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Jeff Gorton se souvient… et sourit

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MONTRÉAL - À titre d’Américain natif d’une Nouvelle-Angleterre où le hockey est aussi populaire que dans les quatre coins du Québec, Jeff Gorton se souvenait des revers encaissés par son pays aux mains du Canada aux JO de Vancouver en 2010; à la Confrontation des quatre nations, l’hiver dernier, à Boston.

Heureux des succès de Nick Suzuki et de Juraj Slafkovsky et de l’expérience acquise par Oliver Kapanen et Alexandre Texier, des succès et de l’expérience dont le Canadien profitera à compter de jeudi alors que le Tricolore amorcera le dernier droit de la saison régulière face aux Islanders venus de New York, Gorton espérait aussi une douce revanche pour les USA.

« Les femmes ont confirmé la progression constante de notre programme au fil des 25 dernières années en gagnant la médaille d’or plus tôt cette semaine. Notre équipe masculine a gagné le dernier Championnat du monde. On était à un but de gagner à Vancouver et à Boston. On a aussi perdu en grande finale à Salt Lake City en 2002. Nous sommes juste là depuis des années. La compétition sera féroce, mais «Billy» (Bill Guerin) a mis une équipe sur la patinoire qui est capable de gagner », assurait Gorton, avec un optimisme contenu, lorsque joint par RDS.CA jeudi dernier alors qu’il roulait en direction de Montréal après un séjour dans la région de Boston.

Connor Hellebuyck et ses 41 arrêts, dont l’arrêt en or réalisé aux dépens de Devon Toews en début de troisième période, ont finalement donné raison à Jeff Gorton. Il a donné au président des opérations hockey du Canadien et à ses compatriotes américains la chance de savourer la griserie de la victoire après trop d’années à avoir été contraint de composer avec l’agonie de la défaite.

Fort de cette victoire qui lui donnera le droit de narguer amicalement pour les quatre prochaines années son propriétaire Geoff Molson, Kent Hughes, Martin St-Louis et les autres Canadiens membres de son état-major, Gorton est prêt à reprendre le travail pour améliorer le Tricolore, confirmer ses chances d’accéder aux séries et améliorer ses chances d’y connaître du succès.

Depuis minuit, le Canadien comme les 31 autres formations de la LNH peuvent passer des paroles aux actes. Elles peuvent recommencer à transiger après une trêve imposée pour la durée des Jeux olympiques.

Et encore là, les souvenirs du passé pourraient l’aider à guider son équipe vers un avenir meilleur.

Une lettre et ses conséquences

Le 8 février 2018, Jeff Gorton et son patron Glen Sather secouaient les Rangers de New York et la Ligue nationale de hockey au grand complet en signant une lettre annonçant que le temps de la reconstruction des Blue Shirts était venu.

Vrai que les Rangers connaissaient une saison bien en deçà des attentes de leurs partisans. Vrai qu’ils flirtaient dangereusement avec la possibilité de rater les séries. Ce qui est sans surprise finalement arrivé.

Pourquoi revenir sur cet épisode loin d’être flamboyant de l’histoire des Rangers? Sur cette profession de foi de l’organisation qui a été un bien meilleur coup en matière de relations publiques qu’en matière de hockey?

Parce que huit ans plus tard, Jeff Gorton est en voie de compléter, à Montréal, le travail qu’on l’a empêché de compléter à New York.

Parce que huit ans plus tard, il gère la croissance constante du Canadien. Une équipe, son équipe, qui est en voie de se hisser au sein de l’élite de la LNH en dépit de sa jeunesse et d’un brin de manque d’expérience.

Parce que huit ans plus tard, les Rangers sont quant à eux de retour à la case départ. Chris Drury, qui l’a congédié trois ans après l’annonce de la grande reconstruction, vient de signer une lettre pratiquement identique à celle composée par le duo Sather-Gorton en 2018.

De quoi faire sourire et peut-être même célébrer Jeff Gorton.

« Ce n’est pas mon style de me réjouir des ennuis des autres. Et comme les choses peuvent changer très vite dans la LNH aujourd’hui, la prudence est la meilleure des conseillères. En plus, j’adore Montréal. J’adore la ville, l’équipe, ses partisans. J’adore tout ce qui entoure le Canadien. J’ai beau être Américain, mais si j’étais demeuré à New York, je n’aurais jamais eu la chance de découvrir et d’apprécier ce qui est ma nouvelle vie depuis que je suis débarqué à Montréal. Je me contente de sourire et d’apprécier », assure Gorton qui a profité de la pause olympique pour se rendre dans la région de Boston afin d’assister aux prouesses de ses deux hockeyeurs de fils qui évoluent dans les rangs universitaires.

Patience et transparence

Est-ce que l’expérience acquise avec les Rangers l’aide toujours à titre de président des opérations hockey du Canadien?

« Je m’assure d’afficher le même genre de transparence qu’à New York. Je n’ai pas eu à signer de lettre en arrivant à Montréal, car ce n’était pas nécessaire. Les partisans étaient déjà très au fait de la situation de leur équipe. Comme les partisans des Bruins savaient que le temps était venu de reconstruire lorsqu’on a misé sur les repêchages des Krejci, Bergeron, Marchand, Lucic et Kessel, tout en faisant l’acquisition de Zdeno Chara et de Tuuka Rask pour relancer l’équipe. »

Une relance qui a conduit à une conquête de la coupe Stanley en 2011.

Contrairement à ce qui est arrivé à New York où ils sont loin d’avoir frappé des coups de circuit, Jeff Gorton et Nick Bobrov, son gourou du repêchage avec les Rangers qui l’a suivi à Montréal, ont sélectionné des joueurs qui sont déjà des piliers du club. Et qui le seront pour longtemps. Juraj Slafkovsky, Lane Hutson, Ivan Demidov sont déjà de grandes vedettes. Jacob Fowler est le gardien de l’avenir de l’organisation. On est en droit de s’attendre à de grandes choses de Michael Hage et d’Alexander Zharovsky. Tout comme du défenseur David Reinbacher dont l’ascension vers la LNH a été grandement ralentie par les blessures.

Les dépisteurs professionnels ont aussi accompli du gros travail en guidant l’état-major vers des Mike Matheson, Alexandre Carrier, Phillip Danault qui vient de réintégrer l’équipe après un exil en Californie sans oublier le nouveau départ offert au cousin français Alexandre Texier.

« On a bâti une très bonne équipe de repêchage sur les plans amateur et professionnel. On a fait de très bonnes sélections, c’est vrai. On a joué de chance aussi alors qu’un gars comme Lane Hutson était encore disponible en deuxième ronde (62e sélection). On a aussi été chanceux que Marc (Bergevin) et son groupe nous ont laissé un bel héritage avec Nick (Suzuki) et Cole (Caufield) pour ne nommer que ceux-là. »

L’inexpérience au service de la reconstruction

Jeff Gorton s’est aussi servi de son expérience avec les Rangers dans l’embauche de son premier entraîneur-chef à la tête du Tricolore.

« Une reconstruction prend du temps. Et des coachs d’expérience n’ont pas toujours cette patience. Alain Vigneault était allé deux fois en finale de la coupe Stanley. Il voulait y retourner et avoir la chance de la gagner. Quand on a annoncé la reconstruction des Rangers, il a trouvé ça difficile. C’est normal. Il visait les grands honneurs et on lui annonçait qu’on prendrait des années à rebâtir », se souvient Jeff Gorton.

Quand Kent (Hughes) et moi avons commencé à parler du prochain entraîneur-chef – l’avenir de Dominique Ducharme qui avait succédé à Claude Julien était déjà compromis – on a regardé des gars qui n’avaient pas beaucoup d’expérience. Qui ne viseraient pas la coupe trop vite. Martin est devenu le parfait candidat. Il allait prendre de l’expérience au même rythme que son équipe tout en poussant son équipe vers la victoire malgré les failles associées à la reconstruction. Ce qui n’est pas facile à obtenir. Nous voici rendus avec une jeune équipe et un jeune coach qui se sont rendus en séries l’an dernier et qui prennent les moyens pour y retourner cette année », défile Gorton.

Est-ce que le temps est venu de donner à Martin St-Louis un ou des joueurs supplémentaires pour lui permettre de passer à la prochaine étape?

Pour lui permettre de croire, tout autant que les partisans de son équipe, que le temps est venu de croire aux chances de se rendre aux grands honneurs.

« On se pose cette question tous les jours et on va se la poser jusqu’au 6 mars – date limite des transactions à 15 h heure de l’Est – afin de prendre les meilleures décisions possibles. Je sais que les partisans voudraient en savoir plus, mais tout ce que je peux dire pour le moment c’est qu’on bougera si on a l’occasion de le faire. Si on est en mesure d’aider le présent sans hypothéquer l’avenir. On a ajouté Phil (Phillip Danault) et Alex (Alexandre Texier) plus tôt cette saison. Ils ont eu un impact direct sur l’équipe. Je ne veux pas lancer n’importe quoi en l’air et attiser les rumeurs. Il y en a déjà assez comme ça. Mais on aimerait récompenser les joueurs et nos entraîneurs en améliorant l’équipe… si c’est possible de le faire. »