MONTRÉAL – Phillippe Eullaffroy ne sait pas trop de quoi demain sera fait, mais il est convaincu d’une chose : l’équipe dont il est l’entraîneur-chef en date d’aujourd’hui a tout ce qu’il faut pour jouer des matchs éliminatoires l’automne prochain.
« On a un effectif et on a un staff avec lesquels on a le potentiel sans aucun problème pour se battre pour une place pour les playoffs jusqu’au bout, a visé Eullaffroy mardi lors de son premier point de presse depuis qu’il a pris la relève de Marco Donadel aux commandes du CF Montréal. Et à la fin de la saison, si on fait les playoffs, ce sera pour moi juste normal parce qu’on aura juste confirmé le potentiel de cette équipe-là. »
Eullaffroy arrive aux rennes d’une équipe confuse et sous-performante qui n’a gagné qu’un seul de ses sept premiers matchs et qui a accordé 19 buts durant cette période. Elle a touché le fond en fin de semaine lors de l’inauguration de sa saison locale, alors qu’elle a laissé un Union de Philadelphie pauvre remonter au score en deuxième demie.
Montréal occupe présentement le tout dernier rang du classement général de la MLS. Mais dans une ligue où les choses sérieuses ne commencent souvent pas avant la rentrée scolaire, Eullaffroy estime qu’il a amplement de temps devant lui pour rectifier le tir.
« C’est pas trop tard. On est à [quatre] points de la neuvième place. Deux victoires d’affilée et on est revenus dans les objectifs du club. Donc sans aucun, mais alors là aucun doute, sans arrière-pensée politique, diplomatique ou quoi, on a le potentiel pour combattre pour les playoffs jusqu’à la dernière journée de la saison régulière. »
Eullaffroy s’est engagé à ramener clarté et identité au cœur de son enseignement. Il a aussi confirmé son intention d’abandonner certains concepts tactiques qui étaient chers à son prédécesseur. À la surprise d’absolument personne, la défensive homme à homme sera notamment reléguée aux archives. Il souhaite également modifier « la manière dont on défend sur les coups de pied arrêtés », une tare dans le quotidien du CF Montréal.
« Puis offensivement, on va changer aussi beaucoup de choses », a ajouté le nouveau patron, pour qui la simplicité sera probablement la meilleure amie en début de règne. L’ancien entraîneur de l’équipe réserve de l’Impact a des idées, mais il sait aussi qu’il ne peut pas demander à ses joueurs de les assimiler toutes en quelques séances d’entraînement.
« Sinon, ils vont retourner à la maison le soir et ils seront morts cognitivement », raisonne-t-il.
« Je fais ce que je veux »
Le stratège s’attend aussi à avoir les coudées franches dans la sélection de son effectif.
La veille, le directeur principal, recrutement et méthodologie sportive Luca Saputo avait déploré que Donadel n’avait pas su mettre en valeur des joueurs qui avaient été acquis pour renforcer le projet dans les derniers mois.
Ce constat soulève des questions sur la suite des choses. On peut facilement imaginer un scénario où ceux qui tirent les ficelles imposeraient leurs choix à un entraîneur qui ne serait potentiellement là que pour réchauffer le siège de son successeur.
« C’est une bonne question parce que c’est une question que j’ai posée aussi. Et la réponse a été claire : je fais ce que je veux, a compris Eullaffroy. Donc 100% de flexibilité sur les joueurs que je mets sur le terrain, le temps de jeu. Tout est basé sur le mérite. En termes de motivation, l’être humain, on est un être social et une des valeurs dans lesquelles toute l’humanité se reconnaît, c’est la justice. Et moi ce que je veux faire, c’est ne pas être injuste. Donc ceux qui montrent le plus de choses à l’entraînement joueront, indépendamment de leur statut. »
Dans cette optique, la suite s’annonce franchement intéressante. Qui s’élèvera au sommet de la hiérarchie en défense centrale? Dagur Dan Thoralsson, surtout utilisé comme latéral droit à Orlando, sera-t-il réaffecté à sa position de prédilection? Samuel Piette retrouvera-t-il le terrain devant la défense? Des jeunes comme Hennadii Synchuk et Olger Escobar parviendront-ils à trouver leur place dans cette méritocratie? Comment Ivan Jaime répondra-t-il à ce changement de garde?
« Ça m’amènera où ça m’amènera »
Tout ça, Eullaffroy le fera pour laisser l’équipe dans une meilleure posture pour son successeur. C’est que Luca Saputo a déjà déclaré que l’homme de 62 ans entre dans son nouveau poste sur une base intérimaire. Il n’est pas considéré comme un candidat pour la permanence pour laquelle Saputo disait lundi avoir reçu « des vingtaines » de CV.
S’il est déçu par cette perspective, celui qui a œuvré au club de 2010 à 2020 avant d’aller relever de nouveaux défis au Sénégal et en France, l’a bien caché. Eullaffroy estime avoir hérité d’une « mission claire » et entend s’y attaquer « avec toujours l’envie d’être excellent. »
« C’est de redonner une identité visible sur le terrain, mettre les joueurs dans les meilleures dispositions pour qu’ils performent et leur redonner du plaisir à jouer. [...] Et puis ça m’amènera où ça m’amènera. Mais ce qui est le plus important, c’est que ça amène ce club quelque part. »
Et si les résultats qu’il génère rendait impossible d’effacer son nom de la conversation?
« On verra bien comment ça se passe, répond-il en riant. Bien sûr, je ne peux pas anticiper. C’est déjà difficile d’anticiper sur le résultat d’un match, même si on essaie de l’influencer positivement le plus possible. Alors savoir dans deux, trois, quatre, cinq, six matchs comment ça va se passer... Je ne sais pas, mais pour l’instant je ne me projette pas aussi loin. »
Eullaffroy dirigera son premier match samedi alors que le CF Montréal sera l’hôte du Red Bull New York.








