L’échantillonnage est mince, on en conviendra tous. Mais après deux rencontres on peut déjà, et facilement à part ça, conclure que le Canadien est beaucoup plus rapide qu’il ne l’était l’an dernier.
Pas seulement sur patins alors que les Ivan Demidov, Oliver Kapanen, Zachary Bolduc, Noah Dobson et même Alexandre Carrier qui est venu en renfort autour de la mi-saison filent bien plus vite sur la glace que les Joel Armia, Christian Dvorak, David Savard et autres Michael Pezzetta qu’ils sont venus remplacer.
Mais plus rapide aussi, et surtout, en matière de prises de décisions et d’exécution tout autant dans ses relances offensives que dans ses replis défensifs.
Ce qui fait qu’en plus de jouer vite, le Canadien joue bien. Le Canadien fait ce qui doit être fait pour maximiser ses chances de victoire.
« Le jeu a évolué au fil des ans, mais la recette pour gagner n’a pas changé », a philosophé Martin St-Louis lorsqu’on lui a demandé d’analyser l’importance de la contribution de Jake Evans qui a bloqué un tir décoché de l’enclave alors que les Red Wings de Detroit profitaient d’un trop rare bon moment offensif en zone du Canadien.
« Les joueurs sont capables de faire des choses extraordinaires sur la patinoire, mais c’est en étant excellents dans l’exécution de choses ordinaires qu’ils font le plus pour aider l’équipe à gagner », a plusieurs fois insisté le philosophe St-Louis depuis le début du camp d’entraînement.
Jeudi, à Detroit, les joueurs du Canadien ont excellé à quelques reprises sur le plan extraordinaire et l’ont fait aussi très souvent sur le plan ordinaire.
Une recette gagnante.
St-Louis pourrait rehausser le goût de cette recette gagnante en rajustant l’utilisation des joueurs auxquels il fait appel en avantage numérique. Mais comme les matchs préparatoires ne lui ont pas permis de vraiment tester ses recettes, on va lui accorder quelques matchs de saison régulière pour finaliser sa recette.
Sauf qu’on va se le dire : la recette d’une attaque massive redoutable et productive doit être ajustée à tous les matchs ou à peu près en fonction des fluctuations normales des performances des joueurs qui ont le privilège d’évoluer en avantage numérique.
Miner toute chance de remontée
Tout ça est bien beau. Mais plusieurs souligneront, avec raison, que le Canadien a pourtant encore amorcé la rencontre sur les talons. Que ce deuxième faux départ consécutif a permis aux Red Wings, comme les Maple Leafs l’avaient fait la veille, de marquer le premier but.
Mais voilà : pour un deuxième match de suite, les joueurs du Tricolore ont non seulement trouvé une façon de niveler les chances 1-1, mais ils se sont ensuite offert une avance de 2-1. Une avance qu’ils ont su protéger de la meilleure façon qui soit : en ajoutant un, deux, trois autres buts.
Le Canadien a réussi, jeudi, à Detroit, aux dépens des Wings, ce qu’il n’a pas réussi à faire mercredi, à Toronto, face aux Maple Leafs. Ce qu’il n’a pas réussi à faire assez souvent l’an dernier : se distancer de ses adversaires pour miner toute chance de remontée victorieuse.
Si le Canadien a gâché la 100e entrée en scène de l’histoire des Wings, s’il a chassé le gardien John Gibson que plusieurs identifiaient comme le sauveur de l’organisation après avoir enfilé cinq buts 13 tirs seulement, s’il a poussé les amateurs de hockey de Detroit à huer copieusement leurs favoris avant de quitter les gradins en masse, à l’image des outardes qui quitte l’air froid du Nord à la faveur de l’air plus chaud du Sud, c’est parce qu’il a éteint la motivation de ses adversaires en jouant vite et bien.
En jouant plus vite et bien mieux que les Wings qui ont bien plus attisé le désespoir de leurs partisans qu’attiser les espoirs d’atteindre les séries pour la première fois en dix ans.
Oui, les Wings ont décoché 63 tirs – 31 cadrés, 17 déviés, 15 hors cible – en direction de la cage défendue par Jakub Dobeš – il épaulera Samuel Montembeault bien mieux que Cayden Primeau – alors que le Tricolore a répliqué avec 38 seulement : 17 cadrés, 13 bloqués en défensive et huit hors cible.
Oui, les Wings ont asséné 34 mises en échec; neuf de plus que le Canadien.
Mais exception faite des 230 premières secondes du match et de quelques assauts d’Alex DeBrincat plus tard au cours de la rencontre, les Wings n’ont jamais donné l’impression d’être en mesure de rivaliser avec le Canadien. Autant sur le plan de la vitesse sous toutes ses formes que sur le plan de la qualité du hockey disputé.
Est-ce que le Canadien a mieux joué qu’il ne l’avait fait la veille à Toronto?
« On a joué deux bons matchs », que St-Louis a finalement répondu après s’être accordé quelques secondes de réflexion.
La différence est que s’il est vrai qu’il a bien joué en lever de rideau de la saison à Toronto, mercredi, le Canadien, en se distançant des Wings comme il l’a fait, n’était plus vulnérable au genre de malchance qui l’a coulé lorsque les Leafs ont pris les devants en milieu de troisième période.
Bon! Vous direz que c’était plus facile contre les Wings qui rateront les séries pour une dixième année de suite cette saison, que contre les Leafs qui visent le premier rang de la section atlantique et les premières places de l’Association Est.
Et c’est vrai.
Mais quand tu joues vite et bien comme le Canadien l’a fait lors des deux premiers matchs, tu t’offres des chances de battre n’importe qui.
Kapanen déjà indispensable?
Douze des 18 patineurs du Canadien ont récolté au moins un point jeudi soir. Cette statistique étincelante reflète un équilibre un brin inattendu – de ma part je l’admets – au sein des quatre trios concoctés par St-Louis.
Flanqué d’Alex Newhook et Demidov, Kapanen a marqué dans un deuxième match de suite. Plus que ces deux buts, c’est sa manière de s’illustrer pour les bonnes raisons dans les trois zones et dans les facettes autant offensives que défensives du jeu qui nous oblige à louanger la qualité de son travail.
Les qualités déployées par Kapanen lors des deux premiers matchs nous obligent même à se demander si cet attaquant qu’on était prêt à identifier comme joueur de soutien ne pourrait pas remplir le rôle de deuxième centre si Kirby Dach n’arrive pas à relever ce défi.
Surtout qu’avec le talent et la vitesse de Demidov sur le flanc droit et la vitesse de Newhook de l’autre côté, une vitesse qui était reconnue aux quatre coins de la LNH, mais dont il ne semblait pas en mesure de pleinement profiter l’an dernier avec des compagnons de trio qui le ralentissaient au lieu de lui pousser dans le dos, sur sa gauche, Kapanen donne l’impression d’être déjà indispensable.
La qualité du travail du trio de Kapanen, comme celle du trio de Dach – il a été meilleur jeudi à Detroit que la veille à Toronto – qui bénéficient grandement de la présence de Bolduc – deux buts en deux matchs – et Brendan Gallagher sans oublier le trio de Evans – avec Josh Anderson et Patrik Laine – qui a été efficace permet au trio de Nick Suzuki de profiter d’un plus d’espace pour manœuvrer à son aise aux quatre coins de la patinoire.
Ce qui sera très profitable pour le CH au fil des prochains mois... voire de la prochaine année.
Matheson en grande forme
Lane Hutson jouait très bien au camp d’entraînement et il joue encore mieux depuis le début de la saison. Il forme un excellent duo avec Kaiden Guhle.
Mais le meilleur défenseur du Canadien après deux matchs s’appelle Mike Matheson. Et c’est le duo qu’il complète avec le nouveau venu Dobson qui est le meilleur et le plus efficace pour le Canadien.
Comme quoi, il ne serait pas bête du tout de garder Matheson, son expérience, sa vitesse sur patins et la grande efficacité de son jeu, à Montréal pour longtemps.
D’autant qu’il sera bien plus facile de s’attendre sur les paramètres d’un nouveau contrat avec ce Québécois du West Island qu’avec Hutson et les membres de son clan.
Après une performance plus qu’honnête à Toronto, après avoir gâché le début des célébrations du centenaire des Red Wings, jeudi, le Canadien se réveille à Chicago où il pourra contrecarrer les célébrations des Blackhawks samedi. S’ils jouent encore vite et bien, les chances des joueurs du Canadien d’y arriver seront très bonnes.



