsch a levé le voile sur le mandat qu’il confiera à chacun de ses portiers dans les prochains jours. Crépeau affrontera l’Australie au Stade Saputo vendredi tandis que St. Clair se frottera à la Colombie au New Jersey mardi prochain.
Il aurait été étonnant qu’il prive Crépeau de cette opportunité. Le natif de la Rive-Sud de Montréal a évolué dans la structure de l’Impact jusqu’en 2017 avant d’aller voler de ses propres ailes à Vancouver, Los Angeles et Portland.
« On est à la maison, ça fait du bien de revenir, disait le Québécois de 31 ans en début de semaine. Juste parler français, ça fait bizarre des fois. Mais on est fiers, le stade va être plein. C’est quelque chose de particulier d’avoir l’opportunité de jouer où on a grandi, où on a été formés pour plusieurs d’entre nous. Ça va être quelque chose de plaisant. »





