PARIS, France - La dotation de Wimbledon a augmenté de 20%, mais cela ne suffit pas aux stars du tennis mondial : les meilleurs joueurs des circuits ATP et WTA ont durci le boycott médiatique inauguré à Roland-Garros pour réclamer une part plus importante des revenus générés par les tournois du Grand Chelem.
Après avoir raccourci leurs obligations médiatiques d’avant-tournoi à quinze minutes à Roland-Garros, la plupart des membres du top-10 mondial ont annoncé mercredi soir qu’ils étendraient ce mouvement à toute la première semaine de Wimbledon, troisième levée du Grand Chelem qui débutera lundi et s’achèvera le dimanche 12 juillet.
Une mesure qui affectera surtout les détenteurs de droits télé, dans la mesure où les conférences de presse d’avant-tournoi ou d’après-match des principales figures du tennis mondial durent rarement plus de dix minutes.
À Paris, les joueurs impliqués dans ce mouvement de fronde lancé en mars 2025 – dont les no 1 mondiaux Aryna Sabalenka et Jannik Sinner – avaient limité leurs conférences de presse à dix minutes, et ensuite alimenté le signal TV international pendant environ cinq minutes.
Mais certains joueurs théoriquement impliqués dans la fronde avaient rompu les rangs, comme la future lauréate de Roland-Garros Mirra Andreeva qui avait largement excédé le délai imparti de quinze minutes – un chiffre qui fait référence aux quelque 15% de revenus des tournois majeurs que les joueurs perçoivent actuellement, et qu’ils aimeraient porter à 22% d’ici 2030.
« Nous sommes surpris et déçus par cette action », ont réagi mercredi soir les organisateurs de Wimbledon auprès de l’agence britannique Press Association.
Le tournoi sur gazon « place les joueurs au centre de toutes [ses] décisions » et investit « considérablement pour eux chaque année », par exemple en dépensant « des centaines de millions de livres » pour améliorer les infrastructures qui leur sont destinées, a soutenu un porte-parole de l’All England Club.
L’extension à Wimbledon du boycott médiatique inauguré à Paris est une petite surprise, l’élite du tennis mondial ayant accueilli plutôt favorablement l’augmentation de 20% sur un an du « prize money » du tournoi londonien annoncée le 11 juin.
Un boycott complet « en dernier recours »
Dans un communiqué publié par leurs représentants (des agents de joueurs et l’ancien patron de la WTA Larry Scott notamment), ils avaient salué un « pas en avant sincère et significatif » de la part de l’organisation du Grand Chelem britannique, qui versera plus de quatre millions d’euros aux vainqueurs des tableaux de simple, et environ 93 000 euros aux joueurs battus au premier tour.
Le ton était nettement plus froid en mai à l’égard des organisateurs de Roland-Garros, où l’augmentation de 9,5% sur un an de la dotation globale avait suscité une « profonde déception » des joueurs impliqués dans le mouvement.
Mais les stars du circuit ont estimé que certaines de leurs revendications « structurelles » n’avaient pas été exaucées par Wimbledon.
La vingtaine de joueurs et joueuses mobilisés – dont l’ex-no 1 mondial Novak Djokovic ne fait plus partie – réclament notamment que les Internationaux d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open les associent plus étroitement aux décisions les concernant, et qu’ils investissent dans leur « bien-être » (santé, retraite, maternité...).
Brandie en mai par Aryna Sabalenka, l’hypothèse d’un boycott des tournois majeurs par les meilleurs joueurs mondiaux reste néanmoins improbable.
« Je ne pense pas qu’on soit proches d’un boycott » de ce genre, glissait en mai à l’AFP une source proche des joueurs. « Je ne dis pas que ça n’arrivera jamais, mais ce serait plutôt en dernier recours », ajoutait-elle, soulignant les sensibilités différentes d’un joueur à l’autre quant aux mesures de protestation les plus indiquées.
« Personne n’a vraiment intérêt à ce qu’il n’y ait pas d’accord », soulignait en mai l’économiste Christophe Lepetit auprès de l’AFP.
« Les joueurs n’y ont pas intérêt parce que les Grand Chelem leur servent énormément dans leur capacité à monnayer leur talent auprès d’annonceurs [...] Et les organisateurs de Grand Chelem n’ont pas intérêt [...] à se retrouver avec des boycotts de tout ou partie des joueurs », insistait le directeur des études économiques du Centre de droit et d’économie du sport (CDES).
À Paris, la fronde s’était rapidement apaisée après une réunion entre les organisateurs de Roland-Garros et des représentants de joueurs, jugée constructive par les deux parties.






