MONTRÉAL – Au septième match de la saison, les matières scatologiques ont frappé le ventilateur au CF Montréal.
L’entraîneur-chef Marco Donadel ne s’est pas adressé aux médias après la première rencontre de la campagne au Stade Saputo. Ses joueurs non plus. Les journalistes attendaient le début des traditionnelles entrevues d’après-match depuis une dizaine de minutes quand Hassoun Camara, le directeur aux communications stratégiques du club, s’est présenté sur l’estrade.
À la blague, un collègue a lancé que le point de presse serait annulé. On l’a ri, mais pas très longtemps.
« On vient de m’informer qu’il n’y aura pas de présence de joueurs et de l’entraîneur face à vous aujourd’hui, a affirmé Camara. Je suis vraiment désolé de cette situation. Merci de vous être présentés. »
Camara a conclu en disant que le club enverrait très prochainement « l’horaire des entraînements et des rencontres » pour la prochaine semaine. L’absence de détails plus substantiels a évidemment alimenté le feu des spéculations.
Donadel a-t-il dirigé son dernier match au CF Montréal? Ou n’était-il tout simplement pas d’humeur à faire du social? L’an dernier, après une lourde défaite contre le Revolution de la Nouvelle-Angleterre, l’entraîneur avait offert un monologue de 49 secondes avant de quitter la scène sans prendre une seule question. Son absence complète cette fois élève la comédie à un autre niveau tout en légitimant les questions plus sérieuses.
Inutile de préciser, dans ces circonstances, que les discours optimistes et les belles formules sirupeuses offertes aux membres en milieu de semaine auront très mal vieillies.
Comment en est-on arrivé là?
C’est que malgré la présence en ville de la pire équipe de la MLS, la seule qui n’avait toujours pas gagné un seul match depuis le début de la saison, le CF Montréal est passé à côté de sa rentrée locale samedi. Il a concédé deux buts en deuxième demie pour s’incliner 2-1 contre l’Union de Philadelphie.
Il s’agissait d’une quatrième défaite consécutive pour le Bleu-Blanc-Noir. Les équipes qui l’ont battu lors de cette séquence occupent actuellement les 9e, 10e, 13e et 15e rang au classement de l’Association Est.
Le premier but du joueur désigné Ivan Jaime dans l’uniforme montréalais semblait pourtant avoir placé son équipe dans une position confortable à la mi-temps. Après tout, le rival du jour n’avait marqué que quatre buts dans ses six sorties précédentes.
Mais après une reprise encourageante, les Montréalais ont complètement perdu leurs moyens. Ils ont encaissé une première fois à la 55e minute, quand Japhet Sery Larsen a facilement largué Luca Petrasso dans la surface pour placer sa tête sur un long, très long coup franc.
La réaction des locaux à cette gifle témoignait d’une grande fragilité. Dès la reprise du jeu, Montréal a été sauvé par le drapeau du juge de ligne quand une sortie hasardeuse du gardien Thomas Gillier semblait avoir déclenché un scénario catastrophique.
Ce n’était que partie remise. À la 70e minute, Montréal a concédé sur une autre phase de jeu arrêté, une rentrée de touche en apparence inoffensive sur laquelle Jesus Bueno a pourtant fondu sans être le moindrement dérangé près du petit rectangle.
Donadel venait tout juste de procéder à un double changement quand ses troupes ont encaissé le but décisif. Tomas Aviles, qui avait remplacé Efrain Morales en défense centrale, n’a à peu près pas réagi sur la séquence.
La consternation dans le stade était justifiée : c’était la première fois de la saison que l’Union prenait l’avance dans un match. Et elle l’a gardée sans trop de difficulté, ses hôtes ne générant à peu près rien de potable jusqu’au sifflet final.
Pour les amateurs qui s’étaient vêtus chaudement pour venir donner une petite poussée dans le dos à leur équipe, le dénouement aura eu une triste allure de déjà-vu. La saison dernière, la première sous les ordres de Donadel, le CF Montréal avait conclu avec un gênant rendement de deux victoires, neuf défaites et six matchs nuls dans ce qu’on a déjà appelé sa forteresse.
En 2026, il y a encore des traces de neige sur le mont Royal et déjà, le Stade Saputo a été le théâtre d’un acte manqué.
S’il s’était pointé à son bilan d’après-match, Donadel aurait peut-être déploré l’ingérence de la reprise vidéo pour renverser un penalty qui avait été accordé à son équipe en début de match. Il aurait peut-être eu une bonne explication pour la rentrée d’Aviles à un moment qui ne s’est pas avéré judicieux. Il aurait peut-être cherché le positif dans la performance de Jaime. Il aurait peut-être même osé parler d’une autre solide performance sans le résultat qui vient avec.
On ne saura jamais ce qu’aurait dit Donadel s’il avait parlé aux journalistes samedi. Et on ne sait pas non plus s’il leur parlera de nouveau cette saison.








