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Mikaël Kingsbury, là où il veut être et nulle part ailleurs

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TABLEAU DES MÉDAILLES| SECTION SPÉCIALE| HORAIRE DE DIFFUSION

Mikael Kingsbury en a vécu des montagnes russes d’émotions au cours de son illustre carrière qui a fait de lui le skieur acrobatique le plus décoré de tous les temps. Pourtant, rien n’arrive à la cheville de ce qu’il vit depuis dimanche, alors qu’il a remporté le premier titre de l’histoire olympique en bosses en parallèle à l’occasion de la dernière performance olympique de sa carrière.

Après quelques jours de célébrations avec ses proches, Kingsbury a finalement quitté la montagne pour se rendre à Milan où il a pris le temps d’offrir un généreux entretien à notre collègue Luc Gélinas dans un café aux abords de la Piazza del Duomo surplombée par l’une des plus belles cathédrales sur la planète.

« De finir ma carrière avec une médaille d’or, je ne pouvais pas demander un meilleur scénario. De le faire devant ma famille, mon petit garçon, et de pouvoir célébrer avec eux après, c’était vraiment spécial. Je suis juste tellement content de ce que j’ai fait en Italie à date », a expliqué Kingsbury, un café à la main.

Même si sa carrière n’est pas officiellement terminée, Kingsbury est en mesure de faire une rétrospective sur son parcours et de pleinement apprécier tout ce qu’il a pu accomplir, lui qui est classé au 1er rang mondial dans sa discipline depuis maintenant 14 ans.

« Au-delà des victoires et des performances, je suis resté la même personne. Je l’ai fait à ma manière. Ça, j’en suis vraiment fier. J’ai évité beaucoup de blessures dans ma carrière. J’ai fait l’équipe nationale, j’avais 16 ans. J’ai 33 ans, je suis encore ici, je suis encore autant performant. J’ai eu l’impression que dans ma carrière, je n’ai jamais été sur une pente descendante. On est en Italie, ça se dit bien, mais j’ai vieilli comme du bon vin. »

Un humain « normal » aurait ressenti une énorme pression avant l’épreuve de dimanche, avec la possibilité de gagner un titre olympique pour une dernière fois, Kingsbury a utilisé son expérience pour canaliser son énergie pour offrir l’un des performances les plus mémorables de sa carrière.

Quelques jours auparavant, Kingsbury s’était offert la médaille d’argent, avec un pointage identique au champion olympique Cooper Woods. Le skieur canadien ne l’a pas caché, cette défaite par une si petite marge lui a donné la petite poussée nécessaire pour viser le sommet à l’épreuve des bosses en parallèle.

« C’est ce qui m’a mis le couteau entre les dents pour aller chercher le duel. Je trouve que j’ai vraiment bien géré mes Jeux », a admis le natif de Sainte-Agathe-des-Monts.

Le « King des bosses » a avoué qu’il avait très bien dormi la veille de l’épreuve et qu’il était dans un état d’esprit idéal pour maximiser sa performance.

« J’ai pu vraiment profiter de chaque moment. Quand je suis arrivé pour la finale, d’habitude j’arrive en haut du parcours, je reste vraiment concentré sur les bosses, les sauts qui arrivent devant moi, la porte de départ. J’ai pu me lever et regarder la foule en bas quand ils ont dit mon nom et sentir le rugissement de la foule. J’ai été capable d’identifier ma famille dans la foule. On dirait que ça m’a enlevé un petit stress. Je me suis dit : ‘Tu es exactement où tu veux être. Tu as l’opportunité d’aller chercher une médaille d’or, la première de l’histoire.’ Je ne me suis pas mis de pression sur les épaules et j’ai vraiment profité du moment. J’ai poussé le plus fort que je pouvais en étant intelligent et stratégique dans ma descente et ça a fonctionné. »

Cet état d’esprit a non seulement été rendu possible par l’énorme expérience qu’il a acquise au niveau sportif, mais également au niveau personnel. La vie de père a apporté une toute nouvelle dimension à l’état d’esprit de celui qui vivait presque uniquement pour le ski depuis des décennies.

« Depuis que je suis père, je suis vraiment moins difficile avec moi-même. Ça me permet d’être un meilleur athlète. Laurence, ma conjointe, c’est la vraie ‘MVP’ des Jeux. Sans elle, je n’aurais probablement pas de médaille d’or olympique. Elle m’a permis de pouvoir continuer de pouvoir réaliser mon rêve, de dormir un peu plus et de s’occuper de notre petit gars quand je pouvais un peu moins pour m’entrainer ou compétitionner. C’est vraiment un travail d’équipe. Tu ne gagnes pas une médaille d’or tout seul. »

La pression olympique, c’est le summum pour chaque athlète, mais pour Kingsbury, qui en était à sa 4e présence sur la plus grande scène du monde, c’était simplement une étape de plus dans son parcours.

« J’essaye de ne pas trop voir les Jeux olympiques comme le sommet de la montagne. Sinon, tu arrives aux JO, ça va te donner un stress de trop en te disant que ça fait quatre ans que je pense à ce moment-là. Pour moi, c’est une autre étape, mais c’est l’étape que tout le monde veut gagner. Je n’ai jamais senti que je commençais un cycle en me disant que je me lançais dans un truc de quatre ans. J’y vais une année à la fois, surtout dans les dernières années. »

Et maintenant, qu’est-ce qui attend l’athlète de 33 ans pour la suite? Évidemment, Kingsbury a la tête pleine de projets, mais il est surtout heureux de pouvoir vivre une vie « normale » et de maximiser le temps passé avec les êtres qui lui sont chers.

« J’ai beaucoup de projets. J’ai un camp de ski, mais avec mon horaire qui était vraiment occupé au cours des dernières années, j’avais seulement le temps de faire un week-end, au Mont St-Sauveur. C’est le fun, j’ai une centaine de jeunes avec plein d’anciens de coéquipiers et athlètes qui viennent coacher ces jeunes-là. Je me souviens une des années, en quatre minutes, on a vendu les 100 places. J’aimerais ça qu’on ouvre plus de place et qu’on puisse aller un peu partout dans le monde. Oui, focaliser sur le faire au Mont Saint-Sauveur, car c’est là que tout a commencé et j’ai un support incroyable avec le groupe des Sommets. De pouvoir bouger le camp et de le faire un peu partout dans le monde, c’est un de mes projets. J’ai hâte de jouer au golf et de profiter de l’été. Juste être sur mon horaire. J’ai plein de projets qui me rendent tout autant excité que de compétitionner sur le circuit de la Coupe du monde ou aux Jeux olympiques. »

D’ailleurs, Kingsbury aura la chance de performer devant les siens, là où tout a commencé pour lui, au Mont Saint-Sauveur, à l’occasion des Championnats canadiens le 27 et 28 mars prochain dans ce qui pourrait être la dernière compétition de sa carrière.

« C’est là que je me suis entrainé en étant jeune. C’est là que mon père m’a filmé à maintes reprises pour essayer d’imiter mes skieurs favoris au monde. Je trouve ça spécial, en 2026, de pouvoir finir ma saison à la maison. »

Oui, Kingsbury a déjà fermé la porte à une présence aux Jeux olympiques de 2030, mais… est-ce qu’il reste une petite chance de le revoir? Une petite chance qu’il change d’idée d’ici là?

« Peut-être… ça se peut. Présentement, là, je ne pense pas. On va voir. C’est difficile à répondre », a répondu Kingsbury, un sourire de teinté de fierté et de satisfaction au visage.