Des décisions tactiques difficiles (impossibles?) à comprendre, des joueurs qui ne progressent pas comme prévu et des résultats bien en deçà des attentes : la liste de griefs envers Marco Donadel a largement été documentée par ce qui reste de partisans et les membres de la presse qui suivent les activités du CF Montréal depuis le début de la saison.
Mais ces doléances n’étaient pas que des lubies de cyniques qui peuvent être accusés de parler sans connaissance de cause. Ce sont les mêmes arguments qui ont été utilisés par Luca Saputo, lundi, pour justifier le congédiement de l’entraîneur-chef chef annoncé la veille au lendemain d’un autre gênant revers, cette fois, à l’occasion de l’ouverture locale.
Une décision que le directeur principal, recrutement et méthodologie sportive ainsi que les autres membres de l’équipe technique mûrissaient clairement depuis un certain temps, et qui a été prise après que le Club eut subi une sixième défaite en sept matchs pour lancer la campagne. Une autre saison, qui s’annonce malheureusement comme un retentissant échec, avant même que les premières feuilles apparaissent dans les arbres de la métropole.
« Nous nous étions fixé des objectifs avec Marco, que ce soit sur le style de jeu, la progression des joueurs et, évidemment, les résultats, a expliqué Saputo pendant près d’une demi-heure, lundi. Nous avons vu rapidement que nous ne les atteindrions pas et c’est dans cette optique que nous avons pris la décision [de congédier Donadel dimanche].
« Ultimement, nous ne pensions pas que le “coach” et son “staff” mettaient en valeur les joueurs que nous avions amenés, des joueurs qui avaient quand même l’expérience de la ligue et qui avaient montré qu’ils étaient capables d’y jouer. Et nous ne pensons pas non plus que [Donadel] les a mis dans les meilleures positions pour montrer leur vraie valeur. »
Saputo s’est bien gardé d’entrer dans les détails et n’a pas nommé de joueurs en particulier, mais il a toutefois assuré qu’il n’avait pas été un simple spectateur passif qui assistait tristement à la débandade de son équipe. Comme plusieurs, il a posé des questions et surtout essayé de comprendre. Sauf qu’après avoir donné le bénéfice du doute, un renouveau s’imposait.
« Il y a eu des discussions chaque jour au sujet du choix des joueurs, des changements, du positionnement [des joueurs sur le terrain] qui étaient difficiles à comprendre, a dit Saputo. Nous en parlions donc au quotidien, mais ultimement, c’est le “staff” qui faisait les choix. »
« Mais quand tu prends 4 buts à 11 contre 10 pendant 2 matchs, tu te dois de poser des questions, a-t-il ajouté. Des matchs comme ceux contre Orlando (14 mars) et Cincinnati (21 mars), c’est 3 ou même 4 points de plus que nous méritions et nous ne les avons pas. »
Reste qu’il est étonnant de constater à quel point l’interprétation du travail de Donadel a changé en l’espace de finalement très peu de temps. Pas plus tard qu’en octobre dernier, au moment où l’organisation retirait l’étiquette « par intérim » à son titre, Saputo chantait les louanges du technicien italien en martelant que l’équipe avait progressé sous sa gouverne.
« Marco et la direction sportive étaient sur la même page la saison passée, s’est défendu Saputo. Marco connaissait la culture du Club et nous voulions lui donner une vraie chance avec une meilleure équipe [sur le terrain]. Il y a eu plusieurs changements. Différents joueurs avec de l’expérience et avec du potentiel sont arrivés, mais ça n’a pas fonctionné. »
Saputo a reconnu que les insuccès du CF Montréal étaient une responsabilité partagée entre les joueurs, le personnel d’entraîneurs et l’équipe technique, mais ultimement, le groupe qui a été assemblé ces derniers mois est meilleur que la fiche du Club ne l’indique.
Un successeur nommé au début de l’été?
Comme un disque qui saute, le regard de la direction du CF Montréal est maintenant porté vers l’avenir et Saputo a réitéré que sa famille est « engagée à cent pour cent envers la ville et ses partisans », à qui il souhaite plus que jamais « offrir un club dont ils seront très fiers ».
Pour l’heure, c’est Philippe Eullaffroy qui aura la responsabilité de prendre soin de l’effectif en attendant la nomination du nouvel entraîneur-chef. Saputo a sciemment affirmé que le Français n’est pas candidat pour le poste à long terme et que l’équipe souhaite se tourner vers un pilote d’expérience qui connaît déjà la MLS ou une ligue dont le style s’y apparente.
Déjà « des vingtaines de CV » se seraient empilés sur le bureau de Saputo, mais n’est-ce pas le travail des agents des entraîneurs qui cherchent ce genre d’emploi à mousser leur candidature? Même si Donadel était déjà le 11e entraîneur-chef de l’équipe depuis l’entrée du CF Montréal en MLS en 2012, il s’agirait, apparemment, d’une position très convoitée...
« Nous n’avons pas à convaincre personne. Ce n’est pas à nous de vendre quelque chose, a assuré Saputo. C’est un Club et une ville très attractifs. Ça fait partie du sport d’avoir des changements à ce poste-là… Et il y a une moyenne d’un an et demi ou deux ans par équipe.
« Ça va prendre le temps que ça va prendre, mais il y a un grand “break” pendant la Coupe du monde et nous espérons nommer un nouvel entraîneur-chef pendant cette période-là. Nous cherchons une personne avec du leadership capable de travailler avec une jeune équipe. Nous voulons voir nos meilleurs joueurs évoluer dans les meilleures dispositions. »
Cela dit, au-delà des belles paroles et des meilleures intentions du monde, certains pourront arguer que le CF Montréal rejoue année après année dans le même mauvais film.
Tant que les investissements dans l’effectif ne seront pas à la hauteur des ambitions et des promesses qui ont été faites, qu’est-ce qui porte à croire que des jours meilleurs sont à venir? Que le cynisme et, éventuellement, l’indifférence cèdent la place à l’enthousiasme?
Pour le moment, la réponse de Saputo demeure la même qu’il y a six mois : le CF Montréal est encore à un ou deux mercatos de présenter le vrai visage qu’il veut offrir à ses partisans.








