MONTRÉAL - Martin St-Louis aurait facilement pu chasser Kirby Dach de son alignement après les gaffes qu’il a commises et qui ont ouvert la porte à la victoire du Lightning mardi dernier.
Non seulement l’entraîneur-chef aurait pu sanctionner son gros attaquant, mais il aurait dû le faire selon la volonté populaire. Histoire de jouer franc-jeu, j’étais de ceux et celles qui prônaient un changement; qui étaient prêts à remplacer Kirby Dach par Brendan Gallagher afin de lui offrir la chance de déferler sur la patinoire après avoir été gardé en « cage » lors des deux premiers matchs.
« Je n’abandonnerai jamais un joueur à moins qu’il n’abandonne sur lui-même », que Martin St-Louis a lancé bien calmement après la victoire de 3-2 de son équipe aux dépens du Lightning de Tampa Bay. Une victoire qui permet au Canadien de prendre les devants 2-1 dans cette série qui se poursuivra devant ses partisans à 19 h dimanche.
Non seulement Martin St-Louis a refusé d’abandonner Kirby Dach, mais il lui a offert des responsabilités accrues en l’insérant au centre d’un trio complété par Zachary Bolduc et Alexandre Texier. Et c’est ce trio qui a le plus contribué à la victoire du Canadien.
« Tex (Alexandre Texier) et Boldy (Zachary Bolduc) ont connu de bonnes séquences ensemble plus tôt cette saison. Je plaçais des noms sur une feuille et quand j’ai mis le nom de Kirby au centre, je me suis dit que ça pourrait faire un très bon trio. Je savais que ça lui donnerait une bonne occasion », a justifié St-Louis.
La foule a fait sa part
Que Martin fasse confiance à un de ses joueurs, c’est compréhensible.
Est-ce que la foule allait faire la sienne? La réponse est tombée rapidement.
Lapidé de critiques, d’insultes et de menaces au point d’avoir à quitter des médias sociaux devenus asociaux, Dach a eu droit à un accueil chaleureux alors qu’il a été ovationné au cours de la période d’échauffement.
Cette ovation polie a été suivie par des Kirby! Kirby! Kirby! scandés avec beaucoup plus de passion et même de frénésie lorsque Michel Lacroix a annoncé, avec un brin de retard en raison des révisions des officiels mineurs, que Dach méritait bel et bien une mention d’aide sur le premier but de la rencontre marqué par Alexandre Texier. Dach a aussi été acclamé après quelques beaux jeux et après qu’il eut frappé la barre transversale au cours de l’une des nombreuses présences dominantes de son trio en zone du Lightning.
Quand il a marqué pour niveler les chances 2-2, Dach a reçu une dose d’amour. Non! Une surdose d’amour qui a servi, je lui souhaite, d’antidote à toutes les injures encaissées au cours des 72 dernières heures.
Alors oui : la foule a fait sa part. Elle lui a surtout accordé sa rédemption.
Cette réaction des partisans entassés au Centre Bell n’a rien de surprenant. Ou si peu. Car si les fans du Canadien peuvent être durs et même très durs en saison régulière, s’ils peuvent afficher très rapidement des signes aigus d’impatience, une fois en séries, ils se rangent derrière leur club. Derrière leurs favoris.
Ils en ont fait la preuve par 21 000 vendredi soir.
Cette foule a été vraiment à la hauteur de sa réputation. En plus d’épauler et de transporter Kirby Dach, elle a offert à ses favoris un appui qui a certainement contribué à la victoire du Canadien.
Autant avant la partie que pendant le match et qu’après la rencontre,
Car déjà qu’ils les avaient entendus les partisans en liesse chanter des Olé! Olé! Olé! vu des milliers de serviettes tourner au-dessus de leur tête et fait la vague en troisième période même si l’issue du match était loin d’être connu, Jake Guentzel et Brayden Point devaient encore rivaliser avec les partisans qui célébraient, à l’extérieur du Centre Bell, pour se faire comprendre des journalistes après le match.
Les partisans ont d’ailleurs souligné au propriétaire du Lightning et à sa suite qui l’accompagnaient dans une grosse et luxueuse camionnette noire, qu’ils entraient en territoire bleu, blanc et rouge lorsqu’ils sont sortis du garage...
Un pour tous, tous pour un!
Kirby Dach a maximisé la confiance que Martin St-Louis lui a démontrée. Il a été pardonné par les partisans. Il a fait oublier les bourdes qui ont conduit au but gagnant de J.J. Moser en prolongation mardi.
En passant, les trois premiers matchs de ce duel Canadien-Lightning se sont décidés en prolongation. Comme quoi ceux et celles qui avaient prédit une série serrée et plus que chaudement disputée, peu importe l’identité du club gagnant au bout de cette série, ont eu bien raison de le faire.
Mais Dach n’a pas fait tout ça en solitaire. Il a aussi profité de la complicité de ses compagnons de trios. Et de celle de tous ses coéquipiers qui se sont rangés derrière lui.
« On avait tous des choses à se faire pardonner », a convenu Zachary Bolduc.
« C’est pas faux de dire que ce besoin de se racheter était un facteur de motivation », a ajouté Alexander Texier.
« Mais on était surtout unis pour appuyer Kirby. Comme être humain, tu ne peux pas rester insensible à ce qu’il a vécu ces derniers jours. On voulait l’appuyer. C’est sûr. Mais en même temps on voulait offrir à l’équipe une production secondaire dont elle avait besoin. On peut dire que c’est une réussite ce soir, mais il faudra être prêt à offrir le même genre de performance dès le prochain match. »
Un premier tir frappé, mais quel tir frappé
La contribution de Kirby Dach et de ses compagnons de trio à cette victoire très importante, presque cruciale du Canadien, est indéniable.
Mais ce match, c’est Lane Hutson qui l’a conclu en déjouant Andreï Vasilevskiy avec un tir frappé aussi puissant que précis. Le genre de tir frappé que Hutson cachait très creux dans son carquois.
« Je crois que c’est mon premier tir frappé de la saison », a convenu le héros de la rencontre et première étoile du match.
Reconnu pour le manque de vélocité de ses tirs, Hutson en a donc pris plusieurs par surprise. Il n’a toutefois pas totalement surpris ses coéquipiers, car dans le vestiaire, entre la fin de la troisième période et le début de la prolongation, Hutson a lancé qu’il serait l’auteur du but gagnant.
« Il y a plein de gars dans le vestiaire qui aurait pu marquer ce but, mais c’est vrai que j’ai laissé entendre que je croyais avoir ce but en moi », a lancé Hutson un brin gêné.
Pourquoi tirer alors qu’il a surtout tendance à distribuer la rondelle?
« Il y avait beaucoup de monde devant le filet. La vue du gardien était voilée. Je me suis dit de tirer le plus fort que je pouvais et que cela pourrait donner un rebond », a expliqué Hutson.
Et qui bataillait devant le filet pour voiler la vue d’Andreï Vasilevskiy?
Si vous avez répondu Kirby Dach, vous gagnez!
Dans le vestiaire, Arber Xhekaj a lancé avec confiance que Hutson devait avoir décoché trois millions de tirs l’été dernier pour améliorer sa vélocité.
Hutson n’a pas nié l’information, mais a tenu à souligner que « j’ai encore beaucoup de travail à faire sur cet aspect du jeu. »
S’il est clair que Lane Hutson ne sera jamais Shea Weber, ou en tout cas ce n’est pas pour demain, Martin St-Louis a insisté sur le fait qu’il avait malgré tout un bon tir. L’entraîneur-chef a ajouté : « c’est toujours une bonne idée de tirer. »
Hutson en a fait la preuve dès le début de la troisième minute de prolongation.
Hutson, avec 26 min 28 s de temps d’utilisation, a été le joueur des deux formations qui a passé le plus de temps sur la patinoire. Et la qualité de son jeu en défensive a été plus que respectable. De fait, elle a été impressionnante. Il a bloqué quatre tirs, il a cloué des adversaires dans la bande, gagné des bagarres à un contre et bien défendu Jakub Dobes.
« La qualité de son jeu défensif m’impressionne plus que tout ce qu’il accomplit à l’attaque. J’ai confiance en lui et on l’envoie sur la patinoire sans se demander quels adversaires il affrontera », a conclu St-Louis.











