MONTRÉAL – Deux mois jour pour jour après la transaction qui l’a rapatrié à Montréal après un exil de plus de quatre ans à Los Angeles, Phillip Danault est officiellement de retour à la maison.
Aux sens propre et figuré.
« Je me suis senti chez moi dès mon retour dans le vestiaire du Canadien. Mais là, j’ai aussi un vrai chez-moi alors que ma femme et moi avons profité de la pause olympique pour installer la famille dans notre nouvelle maison », raconte Phillip Danault après l’entraînement du Canadien.
Au lieu d’aller plonger les mains dans le sable et de construire des châteaux avec ses enfants, Danault a plongé les mains au fond de plusieurs boîtes, de beaucoup de boîtes, de trop de boîtes…
« Il y en a partout. Mais la vie normale peut reprendre. On est dans nos affaires, les enfants sont inscrits à l’école et je pourrai me concentrer sur le reste de la saison à partir de la semaine prochaine. »
En plus de retrouver le plaisir de rejoindre sa famille à la maison, Danault a retrouvé le plaisir de retrouver ses coéquipiers dans le vestiaire du Canadien. Le plaisir de sauter sur la patinoire. Le plaisir de suer sang et eau pour contribuer aux succès de son équipe. Le genre de plaisir qui a toujours été le moteur dont Danault a besoin pour maintenir le rythme de plus en plus rapide imposé par des coéquipiers qui sont de plus en plus jeunes.
Un plaisir qui s’est étiolé en début de saison à Los Angeles au point où le moteur qui a toujours fait avancer le vétéran joueur de centre s’est mis à avoir des ratés… avant de s’éteindre complètement.
Danault attendait un survoltage alors qu’il était sur la ligne de touche avec les Kings. Un survoltage qui est venu du Canadien alors que Kent Hughes a accepté de céder un choix de deuxième ronde l’été prochain pour l’intégrer à sa jeune formation.
Fausse la rumeur qu’il a été chassé
Lorsqu’il est devenu clair que l’avenir de Danault avec les Kings était en péril, des rumeurs émanant de Los Angeles laissaient entendre qu’il avait été mis à l’écart par ses coéquipiers.
« C’est totalement faux, a répliqué le principal intéressé visiblement froissé par une telle allégation. J’étais très uni avec les boys là-bas comme je l’ai toujours été ici et que le suis encore depuis mon retour. Je suis un gars d’équipe. Je veux contribuer aux succès de l’équipe », tranche Danault avec fermeté.
Alors que s’est-il passé pour que le centre qui a comblé l’ancien directeur général Rob Blake après qu’il l’eut attiré à Los Angeles avec un contrat de six ans d’une valeur de 33 millions $ – 5,5 millions de moyenne annuelle sous le plafond – soit rétrogradé au sein de la formation avant d’en être écarté?
Danault réfléchit. Cole Caufield et Arber Xhekaj qui viennent de sortir de la patinoire se glissent derrière lui en riant pour s’emparer de quelques bouteilles de boissons énergisantes. Une fois la tempête passée, le vétéran lance bien sagement qu’il ne veut pas faire de vague. Qu’il garde et gardera toujours de très bons souvenirs de son séjour à Los Angeles. Qu’il est reconnaissant à l’égard de l’organisation des Kings de lui avoir permis de hisser sa carrière à un autre niveau au fil de ses quatre premières saisons là-bas.
Tout ça est bien beau. Mais pourquoi la cinquième s’est amorcée aussi mal pour qu’il ne soit pas en mesure de la compléter?
« Mon utilisation a changé. Je n’avais plus les mandats qui me poussent à me dépasser pour le bien de l’équipe et c’est tout que je vais dire là-dessus », qu’il a lancé.
Fidèle second d’Anze Kopitar après son acquisition avec les Kings en 2021, Danault s’est retrouvé dans une bizarre de position cette année alors que l’organisation a dû combler un grand vide à combler au centre du premier trio.
À 38 ans, à sa vingtième et dernière saison dans la LNH, Anze Kopitar ne pouvait plus vraiment remplir le rôle de pierre d’assise de l’attaque des Kings.
Quinton Byfield a obtenu mille et une occasions de lui succéder. Sans grand succès. En fait, sans succès tout court!
Alex Laferrière n’est pas un candidat à ce poste pas plus qu’Alex Turcotte, ce choix de première ronde (cinquième sélection) en 2019, qui représente une très grosse déception jusqu’ici en carrière.
Bon! Personne, pas même le principal intéressé, ne pourrait prétendre que Danault aurait pu remplir le rôle de premier centre avec les Kings.
Mais quand on regarde l’évolution de son utilisation au fil des 30 matchs qu’il a disputés avec les Kings, il est clair que Danault s’est retrouvé prisonnier des expériences effectuées avec les jeunes et du respect tout ce qu’il a de plus normal offert à Anze Kopitar dans le cadre de sa dernière tournée autour de la LNH.
La confiance de Martin St-Louis
Le fait qu’il ait vu son temps d’utilisation fondre graduellement sous le soleil de la Californie, le fait qu’il disputait moins de mises en jeu importantes, qu’il recevait moins de défis défensifs à relever, démontre que Danault ne figurait plus, ou beaucoup moins, dans les plans de l’entraîneur-chef Jim Hiller que dans ceux de son ancien patron Todd McLellan à qui il a succédé en février 2024.
Phillip Danault refuse d’ouvrir son jeu quant à ses relations avec son ancien entraîneur-chef des Kings.
Mais quand son visage s’illumine lorsqu’il parle de la confiance que lui démontre Martin St-Louis depuis son arrivée avec le Canadien, on comprend rapidement et facilement ce qui n’allait plus pour le Québécois à Los Angeles.
« Comme tous les joueurs de hockey, je connais mes forces et je suis conscient de mes lacunes. Je veux donc pouvoir mettre mes forces au service de mes coéquipiers et de mon équipe. Je veux être impliqué et c’est exactement ce que Martin m’offre depuis que je suis ici. Les mises en jeu importantes, les défis défensifs, le leadership, je peux donner tout ça et j’ai maintenant la chance de le faire », convient Danault.
Le vétéran joueur de centre est d’ailleurs très fier de ce qu’il accomplit depuis son arrivée.
En plus d’être très efficace aux cercles des mises en jeu (58,3 %) et d’avoir disputé plus du quart des mises en jeu du Tricolore depuis son premier match le 23 décembre dernier – 319 des 1189 mises en jeu, ou 26,8 % – Danault s’est amélioré dans toutes les autres facettes du jeu.
Limité à cinq passes en 30 matchs à Los Angeles, il revendique trois buts et neuf points en 21 rencontres avec le Tricolore. Il a déjà bloqué sept tirs de plus (18-11) qu’à Los Angeles et s’est rendu coupable de 10 revirements de moins (25 avec les Kings, 15 avec le Canadien).
« Des gars comme moi, comme Gally (Brendan Gallagher) ou comme Josh (Anderson) qui complète notre trio, on a besoin d’avoir des mandats à remplir pour performer. Tu as besoin de savoir que ton coach et ton équipe comptent sur toi. Et le reste suit. Je sais que je peux gagner des face-offs et c’est le fun parce que c’est important. En même temps, c’est essentiel de contribuer aussi à l’attaque pour t’aider à rester au sommet de ta confiance. Gally et moi avançons en âge. On n’est plus aussi productifs à l’attaque. Mais on a quand même des rôles à jouer. Et quand tu as la confiance de ton coach qui te donne ces rôles à remplir, ça motive beaucoup. »
Parlant d’âge, Phillip Danault célébrera son 33e anniversaire de naissance le 24 février prochain.
Quand il rivalise avec les Lane Hutson, Cole Caufield. Ivan Demidov et autres jeunes et rapides patineurs du Canadien, quand il joue du coude dans les coins avec les Slafkovsky, Guhle, Xhekaj et Struble, sent-il le poids des années devenir de plus en plus lourd? Sent-il qu’il est sur le point d’être largué par des jeunes qui le chasseront éventuellement?
« Au contraire, ça me rend plus jeune. Ça m’oblige à en donner de plus en plus, à mieux gérer mes énergies pour les suivre. En même temps, j’ai des choses à transmettre aussi avec mon expérience. C’est un très bon complément. Je suis encore bon pour un bon bout de temps. Je me suis rendu en finale de la coupe Stanley avec le Canadien et j’ai bien l’intention de m’y rendre encore et de cette fois la gagner avec mes boys », conclut Danault dont le présent contrat viendra à échéance à la fin de la saison 2026-2027.









