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Piette se voit encore à Montréal pour longtemps

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BRADENTON, Floride – Ils devaient être huit, peut-être un peu plus, joueurs du CF Montréal attablés à l’un des restaurants de la zone réglementée – États-Unis de l’aéroport Montréal-Trudeau. Des vétérans, mais aussi quelques nouveaux venus en attente de leur vol vers la côte ouest de la Floride en vue de la deuxième portion du camp d’entraînement de l’équipe.

Pendant que ces athlètes affamés patientaient et papotaient, Samuel Piette les aperçoit et fait un léger détour pour les saluer. Souriant comme toujours, des éclats de rire émane rapidement. Chaque nouvelle saison amène davantage de sacrifices et de renoncements pour le capitaine, mais jamais il n’aurait souhaité être ailleurs en ce mardi matin de février.

À 31 ans, Piette s’apprête à disputer sa 10e campagne avec l’organisation montréalaise, anniversaire auquel il n’aurait pas osé rêver au moment où il a décidé de rentrer au bercail à l’été 2017, après des passages en France ainsi qu’en Allemagne. Dix années qui sont passées à la vitesse de l’éclair et dont le milieu défensif ne garde que de précieux souvenirs.

« Ça m’a fait un petit choc de me dire que c’était ma 10e année. Je me suis dit : “wow, 10 ans déjà” », a mentionné Piette en entrevue à RDS.ca au cours d’un généreux entretien de plus d’une vingtaine de minutes la semaine dernière en marge du camp du club en Floride. »

« Je ne sais pas qui est le joueur qui a la plus longue tenue avec le Club, mais 10 ans, ça fait quand même pas mal de temps, a-t-il enchaîné. Ç’a passé vite, c’est certain. Il y a eu des hauts et des bas. Beaucoup de changements d’entraîneurs, de changements de visages… »

Vérification faite, Piette est le joueur qui a disputé le plus de matchs (210) avec l’équipe en Major League Soccer (MLS), mais il est encore très loin des 344 rencontres de Mauro Biello avec l’Impact de 1993 à 2009, alors que le Club évoluait en American Professional Soccer League (APSL), en A-League ou bien en première division de l’United Soccer Leagues (USL).

« Quand je suis arrivé à Montréal, j’étais convaincu que je n’allais pas durer dans le temps, a-t-il avoué. J’avais signé un contrat de deux ans et demi et je ne gagnais pas un gros salaire. Je ne pensais pas être partant immédiatement et sans nécessairement devenir un joueur de profondeur, je voyais tout cela comme une superbe occasion de revenir jouer à la maison. »

« J’avais l’intention de donner le maximum et de voir comment les choses fonctionneraient, a-t-il ajouté. Je m’étais dit que je me trouverais autre chose si jamais cela ne marchait pas. »

Mais la magie a opéré dès son premier match le 12 août 2017. Après avoir réussi six tacles et bloqué deux tirs dans une victoire contre l’Union de Philadelphie, il a été nommé sur la première équipe de la semaine dans la MLS et n’a plus jamais regardé derrière par la suite.

Après ce premier contrat de deux ans et demi en sont venus un deuxième, un troisième et finalement, un quatrième. Pour le moment, l’athlète originaire de Repentigny est lié au CF Montréal jusqu’à la conclusion de la saison 2027 avec une option pour la campagne 2028.

Un exploit d’autant plus remarquable, étant donné que Piette a continuellement eu à faire ses preuves auprès d’entraîneurs-chefs qui se succédaient à un rythme que même les partis politiques qui enchaînent les défaites électorales trouveraient certainement exagéré.

Marco Donadel est d’ailleurs son huitième entraîneur-chef à Montréal, après Biello, Rémi Garde, Wílmer Cabrera, Thierry Henry, Wilfried Nancy, Hernán Losada et Laurent Courtois.

« Ce qui me rend le plus fier, après toutes ces années, c’est que je ne suis pas uniquement un visage ou un numéro, a mentionné Piette au sujet de sa longévité. On ne me garde pas par pitié parce que je suis un Québécois, que je m’exprime bien ou que je suis beau (rires).

« Ce qui m’a aidé et ce qui m’aide encore beaucoup, c’est ma capacité d’adaptation. J’ai l’impression que chaque fois, j’ai été capable de m’adapter à ce que l’entraîneur en place voulait. J’ai été chaque fois en mesure de me trouver une place ainsi qu’une certaine utilité.

« Thierry Henry me voulait comme numéro huit sur le terrain et non comme numéro six. J’aurais très bien pu ne pas être capable de m’adapter. Ou simplement ne pas le vouloir...

« Et au final, j’aurais fini par ne pas jouer, par être mis de côté. L’année d’après, quand le temps de signer un nouveau contrat serait arrivé, tout le monde aurait dit : “Sam a moins joué. Il n’a pas voulu s’adapter et ç’a été compliqué. Voulons-nous le garder avec nous?” »

Avec le poids des années, Piette a aussi changé radicalement son approche, ce qui de son propre avis, lui permet de durer. Il se démène encore à l’entraînement en courant de toutes ses forces pour aller récupérer un ballon envoyé un peu trop loin, mais ne se ronge plus les sangs après avoir commis une erreur ou avoir joué une rencontre qui n’était pas à son goût.

« Je suis encore engagé envers l’équipe à 100 pour cent, mais d’une manière différente par rapport à mes débuts, a-t-il indiqué. Je me mettais alors peut-être un peu plus de pression. J’étais vraiment dans la performance. Je voulais bien faire et plaire à un peu tout le monde.

« Avec le recul, l’âge, l’expérience et la maturité, c’est juste différent. Quand tu as un ou des enfants, tu te mets moins de pression. Quand j’ai un bon match, j’en profite, mais je sais aussi qu’il y en a un autre qui s’en vient. Quand j’ai un moins bon match, je me dis que j’en avais peut-être juste une mauvaise dans le système et que ce sont des choses qui arrivent.

« Avant, quand j’avais un mauvais match, je le regardais deux ou trois fois. Je me demandais ce que je pouvais faire de différent. Maintenant, je regarde le match une fois, je pose des questions au personnel d’entraîneurs et je tourne la page. Je me mets beaucoup moins de pression. Cette manière de voir les choses fait en sorte que je profite de la vie un peu plus. »

Cette vie professionnelle, dont Piette voit apparaître tranquillement le crépuscule, lui procure toujours autant de plaisir et c’est pourquoi il pense déjà à sa suite. À vrai dire, il se voit dans le maillot bleu-blanc-noir pour encore longtemps, peut-être même pour toujours.

« Mon but, c’est d’avoir un nouveau contrat après celui-là, a conclu le Québécois. Mon but, c’est de finir ma carrière à Montréal. Pas à 32 ou 33 ans, mais à 35 ou 37 ans et peut-être même plus loin encore. Je ne sais pas quand ça va se terminer, mais je veux que ça se termine le plus loin possible. Parce que je chéris chacun des moments avec ce groupe-là. »