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Des Îles Caïmans, au roller-hockey, à la LNH?

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Vendredi 26 juin dès 18 h 30 sur le RDS.ca et la chaîne YouTube de RDS, ne manquez pas notre émission spéciale sur la première ronde du repêchage de la LNH 2026 avec Daniel Richard, Éric Leblanc et leurs invités.

BUFFALO – Il y a de ces questions qui se doivent d’être posées à la Séance annuelle des espoirs de la LNH.

Combien d’équipes as-tu rencontrées cette semaine?

Les Penguins étaient-ils l’une d’elles? Et les Islanders? Les Flyers? Les Canadiens...

Montréal, c’était comment? T’ont-ils placé dans une situation pas possible? As-tu toi aussi dû lancer une rondelle dans une poubelle?

Et le test du Wingate, as-tu vomi après?

Jaxon Cover, comme la plupart des 90 hockeyeurs conviés à Buffalo cette année, a poliment répondu aux interrogations en majorité prévisibles des journalistes s’intéressant à son cheminement.

Puis, alors que s’achevait sa mêlée de presse, l’attaquant des Knights de London s’est fait poser LA question. L’une des seules qui ne pouvaient s’adresser qu’à lui.

« As-tu déjà essayé le lancer coup de poing? »

Si vous avez grandi dans les années 90 et que vous affectionnez le hockey, la simple évocation de cette arme redoutable vous sonne une cloche. Vous l’avez peut-être même déjà essayé. Et si c’est le cas, il y a de fortes chances que vous aviez alors les pieds dans des patins à roues alignées.

Car vous vouliez imiter Russ Tyler dans le film Mighty Ducks 2.

Dans la rue, un stationnement inoccupé ou encore un terrain de tennis vacant, vous avez placé une rondelle à la verticale à l’aide de votre bâton et vous vous êtes élancé de toutes vos forces. Le bout de caoutchouc devait alors virevolter dans tous les sens, à l’image d’une balle papillon, avant d’entrer dans le filet ou d’atteindre la cible de votre choix.

Jaxon Cover a lui aussi été Russ Tyler. Il a tenté le lancer coup de poing. Parce qu’à l’instar de la nouvelle recrue de Gordon Bombay, il jouait au roller-hockey avant de faire la transition sur glace à temps plein.

Pas le choix d’essayer.

Mais comme vous, il a vite déchanté. Le lancer coup de poing, c’était arrangé avec le gars des vues. Le même qui pourrait maintenant s’inspirer du parcours de Cover pour scénariser son prochain film.

Un joueur de roller-hockey des Îles Caïmans rêvant d’une sélection en première ou deuxième ronde du prochain repêchage de la LNH, cinq ans à peine après avoir fait ses vrais débuts sur lames, vous ne trouvez pas que ça s’apparente à un synopsis d’un conte de Disney?

C’est pourtant ce qui pourrait survenir le 26 juin. Dans la vraie vie.

***

L’archipel des Îles Caïmans, dans la mer des Caraïbes, ne compte qu’une seule patinoire. Et elle n’est pas glacée. Évidemment.

C’est sur cette surface que Cover a donné ses premières foulées sur roues à l’âge de 3 ans, à l’initiative de son père, un Canadien né à Etobicoke en banlieue de Toronto.

« J’ai fait ça pendant trois ans, puis j’ai commencé à voyager pour plusieurs tournois de roller-hockey », racontait l’attaquant de 18 ans, début juin, à la Séance d’évaluation des espoirs de la LNH à Buffalo.

Jaxon Cover Jaxon Cover, alors qu'il jouait au roller-hockey dans une division U6. (Compte Instagram @jodirae02)

« Quand j’ai commencé à jouer, j’avais 6 ans et je jouais dans les divisions U6, U10, U12, U14… J’affrontais des gars qui avaient le double de mon âge. »

Il s’y démarquait néanmoins. Par sa créativité offensive, mais aussi grâce à ses habiletés en possession de rondelle, si chères à la pratique de ce sport.

Si bien qu’en 2016, alors qu’il était âgé de 8 ans, Cover a remporté les titres de joueur par excellence dans deux catégories d’âge distinctes (U8 et U10) au North American Roller Hockey Championships (NARCh), en plus d’être sacré patineur le plus rapide chez les U10.

« J’aimais tellement jouer. J’adorais ce sport, marquer des buts. »

C’est à peu près à ce moment, durant ses visites estivales annuelles chez son grand-père paternel à Etobicoke, qu’il a sporadiquement commencé à griffer les surfaces glacées en participant à de brefs camps de hockey.

« Je faisais ça pendant une ou deux semaines. Ce n’est que quand j’ai quitté [les Îles Caïmans] pour l’école que je me suis consacré au hockey à fond et que je n’ai plus jamais regardé derrière. »

Un hors-jeu, c’est quoi?

Cover, accompagné de son frère aîné Jaedon, est débarqué en 2020 au St. Andrews College, une école préparatoire située au nord de Toronto. Les ligues de hockey étant alors encore paralysées par la pandémie de COVID, le prodige du roller-hockey n’a pu se joindre à l’équipe de l’institution immédiatement, profitant plutôt de l’aréna sur le campus pour apprivoiser sa nouvelle réalité aux côtés de futurs coéquipiers.

« Il a eu tout le temps de glace dont il avait besoin », s’est souvenu l’entraîneur-chef de St. Andrews, David Manning, en entrevue au RDS.ca.

« Il jouait sans subir la pression d’être retranché ou de devoir faire sa place dans une équipe. […] S’amuser, un peu comme sur un étang gelé, et de s’habituer à ses patins, a été une façon formidable de s’introduire au sport. »

La saison suivante, il était donc prêt pour son premier camp de sélection.

Enfin presque.

« Le plus difficile pour moi était d’apprendre les systèmes et simplement apprivoiser comment on joue, parce que le roller est un jeu complètement différent, rappelle-t-il. Il n’y a pas de hors-jeu et il n’y a pas beaucoup de règles. Sur glace, c’est un jeu où on freine et on repart en direction inverse constamment, sans compter que c’est physique. »

Cover a aussi dû s’habituer à partager la rondelle, les montées de bout en bout de la patinoire, sa spécialité dans les Tropiques, n’étant pas recommandées dans le Grand Nord.

Son potentiel, néanmoins, était des plus apparent.

« C’était évident qu’il avait un bon sens du hockey offensif, il savait instinctivement où se placer, expose Manning. Et ses habiletés techniques avec la rondelle étaient vraiment excellentes pour un jeune qui n’avait qu’un vécu au roller-hockey.

« Dès le départ, il rivalisait avec nos meilleurs joueurs évoluant au niveau AAA. L’intensité et la rapidité en milieu de patinoire lui causaient des difficultés, mais autour du filet et profondément en zone adverse, où la couverture était serrée, il avait déjà le talent pour se démarquer et fabriquer des chances de marquer. »

Jaxon Cover Jaxon Cover, à l'époque où il jouait pour St. Andrews College. (St. Andrews College)

L’éclosion n’a pas tardé. À sa deuxième saison complète avec la formation U16 de St. Andrews – alors qu’il jouait aussi en parallèle dans le hockey mineur ontarien – Cover a amassé 18 buts et 41 points en 17 rencontres. Un rendement qui lui a valu une sélection au 4e tour du repêchage de l’OHL, par les réputés Knights de London.

« C’est quand les Knights m’ont offert cette chance que j’ai réellement commencé à croire que je pourrais faire quelque chose de tout ça », a confié l’ailier droit de 6 pi 1 po et 193 lb.

À la conclusion de la campagne suivante, Cover a été rappelé par les Knights, jouant ses trois premières rencontres et mettant la table à sa première saison d’apprentissage complète sous le mentorat des frères Mark et Dale Hunter.

« Ils ont fait de moi un étudiant de la game et m’ont aidé à comprendre mon rôle, notamment en zone défensive. J’ai encore des améliorations à faire dans mon territoire, mais je dois leur donner le crédit de ma progression cette saison. »

Cover a conclu celle-ci avec un rendement de 20 buts et 52 points en 67 rencontres, avant d’ajouter deux buts et une mention d’aide en cinq rencontres éliminatoires. Une production qui a éveillé l’intérêt des éclaireurs de la LNH et ceux de la Centrale de recrutement, qui le considère comme le 29e meilleur espoir évoluant en Amérique du Nord.

Le meilleur de Jaxon Cover Montage des meilleurs moments de la saison 2025-26 de l'espoir au repêchage 2026 de la LNH, Jaxon Cover

« Je suis très fier de moi, considérant d’où je suis parti et où je me retrouve aujourd’hui. Si on m’avait dit il y a deux ans que je serais [à la Séance d’évaluation des espoirs], je ne l’aurais pas cru. J’ai travaillé dur chaque jour pour m’améliorer », se félicitait-il au terme d’une semaine où il a rencontré 25 clubs de la grande ligue.

Si les recruteurs de la LNH sont certes intrigués, donc, certains n’hésitent pas à émettre leurs réserves cependant.

« C’est une boîte mystère. Il est encore très peu poli et très inexpérimenté par rapport à bon nombre des jeunes de son âge. […] Il y a du potentiel, mais il y a beaucoup de travail à faire », a noté un dépisteur consulté par les confrères d’Elite Prospects.

« J’ai l’impression de n’avoir exploité qu’une infime partie de mon potentiel », approuve l’attaquant.

C’est pourquoi il continuera de polir son jeu l’an prochain chez les Knights, puis probablement un an plus tard à l’Université Penn State dans la NCAA. Car non, il n’est pas prêt pour la LNH, mais il en prendra les moyens, promet-il.

« L’équipe qui me repêchera obtiendra un travaillant qui est bien plus que juste une bonne histoire. »